Lutte à la vio­lence en­vers les femmes

Des hommes prennent la pa­role

La Voix de l'Est - - LA UNE - JE­ROME SA­VA­RY je­rome.sa­va­[email protected]­voix­de­lest.ca

GRAN­BY — Au Qué­bec, une femme sur trois âgée de 16 ans et plus est vic­time d’agres­sion sexuelle. Dans la ré­gion, les deux mai­sons d’hé­ber­ge­ment pour femmes sont pleines. C’est dans ce contexte que des hommes in­fluents de la ré­gion ont dé­ci­dé de faire par­tie de la so­lu­tion. In­vi­tés par la Coa­li­tion des groupes de femmes de la Haute-Ya­mas­ka et Brome-Mis­sis­quoi à par­ti­ci­per à un «dé­jeu­ner des hommes», et is­sus de tous les ho­ri­zons de la so­cié­té, ils semblent prêts à se re­trous­ser les manches.

« Si on est à la base de la vio­lence, il faut aus­si être à la base du chan­ge­ment », avait sou­li­gné Do­mi­nique Le­quin, for­ma­teur en al­pha­bé­ti­sa­tion po­pu­laire au Sac à mots, à Co­wans­ville, lors de ce dé­jeu­ner qui a eu lieu le 28 no­vembre der­nier, dans le cadre des douze jours d’ac­tion pour l’éli­mi­na­tion de la vio­lence en­vers les femmes.

Les di­rec­trices et co­or­don­na­trices des six groupes de femmes membres de la Coa­li­tion sont re­ve­nues sur cette ren­contre im­por­tante, qui était une pre­mière dans la ré­gion, le jeu­di 6 dé­cembre — jour­née com­mé­mo­rant la tue­rie de Po­ly­tech­nique*.

« La vio­lence faite aux femmes va au-de­là de la sphère pri­vée », in­siste Car­men Pa­quin, di­rec­trice de la Mai­son Alice-Des­ma­rais, le centre d’hé­ber­ge­ment pour femmes en Haute-Ya­mas­ka. [Cette vio­lence] re­lève de la sphère pu­blique. Tout le monde doit s’en mê­ler. Oui, nous comme or­ga­nismes au­près des femmes, on fait tout un tra­vail, mais in­di­vi­duel­le­ment, cha­cun de nous doit en par­ler à la mai­son et au tra­vail. Il faut dé­ve­lop­per une in­to­lé­rance à toutes les formes de vio­lence, qu’elle soit phy­sique, psy­cho­lo­gique, ver­bale, sexuelle, so­ciale ou éco­no­mique. Il faut dé­non­cer, il faut ar­rê­ter de rire, il faut ar­rê­ter d’être si­len­cieux, parce que ces com­por­te­ments va­lident [la vio­lence]. Ça ap­par­tient à tout le monde. »

SEN­SI­BI­LI­SER

La ren­contre du 28 no­vembre a ain­si ras­sem­blé 24 hommes is­sus de dif­fé­rents mi­lieux: po­li­ciers, di­rec­teurs d’école, in­ter­ve­nants com­mu­nau­taires, res­tau­ra­teurs, tra­vailleurs au­to­nomes, ou en­core fonc­tion­naires. « On a choi­si de gar­der ces per­sonnes ano­nymes [hor­mis M. Le­quin, sor­ti pu­bli­que­ment], étant don­né la na­ture du su­jet et notre en­ga­ge­ment en­vers les par­ti­ci­pants », a in­di­qué Jean-Fran­çois Cou­ture, ani­ma­teur du Dé­jeu­ner.

C’est sur­tout à titre d’homme, et comme ci­toyen, que ces per­sonnes ont été in­vi­tées, rap­pelle Mme Pa­quin. « Le grand ob­jec­tif de l’évé­ne­ment était de les réunir et de sa­voir ce qu’ils étaient prêts à faire in­di­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment pour ai­der la lutte à la vio­lence faite aux femmes. »

À l’is­sue de ce dé­jeu­ner qui a du­ré près de trois heures, ces hommes ont sou­li­gné le manque d’in­for­ma­tions et de res­sources vers les­quelles les per­sonnes concer­nées — hommes, femmes ou en­fants — pou­vaient se tour­ner dans un cas de vio­lence faite aux femmes.

Cer­taines per­sonnes pré­sentes — cinq ou six, se­lon M. Cou­ture — se sont aus­si en­ga­gées à réa­li­ser des ac­tions, soit de par­ler de cette vio­lence à la mai­son et avec des col­lègues, de ne pas to­lé­rer les blagues sexistes, de mettre en place des po­li­tiques d’équi­té sa­la­riale au tra­vail, et de sen­si­bi­li­ser les jeunes à l’école et à la mai­son.

« On a 20 per­sonnes qui ont dé­sor­mais une nou­velle per­cep­tion du phé­no­mène, as­sure M. Cou­ture. On a chan­gé ces in­di­vi­dus-là, qui vont po­ser une ac­tion concrète. » Par exemple, un di­rec­teur d’école s’est en­ga­gé à in­té­grer une po­li­tique d’éga­li­té et de non­har­cè­le­ment dans l’éta­blis­se­ment sco­laire qu’il di­rige.

Par­mi les hommes pré­sents au Dé­jeu­ner, un père de fa­mille a pris conscience de sa res­pon­sa­bi­li­té pa­ren­tale, sou­ligne Ca­thie Som­bret, co­or­don­na­trice de la mai­son Ho­ri­zon pour elle : « Il y avait des pa­pas par­mi ces hommes, et l’un d’eux, [qui a aus­si deux filles], a dit “Ok, j’ai une dis­cus­sion à avoir avec mon fils”. J’ai trou­vé ce­la très tou­chant, car on a vu qu’il pre­nait conscience de l’im­por­tance de sen­si­bi­li­ser les jeunes. C’était un mo­ment fort de com­prendre que c’est aus­si aux pa­pas de s’im­pli­quer. »

DY­NA­MIQUE

Se­lon Chan­tal Bras­sard, co­or­don­na­trice du Centre d’aide et de lutte contre les agres­sions à ca­rac­tère sexuel, cet évé­ne­ment a bé­né­fi­cié d’une dy­na­mique fa­vo­rable. « De­puis le mou­ve­ment du #moiaus­si, on en­tend beau­coup d’hommes dire : “Moi, je veux me pro­non­cer, je suis contre la vio­lence et je ne veux plus to­lé­rer ça. Qu’est-ce que je peux faire?” »

« C’est le dé­but d’un mou­ve­ment qui est lan­cé », croit quant à lui M. Cou­ture.

À no­ter que ce Dé­jeu­ner des hommes est le pre­mier évé­ne­ment du genre à avoir lieu en ré­gion. Il a été ins­pi­ré par l’équi­valent or­ga­ni­sé de­puis quatre ans par la Fé­dé­ra­tion des mai­sons d’hé­ber­ge­ment pour femmes du Qué­bec, à Mon­tréal.

En mi­lieu de tra­vail, au Ca­na­da, 42 % des femmes sont vic­times de har­cè­le­ment sexuel.

* Le 6 dé­cembre 1989, Marc Lé­pine a tué 14 jeunes femmes à l’École Po­ly­tech­nique de Mon­tréal.

— P⋆OTOS ALAIN DION

Car­men Pa­quin, di­rec­trice de la Mai­son Alice-Des­ma­rais, le centre d’hé­ber­ge­ment pour femmes en Haute-Ya­mas­ka.

Jean-Fran­çois Cou­ture, ani­ma­teur du Dé­jeu­ner pour hommes or­ga­ni­sé le 28 no­vembre der­nier par la Coa­li­tion des groupes de femmes de la Hau­teYa­mas­ka et Brome-Mis­sis­quoi.

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