AU-DE­LÀ DU PRE­MIER RE­GARD

La Voix de l'Est - - ARTS / WEEK-END - ISA­BEL AU­THIER isa­bel.au­[email protected]­voix­de­lest.ca

L’his­toire vraie de Jo­seph « John » Mer­rick avait fait grand bruit en 1980. Cette an­née-là, le monde l’avait dé­cou­vert à tra­vers le film L’homme élé­phant, ins­pi­ré de la pièce du même titre, pro­duite quelques an­nées au­pa­ra­vant par l’An­glais Ber­nard Po­me­rance.

L’homme élé­phant (Ele­phant Man), c’est le sur­nom dont on avait af­fu­blé Mer­rick, un phé­no­mène de foire qui fai­sait cou­rir les foules dans le Londres de la fin du 19e siècle. At­teint du syn­drome de Pro­tée, le jeune homme af­fi­chait d’af­freuses et dou­lou­reuses mal­for­ma­tions sus­ci­tant chez les gens un mé­lange de cu­rio­si­té et de dé­goût. Ce­lui-ci fut un jour re­mar­qué par un pro­fes­seur d’ana­to­mie qui le prit sous son aile pour le soi­gner et lui of­frir une vie plus « nor­male », loin des re­gards.

C’est cette pièce ori­gi­nale de Po­me­rance qu’a re­prise, l’an der­nier, le met­teur en scène qué­bé­cois Jean Le­Clerc. La pro­duc­tion a d’abord été pré­sen­tée au Théâtre du Ri­deau Vert dans les pre­miers mois de 2018. La voi­là main­te­nant en tour­née au Qué­bec jus­qu’en mars pro­chain, avec une dis­tri­bu­tion lé­gè­re­ment mo­di­fiée.

Dans le rôle de l’homme élé­phant lui-même, Éric Paul­hus suc­cède no­tam­ment à Be­noît McGin­nis, dont la per­for­mance avait été sa­luée par la cri­tique mont­réa­laise.

De grands sou­liers à chaus­ser ? « Oui, mais je le voyais plus comme un hon­neur. On m’a confié ce rôle sans au­di­tion, alors je vou­lais que les gens soient contents. Je ne vou­lais pas les dé­ce­voir », af­firme ce­lui qui vient tout juste de cé­lé­brer son 40e anniversaire. « C’est un beau ca­deau de 40 ans ! »

Le co­mé­dien qu’on a pu voir à la té­lé dans Une gre­nade avec ça ? , Les Ar­go­nautes, Ma­dame Le­brun et Lâ­cher prise, n’en est pas à son pre­mier rôle au théâtre. Mais il ne s’était ja­mais at­ta­qué à une per­for­mance aus­si phy­sique, dit-il. « Je sors de là en sueur et avec beau­coup de ten­sion dans le corps. »

DÉ­FI D’AC­TEUR

Car ne s’im­pro­vise pas l’homme élé­phant qui veut. Tout un dé­fi at­ten­dait Éric Paul­hus. « J’ai vu la pièce l’an der­nier sans sa­voir que j’al­lais la jouer. Quand on me l’a of­ferte, j’ai res­sen­ti un mé­lange de peur et de dé­sir. C’est une com­po­si­tion à plein de ni­veaux, tant phy­sique que vo­cal. Heu­reu­se­ment, j’ai la chance de jouer avec de grands ac­teurs », ajoute-t-il en fai­sant ré­fé­rence à ses col­lègues sur scène : Syl­vie Dra­peau, Ger­main Houde, Na­tha­lie Ga­doua, Ro­ger La Rue, An­nick Ber­ge­ron, Sté­phane Bre­ton et Hu­bert Proulx. Pour s’ap­pro­prier le per­son­nage, Éric Paul­hus s’est no­tam­ment ins­pi­ré de pho­to­gra­phies de l’homme élé­phant, en adap­tant sa pos­ture et sa dé­marche, puis en trou­vant la voix qui lui conve­nait le mieux.

« À tra­vers toutes ces contraintes phy­siques, on peut vé­hi­cu­ler des émo­tions », se ré­jouit-il.

D’au­tant plus que pour per­son­ni­fier Jo­seph Mer­rick, le co­mé­dien ne dis­pose d’au­cune pro­thèse ou de ma­quillage. Le pu­blic doit ima­gi­ner ses dif­for­mi­tés. « C’est beau­coup plus puis­sant de sug­gé­rer. C’est ça la force du théâtre. Comme spec­ta­teur, on peut voir tout ça sans ar­ti­fice. »

On pour­rait croire que jouer L’homme élé­phant est un exer­cice sombre et dif­fi­cile. « Non, au contraire. Ça de­mande de la lu­mière et de la dou­ceur. Cet homme char­mant avait soif d’ap­prendre, d’ai­mer et d’être ai­mé », laisse en­tendre Éric Paul­hus.

HU­MA­NISME

La ver­sion fran­çaise de Jean Le­Clerc, dit-il, de­meure très fi­dèle à la pièce ori­gi­nale an­glaise. Sans que le ton soit am­pou­lé, ce­pen­dant. « On place l’époque et le contexte, puis on aborde ra­pi­de­ment le cô­té plus in­time et sen­sible du ré­cit. »

L’hu­ma­nisme qui s’en dé­gage pour­rait d’ailleurs ex­pli­quer en par­tie le suc­cès de l’oeuvre. Ça et le cô­té lé­gen­daire de L’homme élé­phant, croit Éric Paul­hus. « On connaît va­gue­ment le film de 1980 et on connaît le mythe. Ça pique la cu­rio­si­té et on veut connaître son his­toire. »

Et pré­sen­tée dans le contexte ac­tuel où le culte de l’image est om­ni­pré­sent, cette pro­duc­tion ar­rive à point nom­mé, se­lon lui. « En fait, c’est une pièce sur la dif­fé­rence, alors qu’on est main­te­nant dans la peur de cette dif­fé­rence, dans la peur de l’étran­ger. Il y a de la mé­fiance et du re­jet des gens qui ne sont pas comme nous. On ne franchit pas tou­jours la bar­rière du pre­mier re­gard, je trouve. »

En ce sens, L’homme élé­phant peut — peut-être — éveiller cer­taines consciences, croit-il. « Si tu as un tant soit peu de coeur, il y a une le­çon à en ti­rer... »

— P⋆OTO FOUR­NIE PAR LE T⋆ÉÂTRE DU RI­DEAU VERT

La pièce re­late l’his­toire de Jo­seph «John» Mer­rick, dit l’homme élé­phant, qui a vé­cu à la fin du 19e siècle.

IN­TER­NET D’ÉRIC PAUL⋆US — P⋆OTO TI­RÉE DU SITE

Le rôle prin­ci­pal a été confié au co­mé­dien Éric Paul­hus.

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