Pas à la hau­teur du per­son­nage

UNE FEMME D’EX­CEP­TION

La Voix de l'Est - - CRITIQUE CINÉMA - MARC-AN­DRÉ LUS­SIER

Le plus grave pro­blème de ce film de Mi­mi Le­der, bien que ce ne soit pas le seul, est d’ar­ri­ver quelques mois après RBG, l’ex­cellent do­cu­men­taire de Ju­lie Co­hen et Bet­sy West consa­cré à Ruth Ba­der Gins­burg. Il au­rait fal­lu que la réa­li­sa­trice, qui porte à l’écran un pre­mier scé­na­rio de Daniel Stie­pel­man, le propre ne­veu de la cé­lèbre juge (était-ce vrai­ment une bonne idée ?), ar­rive avec un film à la fois ex­cep­tion­nel et ins­pi­rant. Ce­la n’est mal­heu­reu­se­ment pas le cas. Une femme d’ex­cep­tion (On the Ba­sis of Sex) est un drame bio­gra­phique des plus clas­siques, au­quel la réa­li­sa­trice donne un trai­te­ment pré­vi­sible et pla­te­ment hol­ly­woo­dien.

Re­pre­nant un pro­jet qui s’est pro­me­né long­temps dans les of­fi­cines (au­quel Na­ta­lie Port­man a no­tam­ment été as­so­ciée), Mi­mi Le­der, dont le plus ré­cent long mé­trage des­ti­né au grand écran re­monte au Code il y a 10 ans, a confié le rôle à Fe­li­ci­ty Jones (La théo­rie de l’uni­vers, Rogue One). L’ac­trice bri­tan­nique semble ce­pen­dant être di­ri­gée de fa­çon un peu uni­di­men­sion­nelle.

Tour­né es­sen­tiel­le­ment à Mon­tréal, le film aborde une ving­taine d’an­nées de la vie de Ruth Ba­der Gins­burg, de son en­trée à la fa­cul­té de droit de l’Uni­ver­si­té Har­vard en 1956, où les rares femmes ad­mises étaient mon­trées du doigt par la di­rec­tion pour avoir « pris la place d’étu­diants mâles », jus­qu’à ses com­bats des an­nées 70.

Au beau mi­lieu des bou­le­ver­se­ments so­ciaux, cette brillante avo­cate a alors pu faire va­loir, grâce à une cause où un homme était lé­sé, la na­ture dis­cri­mi­na­toire de cer­taines lois. Et les faire chan­ger.

Bien en­ten­du, le par­cours de cette femme d’ex­cep­tion fait en sorte que le spec­ta­teur y por­te­ra quand même in­té­rêt, sur­tout ce­lui qui igno­re­rait peut-être son his­toire, mais le scé­na­rio reste bien sage. Trop sage, en fait. Plu­tôt que d’ex­plo­rer la per­son­na­li­té par­ti­cu­lière de la femme, au­tant son hu­mour que sa dé­ter­mi­na­tion et son re­jet des conven­tions, on se li­mite ici au cô­té stu­dieux d’une pro­fes­sion­nelle, ap­puyée par un ma­ri par­fait (Ar­mie Ham­mer).

BEAU­COUP TROP LISSE

Au­tre­ment dit, les élé­ments qui font que Ruth Ba­der Gins­burg a pra­ti­que­ment at­teint au­jourd’hui le sta­tut d’une rock star sont es­ca­mo­tés au pro­fit d’un par­cours illus­tré de fa­çon beau­coup trop lisse.

Le ré­cit fai­sant seule­ment écho à ses ac­com­plis­se­ments de jeu­nesse – fort im­por­tants au de­meu­rant –, on ap­pren­dra à la fin du film la suite de son his­toire grâce à de simples men­tions, no­tam­ment sa nomination à titre de juge à la Cour su­prême des États-Unis par le pré­sident Bill Clin­ton en 1993, fa­ci­le­ment confir­mée par le Sé­nat à 96-3.

Quand la vraie Ruth Ba­der Gins­burg, main­te­nant âgée de 85 ans, tra­verse l’écran en guise de conclu­sion, le re­gard éva­sif, on ne peut faire au­tre­ment que pen­ser à ce qu’elle se dit peu­têtre in­té­rieu­re­ment : le do­cu­men­taire était bien mieux que ce long mé­trage trop beige !

— IMAGE FOUR­NIE PAR UNI­VER­SAL PIC­TURES

L’ac­trice Fe­li­ci­ty Jones semble di­ri­gée de fa­çon un peu uni­di­men­sion­nelle.

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