Fruit d’un grand chan­tier hu­main

La Tribune - - DANSE - JO­SIANNE DES­LOGES

QUÉ­BEC — Ha­rold Rhéaume avait faim d’em­pa­thie. Et de ren­contres plu­rielles, nom­breuses, va­riées. Il avait en­vie de construire avec le public. Pour le re­trou­ver au ren­dez-vous, au mo­ment de dif­fu­ser sa nou­velle créa­tion, P.Artition

B.Lanche, qu’il pré­sen­te­ra à Sher­brooke le 11 dé­cembre. La nou­velle créa­tion du Fils d’Adrien danse s’ins­crit donc dans une sé­rie d’ac­tions pour al­lu­mer des étin­celles au sein du grand public, avec une forme d’art qui sus­cite en­core cer­taines ap­pré­hen­sions, ex­plique le cho­ré­graphe et di­rec­teur de cette compagnie éta­blie dans la ca­pi­tale.

« Je suis re­ve­nu à Qué­bec pour construire quelque chose. Dix-sept ans plus tard, le mi­lieu s’est mo­bi­li­sé, s’est dé­ve­lop­pé, nous avons une belle Mai­son de la danse », constate Ha­rold Rhéaume.

Le cho­ré­graphe nous ac­cueille dans son bu­reau bar­dé d’af­fiches, de livres d’art, même d’une des sculp­tures d’An­dré Du Bois créée pour le par­cours Je me sou­viens. C’est jus­te­ment avec ces grands dé­am­bu­la­toires, d’abord Le fil de

l’his­toire, créé pour le 400e an­ni­ver­saire de Qué­bec, puis Je me

sou­viens, qui en­traî­nait le public de la Ci­ta­delle au Par­le­ment, que le cho­ré­graphe a re­cru­té une vague de nou­veaux spec­ta­teurs pour la danse.

Deux ré­si­dences au Mu­sée de la ci­vi­li­sa­tion, au coeur de l’ex­po­si­tion

Corps re­belles, lui ont par la suite don­né l’en­vie d’ame­ner car­ré­ment le public dans son pro­ces­sus de créa­tion.

« J’ai eu comme une ré­vé­la­tion », confie-t-il.

Et une in­croyable en­vie de re­com­men­cer. Il a donc sol­li­ci­té le Mu­sée na­tio­nal des beaux-arts, le Car­ré 150 de Vic­to­ria­ville, le théâtre du Bic, les centres cultu­rels de Sher­brooke et de Notre-Da­mede-Grâce pour leur pro­po­ser d’ac­cueillir le Fils d’Adrien danse en ré­si­dence-mé­dia­tion. Sept se­maines de créa­tion, à la ren­contre des com­mu­nau­tés, se sont ain­si dé­ployées sur un an à tra­vers le Qué­bec.

« C’est de­ve­nu un grand chan­tier hu­main de ren­contres, in­dique Ha­rold Rhéaume. On ou­vrait la porte au public, je conti­nuais à créer sous le re­gard des gens, ils po­saient des ques­tions aux dan­seurs. Ça m’a per­mis de créer près de 80 pour cent de la pièce de­vant public. »

ODE À L’EM­PA­THIE

Pour cette créa­tion née « en ré­ac­tion à la lour­deur qui nous en­toure », le cho­ré­graphe dé­cide d’abor­der l’em­pa­thie, les liens qui unissent les êtres, ce ré­seau qui nous en­globe et nous dé­passe.

« Ça a don­né plein de sous­thèmes, comme les fa­çons de construire des choses en­semble, dans le tra­vail, mais aus­si la so­li­tude, la tris­tesse. Si, pen­dant une heure, je ba­di­geonne de l’em­pa­thie, ça n’a plus d’ef­fet. Je de­vais créer des contrastes, du re­lief », in­dique-t-il.

For­mel­le­ment, il est par­ti du concept du texte blanc au théâtre, c’est-à-dire d’un texte qui n’est pas at­tri­bué à un per­son­nage en par­ti­cu­lier. Il a ima­gi­né deux par­ti­tions sources, in­ter­chan­geables, où six dan­seurs ap­portent gra­duel­le­ment leurs cou­leurs.

Lu­cie Baz­zo a conçu des éclai­rages ins­pi­rés des clairs-obs­curs de Rem­brandt. « Il y a de la fu­mée du dé­but à la fin, qui crée une tex­ture vi­suelle et vient meu­bler l’es­pace au-des­sus de la tête des dan­seurs. Cette fu­mée peut avoir l’air d’un nuage, d’un orage, de la lour­deur dont on par­lait tan­tôt », note le cho­ré­graphe.

Sé­bas­tien Dionne a ima­gi­né des uni­formes gris fon­cé, mi­li­taires, fu­tu­ristes, qui len­te­ment, comme la par­ti­tion de mou­ve­ments, per­met­tront aux dan­seurs de se sin­gu­la­ri­ser.

— PHOTO LE FILS D’ADRIEN DANSE

Avec P.Artition B.Lanche, Ha­rold Rhéaume a conçu un spec­tacle au­tour du thème de l’em­pa­thie, dans le­quel six dan­seurs ap­por­te­ront gra­duel­le­ment leurs cou­leurs.

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