La dé­gus­ta­tion à l’aveugle

La Tribune - - BIÈRES - PHI­LIPPE WOU­TERS CHRO­NIQUE phi­lippe.wou­[email protected]­me­dias.ca

Un ré­cent son­dage Niel­sen me­né au­près des consom­ma­teurs nous ap­prend que 70% des dé­ci­sions d’achat de bière se font de­vant la ta­blette. Au­tant dire que la grande ma­jo­ri­té d’entre vous ne sa­vez pas quoi ache­ter au mo­ment de pas­ser la porte de votre dé­taillant de bière fa­vo­ri.

Dans un pe­tit son­dage mai­son, bien loin d’être scien­ti­fique, je me suis amu­sé à po­ser la ques­tion si la ré­pu­ta­tion ou l’image de la bras­se­rie in­fluen­çait ce choix. Ce­la semble bel et bien le cas pour bon nombre de consom­ma­teurs. Cer­tains pri­vi­lé­gie­ront des bras­se­ries de leur ré­gion, d’autres des bras­se­ries ayant dé­jà pro­po­sé des pro­duits qui ont plu.

Les in­fluen­ceurs, dans tous les mar­chés, ont tou­jours exis­té. J’en suis d’ailleurs un si je me fie au grand nombre de mes­sages et d’in­vi­ta­tions à dé­cou­vrir des pro­duits que je re­çois chaque se­maine. Dans la mode, le phé­no­mène est loin d’être ta­bou. Dans la bière, ça l’est beau­coup plus.

Il y a quelque chose d’ex­tra­or­di­naire dans la culture bière, c’est son prix. Pas be­soin de cas­ser sa ti­re­lire pour dé­ni­cher une bonne bière. Et si vous pos­sé­dez une bière rare dans votre cel­lier, c’est sur­tout parce que vous avez eu la pa­tience d’at­tendre en ligne pour pou­voir l’ache­ter plu­tôt que d’avoir as­sis­té à une vente aux en­chères de grands crus. La très grande ma­jo­ri­té des consom­ma­teurs de bière ont le bud­get pour s’of­frir des bières bras­sées en quan­ti­té li­mi­tée. On vire pas fou dans les prix.

De ce fait, les ré­seaux so­ciaux jouent un très grand rôle et c’est l’en­semble des consom­ma­teurs, dans un groupe, par exemple, qui de­vient influenceur. Une masse com­mune qui ac­cepte ou non un pro­duit, l’in­no­va­tion de la bras­se­rie et l’image qu’elle pro­jette dans cette culture bière nu­mé­rique. L’image de la bras­se­rie est donc es­sen­tielle au dé­ve­lop­pe­ment de son marché. Cette image est par­fois mal­me­née sur les ré­seaux so­ciaux. Lais­sant croire qu’une bière peut ne pas être bonne ou non, par simple dé­duc­tion. Un jeu dan­ge­reux.

UN PE­TIT JEU ?

Dans tous les concours de bières, la dé­gus­ta­tion se fait à l’aveugle. On ne connaît ni le style, ni le nom de la bière et en­core moins la bras­se­rie qui pré­sente la bière. Le but étant d’avoir un por­trait ana­ly­tique d’une bière, le plus neutre pos­sible. Je ne connais pas un juge qui n’est pas sur­pris de cer­tains ré­sul­tats. La dé­gus­ta­tion à l’aveugle est un ex­cellent pré­texte pour lais­ser tom­ber l’égo du dé­gus­ta­teur.

Le pe­tit jeu que je vous pro­pose vous per­met de tes­ter les com­pé­tences de dé­gus­ta­tion de vos convives et de vé­ri­fier s’ils sont in­fluen­cés par la ré­pu­ta­tion d’une marque, en l’oc­cur­rence la bras­se­rie. • Vous avez be­soin de trois convives, ins­tal­lés à la même table. • Choi­sissez cinq bières de style iden­tique et as­su­rez-vous d’en avoir en quan­ti­té suf­fi­sante pour ser­vir 9 oz (un peu plus de 250 ml) de bière par per­sonne. • Le pre­mier ser­vice se fe­ra à l’aveugle et dans le même ordre ch­ro­no­lo­gique pour tout le monde. De­man­dez-leur de no­ter la bière de 1 à 10. Com­pi­lez les ré­sul­tats en iso­lant la moyenne des notes des cinq bières. • Le se­cond ser­vice est ba­sé sur les mêmes bières, dans un ordre dif­fé­rent, mais les convives connaissent le nom de la bras­se­rie pour chaque bière. De­man­dez-leur de no­ter la bière de 1 à 10. Com­pi­lez les ré­sul­tats en iso­lant la moyenne des notes des cinq bières.

Com­pa­rez, tous en­semble, les deux sé­ries de ré­sul­tats. Est-ce tou­jours le même ordre, le même poin­tage? Des dis­cus­sions in­té­res­santes s’en suivent. La dé­gus­ta­tion ana­ly­tique à l’aveugle per­met d’of­frir un ré­sul­tat le plus neutre pos­sible. Il est fort à pa­rier que cer­taines bières, bien an­crées dans le clas­se­ment vir­tuel de vos cer­ti­tudes, soient dé­trô­nées. Est-ce grave? Ab­so­lu­ment pas.

— PHOTO 123RF

La dé­gus­ta­tion à l’aveugle est un ex­cellent pré­texte pour lais­ser tom­ber l’égo du dé­gus­ta­teur.

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