Le Ca­na­da ac­cueille­ra une ré­fu­giée saou­dienne

La Voix de l'Est - - ACTUALITÉS - MIKE BLANCHFIELD

REGINA — Le Ca­na­da a ac­cep­té ven­dre­di la de­mande d’asile d’une Saou­dienne ré­fu­giée en Thaï­lande qui avait at­ti­ré l’at­ten­tion du monde en­tier sur les mé­dias so­ciaux parce qu’elle di­sait fuir les mau­vais trai­te­ments de la part de sa fa­mille.

Le pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau a an­non­cé que le Ca­na­da ac­cep­te­rait d’ac­cueillir Ra­haf Mo­ham­med Al­qu­nun en tant que ré­fu­giée.

La jeune femme de 18 ans a été in­ter­pel­lée à l’aé­ro­port in­ter­na­tio­nal de Bang­kok sa­me­di der­nier quand la po­lice thaï­lan­daise lui a re­fu­sé l’en­trée au pays, en plus de confis­quer son pas­se­port. Son frère et son père s’étaient aus­si ren­dus en Thaï­lande pour la ra­me­ner dans son pays d’ori­gine.

Jus­tin Tru­deau a ba­layé du re­vers de la main les sug­ges­tions se­lon les­quelles cette dé­ci­sion pour­rait en­ve­ni­mer da­van­tage les re­la­tions entre le Ca­na­da et l’Ara­bie saou­dite. Pour sa part, l’or­ga­nisme Hu­man Rights Watch a fé­li­ci­té le Ca­na­da pour avoir don­né ra­pi­de­ment un re­fuge à une jeune femme vul­né­rable.

Mme Al­qu­nun s’était bar­ri­ca­dée dans une chambre d’hô­tel d’où elle a lan­cé, sur Twit­ter, une cam­pagne qui a at­ti­ré l’at­ten­tion du monde sur son sort.

Les di­plo­mates ca­na­diens dans la ca­pi­tale thaï­lan­daise ont étu­dié im­mé­dia­te­ment son cas. Bien qu’il ait été ques­tion que la jeune femme se rende en Aus­tra­lie, il est de­ve­nu clair pen­dant la se­maine que le Ca­na­da était la so­lu­tion la plus ra­pide.

M. Tru­deau a pré­ci­sé lors d’une confé­rence à Regina que le HautCom­mis­sa­riat des Na­tions unies pour les ré­fu­giés avait de­man­dé au Ca­na­da d’ac­cep­ter Mme Al­qu­nun comme ré­fu­giée, ce qu’il a ac­cep­té.

« Nous sommes heu­reux de le faire parce que le Ca­na­da est un pays qui com­prend à quel point il est im­por­tant de dé­fendre les droits de la per­sonne, de dé­fendre les droits des femmes dans le monde », a dé­cla­ré le pre­mier mi­nistre.

SI­TUA­TION DIF­FI­CILE DES FEMMES

Le dos­sier de Mme Al­qu­nun met en lu­mière la si­tua­tion des droits des femmes en Ara­bie saou­dite. Plu­sieurs Saou­diennes qui ten­taient d’échap­per à des fa­milles vio­lentes ont été cap­tu­rées à l’étran­ger et ren­voyées chez elles au cours des der­nières an­nées.

Les dé­fen­seurs des droits de la per­sonne pré­tendent que plu­sieurs af­faires du genre sont pas­sées in­aper­çues.

« Je suis la fille qui a fui en Thaï­lande. Je suis main­te­nant en vé­ri­table dan­ger parce que l’am­bas­sade saou­dienne tente de me for­cer à re­tour­ner », a-t-elle dit, se­lon une tra­duc­tion en an­glais de ses mes­sages sur Twit­ter.

Mme Al­qu­nun a aus­si écrit qu’elle avait peur et que sa fa­mille la tue­rait si elle re­tour­nait chez elle. Le mot-clé #Sa­veRa­haf (« Sau­vez Ra­haf ») s’est pro­pa­gé sur Twit­ter et une pho­to d’elle der­rière une porte blo­quée par un ma­te­las a fait le tour du monde.

Ce der­nier dé­ve­lop­pe­ment pour­rait af­fec­ter en­core da­van­tage les re­la­tions du Ca­na­da avec l’Ara­bie saou­dite. En août der­nier, le royaume a ex­pul­sé l’am­bas­sa­deur ca­na­dien à Riyad et rap­pe­lé son propre am­bas­sa­deur à Ot­ta­wa, lorsque la mi­nistre des Af­faires étran­gères a ap­por­té son sou­tien, sur Twit­ter, aux mi­li­tantes des droits des femmes ar­rê­tées en Ara­bie saou­dite. Les Saou­diens ont éga­le­ment lar­gué des in­ves­tis­se­ments ca­na­diens et or­don­né à leurs ci­toyens qui étu­dient au Ca­na­da de par­tir.

M. Tru­deau sem­blait im­pas­sible lors­qu’il s’est fait ques­tion­ner sur les possibles ef­fets de cette dé­ci­sion.

« Le Ca­na­da a été sans équi­voque, a-t-il ex­pli­qué. Nous dé­fen­drons tou­jours les droits de la per­sonne et les droits des femmes de par­tout dans le monde. Ce­la fait par­tie d’une longue tra­di­tion du Ca­na­da, de s’en­ga­ger de fa­çon construc­tive et po­si­tive dans le monde, et de tra­vailler avec nos par­te­naires, al­liés et avec les Na­tions unies. Et quand les Na­tions unies nous ont de­man­dé d’ac­cor­der l’asile à Mme Al­qu­nun, nous avons ac­cep­té. »

L’AUS­TRA­LIE RÉ­TI­CENTE

Mme Al­qu­nun avait pré­cé­dem­ment in­di­qué sur Twit­ter qu’elle sou­hai­tait se ré­fu­gier en Aus­tra­lie.

Le mi­nistre aus­tra­lien des Af­faires in­té­rieures, Pe­ter Dut­ton, a tou­te­fois dit aux jour­na­listes mer­cre­di que la jeune femme ne bé­né­fi­cie­rait pas d’un « trai­te­ment spé­cial » et qu’elle n’était pas dif­fé­rente de plu­sieurs autres cas sem­blables.

Les com­men­taires du mi­nistre aus­tra­lien, et l’ar­ri­vée du père et du frère de Mme Al­qu­nun, ont ame­né les au­to­ri­tés à agir de fa­çon ur­gente, se­lon Phil Ro­bert­son, le di­rec­teur ad­joint de la di­vi­sion asia­tique de Hu­man Rights Watch.

« Il y avait l’as­pect in­cer­tain de son père et son frère — les gens qu’elle crai­gnait le plus — qui étaient en­core là, à Bang­kok, et qui sont tou­jours pré­sents. Il y avait beau­coup d’in­quié­tude là-des­sus, que quelque chose ar­rive», a-t-il re­la­té en en­tre­vue de­puis Bang­kok.

« C’était en fait l’une des rai­sons pour­quoi l’idée ini­tiale se­lon la­quelle elle irait en Au­tra­lie a été chan­gée pour qu’elle aille au Ca­na­da, parce que le Ca­na­da était pré­pa­ré à agir beau­coup plus ra­pi­de­ment et à vrai­ment réa­li­ser ce­la. »

LES EF­FORTS DU CA­NA­DA SALUÉS

M. Ro­bert­son a loué le tra­vail de l’am­bas­sa­drice ca­na­dienne en Thaï­lande, Don­na Pot­tie, qui se­lon lui s’est im­pli­quée ra­pi­de­ment dans le dos­sier et a fait pres­sion sur le gou­ver­ne­ment thaï­lan­dais pour qu’il mette en contact la jeune femme avec les Na­tions unies.

« Elle fai­sait par­tie de la coa­li­tion de gens qui pous­saient très fort lors­qu’on pen­sait perdre Ra­haf », a-t-il sou­te­nu.

Mme Pot­tie n’était pas dis­po­nible pour une en­tre­vue.

Le Haut Com­mis­saire des Na­tions unies pour les ré­fu­giés, Fi­lip­po Gran­di, a ac­cueilli d’un bon oeil la dé­ci­sion du Ca­na­da dans un contexte où plu­sieurs pays re­fusent des ré­fu­giés.

« Le plai­doyer de Mme Al­qu­nun a at­ti­ré l’at­ten­tion du monde en­tier dans les der­niers jours, ce qui a per­mis d’avoir un re­gard sur la si­tua­tion pré­caire de mil­lions de ré­fu­giés dans le monde », a dé­cla­ré M. Gran­di dans un com­mu­ni­qué.

« De nos jours, la pro­tec­tion des ré­fu­giés est sou­vent me­na­cée et ne peut tou­jours être as­su­rée, mais dans ce cas, le droit in­ter­na­tio­nal sur les ré­fu­giés et les va­leurs d’hu­ma­ni­té ont pré­va­lu. »

Je suis la fille qui a fui en Thaï­lande. Je suis main­te­nant en dan­ger parce que l’am­bas­sade saou­dienne tente de me for­cer à re­tour­ner. — Ra­haf Mo­ham­med Al­qu­nun

— P⋆OTO AGENCE FRANCE-PRESSE

Le chef de l’im­mi­gra­tion Maj. Gen. Su­ra­chate Hak­parn (à droite) marche en com­pa­gnie de Ra­haf Mo­ham­med Al­qu­nun avant de quit­ter l’aé­ro­port de Bang­kok.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.