LARO­CHELLE

La va­leur d’une pho­to avec Jus­tin

La Tribune - - LA UNE - LUC LARO­CHELLE PERS­PEC­TIVES luc.laro­[email protected]­tri­bune.qc.ca

Jus­tin Tru­deau et les mi­nistres de son ca­bi­net pas­se­ront quelques jours en cau­cus à Sher­brooke pour agen­cer le ca­len­drier par­le­men­taire avec la stra­té­gie élec­to­rale sur la­quelle le chef du Par­ti li­bé­ral du Ca­na­da (PLC) mi­se­ra pour ob­te­nir un deuxième man­dat.

N’at­ten­dons que très peu de dis­cus­sions na­tio­nales dont la te­neur nous se­ra dé­voi­lée au comp­te­gouttes sui­vant un plan dé­jà bien dé­fi­ni.

D’un point de vue local, le pre­mier mi­nistre Tru­deau ne pour­ra se sous­traire aux dos­siers d’ac­tua­li­té que sont la dis­pa­ri­tion d’Édith Blais au Bur­ki­na Fa­so ou la sourde oreille des Saou­diens pour ob­te­nir la li­bé­ra­tion du blo­gueur Raif Ba­da­wi. Sauf qu’à moins de dé­ve­lop­pe­ments in­at­ten­dus dans l’un ou l’autre de ces cas, il s’en tien­dra à des gé­né­ra­li­tés que nous avons dé­jà en­ten­dues.

En de­hors de l’of­fi­ciel, quel coup d’éclat nous ré­serve Jus­tin Tru­deau?

Aven­tu­rier et maître du divertissement, le PM chaus­se­ra-t-il les skis à Or­ford ou à Owl’s Head afin de se mon­trer plus alerte que ses ri­vaux? Se ren­dra-t-il dans les ves­tiaires de ho­ckeyeurs de 7 et 8 ans par­ti­ci­pant à leur pre­mier tour­noi dans le cadre du No­vi­ceO-Ra­ma? La re­cette de l’ori­gi­na­li­té est si payante pour le chef li­bé­ral, y com­pris lors­qu’il voyage à l’étran­ger, que ce se­ra une sur­prise si elle n’est pas au me­nu de la se­maine.

C’est à titre de confé­ren­cier que M. Tru­deau se pré­sen­te­ra au co­que­tel de fi­nan­ce­ment qui au­ra lieu à l’hô­tel Times, mer­cre­di soir. Mais en­core là, je pa­rie­rais qu’il pas­se­ra plus de temps sur le plan­cher à of­frir des poi­gnées de main ou des op­por­tu­ni­tés de pho­to aux par­ti­sans qui au­ront dé­bour­sé 400 $ qu’à dis­cou­rir au mi­cro sur les va­leurs li­bé­rales.

Chose cer­taine, Élisabeth Brière fe­ra le tour de sa garde-robe en fin de se­maine pour choisir les vê­te­ments qu’elle por­te­ra lors de son bap­tême po­li­tique. La no­taire de 50 ans est en ca­bale pour de­ve­nir can­di­date li­bé­rale de la cir­cons­crip­tion de Sher­brooke.

« Ma dé­ci­sion n’est pas dé­fi­ni­tive, mais di­sons que la tem­pé­ra­ture est très éle­vée sur le ther­mo­mètre des pro­ba­bi­li­tés. En ef­fec­tuant mon jog­ging ma­ti­nal au­tour du lac des Na­tions, l’image de deux lo­co­mo­tives s’ap­prê­tant à quit­ter la gare avec un long convoi est de­ve­nue mon leit­mo­tiv po­li­tique : j’ai­me­rais être l’une de ces lo­co­mo­tives et unir mes forces à celles du par­ti. Dans ce contexte, j’es­père bien sûr pou­voir me pré­sen­ter à M. Tru­deau mer­cre­di soir... » a avoué à La

Tri­bune la pro­fes­sion­nelle de droit qui est as­so­ciée se­nior au sein du même ca­bi­net que son ma­ri Fran­çois Syl­vestre.

Me Brière n’a ja­mais mi­li­té en po­li­tique. À ce jour, elle s’est da­van­tage in­ves­tie au­près d’or­ga­nismes com­mu­nau­taires comme la Mai­son Aube-Lu­mière, dont elle as­sure la pré­si­dence.

Celle qui sort de l’ombre n’au­ra pas à se me­su­rer au di­rec­teur gé­né­ral d’Es­trie Aide, Claude Bel­leau, qui avait dé­cla­ré pu­bli­que­ment son in­té­rêt et qui a mul­ti­plié les consul­ta­tions pour me­su­rer ses ap­puis.

« Per­sonne ne m’a dis­sua­dé, c’est moi qui me suis dé­sis­té. La per­cep­tion à l’égard des po­li­ti­ciens est trop sé­vère et trop né­ga­tive. J’ai ac­tuel­le­ment des dé­fis qui conviennent par­fai­te­ment au rythme de vie que je veux m’im­po­ser comme se­mi re­trai­té », a conclu au terme de sa ré­flexion l’an­cien char­gé de pro­jet de l’Agence ca­na­dienne de dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal (ACDI).

M. Bel­leau a des af­fi­ni­tés très évi­dentes avec les li­bé­raux fé­dé­raux puisque sa conjointe est à l’em­ploi de la mi­nistre Ma­rie-Claude Bi­beau. Tou­te­fois, comme membre de l’équipe éco­no­mique de Luc For­tin et à titre de col­la­bo­ra­teur de Ber­nard Sé­vi­gny, M. Bel­leau a éga­le­ment été proche té­moin des dé­faites amères su­bies l’au­tomne der­nier par l’ex-mi­nistre pro­vin­cial et, un an plus tôt, par l’an­cien maire.

La voie n’est pas libre pour au­tant. De­van­cé par Tom Al­len lors de l’in­ves­ti­ture de 2014, Ed­win Mo­re­no en­tend bien cette fois être le choix des mi­li­tants li­bé­raux dans Sher­brooke.

« Je suis en­tou­ré d’une bonne équipe et notre tra­vail au­près de nos 450 membres est en­tre­pris de­puis plu­sieurs mois. Même si Élisabeth Brière ar­ri­vait avec une éti­quette de ve­dette, ça ne me dé­range pas », com­mente l’as­pi­rant qui pré­side la Fé­dé­ra­tion des com­mu­nau­tés cultu­relles de l’Es­trie.

À la suite de ré­centes élec­tions, près des trois quarts des sièges à l’exé­cu­tif du PLC de Sher­brooke sont oc­cu­pés par des Néo-Ca­na­diens.

« Il n’y au­ra pas de lutte iden­ti­taire. L’ob­jec­tif pre­mier est de mettre fin au re­jet d’un par­ti ayant long­temps re­pré­sen­té les Sher­broo­kois à Ot­ta­wa. Pour ce­la, ça prend de la conti­nui­té dans l’ac­tion et pas juste une im­pli­ca­tion le temps d’une cam­pagne », juge le nou­veau pré­sident, Ma­tam­ba Hen­ry M’Ba­ti­ka.

Au der­nier scru­tin fé­dé­ral, les li­bé­raux ont pris le deuxième rang dans Sher­brooke avec 30 % des voix, huit points de moins que le dé­pu­té sor­tant, Pierre-Luc Dus­seault.

Pour pré­pa­rer sa troi­sième ba­taille élec­to­rale, le pre­mier sou­ci du dé­pu­té Dus­seault a été de se trou­ver un di­rec­teur de cam­pagne pour rem­pla­cer Pierre Tar­dif qui, dans le même rôle, a frap­pé le mur pro­vin­cial avec Luc For­tin.

« J’ai en mon ami Ha­run Ja­sa­re­vic un homme qui sau­ra or­ches­trer une cam­pagne aus­si ef­fi­cace que celle ayant as­su­ré ma ré­élec­tion il y a quatre ans. Ce n’est pas parce que le par­ti éprouve des dif­fi­cul­tés au na­tio­nal que la ba­taille est per­due dans Sher­brooke, loin de là. Il y a des si­mi­li­tudes entre nos pro­po­si­tions pro­gres­sistes et celles de Qué­bec so­li­daire, no­tam­ment en ma­tière d’en­vi­ron­ne­ment. L’élec­tion de Ch­ris­tine La­brie est plus po­si­tive que né­ga­tive pour moi », consi­dère le dé­pu­té néo-dé­mo­crate.

« Nous ne nous en­ga­geons pas dans la re­cons­truc­tion du par­ti avec l’in­ten­tion de n’être que des fi­gu­rants dans Sher­brooke l’au­tomne pro­chain. Nous avons l’am­bi­tion de re­prendre le com­té nous ayant dé­jà ap­par­te­nu », lance à son tour le pré­sident du Bloc qué­bé­cois de Sher­brooke, Marc Bou­lianne, à la veille de la pre­mière réunion ré­gio­nale sur le re­po­si­tion­ne­ment.

« Mes consul­ta­tions dans Sher­brooke sont très po­si­tives. Nous vous sur­pren­drons », an­nonce lui aus­si le dé­pu­té de Rich­mondAr­tha­bas­ka, Alain Rayes, le lieu­te­nant qué­bé­cois se char­geant de re­cru­ter les can­di­dats chez les conser­va­teurs.

Ben cou donc, com­men­çons l’an­née avec l’hy­po­thèse que Sher­brooke pour­rait s’avé­rer, en 2019 au fé­dé­ral, la boîte à sur­prises qu’elle l’a été de­puis 15 mois au mu­ni­ci­pal, puis au pro­vin­cial!

— PHO­TOS AR­CHIVES LA TRI­BUNE

Une nou­velle pré­ten­dante se pointe chez les li­bé­raux fé­dé­raux alors qu’Élisabeth Brière veut de­ve­nir la can­di­date de Jus­tin Tru­deau pour la cir­cons­crip­tion de Sher­brooke. Si Claude Bel­leau a re­non­cé, Ed­win Mo­re­no a les mêmes am­bi­tions que Mme Brière.

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