Louis Lettre de

La Voix Pop - - ART DE VIVRE - JEAN-GUY MAR­CEAU Chro­ni­queur

Je sais que je ne suis pas en âge d’écrire, mais je le fais quand même. J’ai trois ans et de­mi, et par­fois je me sens comme en pleine crise d’ado. En tout cas, c’est ce que disent mes pa­rents. Je ne sais pas ce que c’est être ado. Ç’a l’air un peu in­quié­tant, mais j’ai du temps pour m’y faire.

Pour l’ins­tant, je suis haut comme trois pommes et je n’ar­rête pas de dé­cou­vrir la vie. C’est une per­pé­tuelle dé­cou­verte la vie! Mais c’est fa­ti­gant de pas­ser son temps à ap­prendre.

Souvent, j’es­saie d’en pas­ser une pe­tite vite à ma grande soeur, à ma mère ou à mon édu­ca­trice, mais rien à faire, elles dé­couvrent mon jeu et me ra­mènent à l’ordre ra­pi­de­ment. Le seul qui me croit dur comme fer, c’est mon pa­pi. Naïf, vous dites? To­ta­le­ment! Avec lui, c’est su­per fa­cile d’ar­ri­ver à mes fins. J’ai mes pe­tits trucs.

J’au­rai quatre ans en no­vembre. Aus­si bien dire une éter­ni­té! Le prin­temps vient à peine de se mon­trer le bout du nez. Dans deux mois, ce se­ra l’été et les va­cances fa­mi­liales. Puis, il y au­ra le dé­but de l’au­tomne et fi­na­le­ment, ma fête, à la fin de no­vembre.

Pen­dant ce temps, ma grande soeur, elle, au­ra six ans la se­maine pro­chaine. La chan­ceuse! Six ans… l’école et l’au­to­bus sco­laire… Mon rêve!

Pour être à sa hau­teur, j’es­saie de tout faire ce qu’elle fait; je suis une vraie tache, comme on dit. Je suis plus pe­tit, mais j’ar­rive quand même à la suivre. Je suis tou­jours sur ses ta­lons, ça l’énerve et moi, j’ap­prends tout ce qu’il ne faut pas faire. La seule fa­çon qu’elle a trou­vée pour m’éloi­gner d’elle, c’est de me for­cer à jouer à la mère ou à la pou­pée. Beurk!

Qu’est-ce qu’elles ont toutes les filles? Ma cou­sine c’est pa­reil: Bar­bie, les prin­cesses, El­sa… Moi, je pré­fère de loin mes di­no­saures et ma col­lec­tion de voi­tures et de ca­mions. C’est une ques­tion de goût comme dit pa­pa. Et mon père, il en a beau­coup du goût: il a choi­si la plus belle femme, celle que je par­tage avec lui.

J’écoute par­ler les gens au­tour de moi. Ils ne savent pas tous que je com­prends beau­coup de choses. Souvent, je fais sem­blant et je réus­sis as­sez bien à me faire ou­blier. Sauf quand ma soeur m’agace et me fait crier, parce que crier, c’est mon arme pré­fé­rée. Je crie pour tout et pour rien, et ça marche souvent. Vous sa­vez, j’ai ce genre de pe­tite voix tel­le­ment aga­çante qui fait que dans quatre-vingts pour cent des cas, j’ob­tiens ce que je veux, sur­tout avec mes grands-pa­rents.

C’est avec mes pa­rents que c’est plus dif­fi­cile. D’abord, ils m’em­bêtent avec leurs rè­gle­ments et leurs consé­quences. Et que dire des re­pas. Man­ger trois fois par jour, c’est in­hu­main! Sauf pour ma soeur qui fi­nit tou­jours son as­siette, elle.

Puis, il y a leur fixa­tion à me faire ran­ger ma chambre, bros­ser mes dents, nour­rir mon pois­son, mettre mon py­ja­ma, etc. Ça ne fi­nit plus d’être un grand gar­çon!

Mon pa­pi dit de moi que je n’ai que deux vi­tesses: vite et très vite. Je sais, je ne marche pas, je cours. Parce que c’est bien plus ri­go­lo! Mais ce que j’aime par-des­sus tout, c’est d’être tom­bé sur une fa­mille comme la mienne.

Tout le monde est co­ol et me donne beau­coup d’amour et d’at­ten­tion. Tous les soirs, on me lit une pe­tite his­toire pour m’en­dor­mir, et ce, de­puis que je suis né. Je n’ai ja­mais en­ten­du une his­toire plus belle que la mienne, et elle ne fait que com­men­cer…

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