L’es­sai

PRESSE EN PÉ­RIL

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La crise des mé­dias a fait l’ob­jet de mil­liers de man­chettes. Mais la si­tua­tion des grands mé­dias ur­bains n’est rien com­pa­ra­ti­ve­ment à une presse ré­gio­nale ex­sangue, qui tente de sur­vivre dans ce qui res­semble fort à de l’in­dif­fé­rence.

Dans Ex­tinc­tion de voix, Ma­rie-Ève Mar­tel, elle-même jour­na­liste à La Voix de l’Est, livre un plai­doyer en forme de cri du coeur, mul­ti­pliant les exemples, chiffres et anec­dotes.

Au Qué­bec, les heb­dos ré­gio­naux ont souf­fert d’une guerre lar­vée de cinq ans entre Qué­be­cor et Trans­con­ti­nen­tal, qui s’est sol­dée par la fermeture de di­zaines de pu­bli­ca­tions. Même sort pour des an­tennes ré­gio­nales de té­lé et des sta­tions de ra­dio lo­cales. « Com­ment in­té­res­ser da­van­tage la po­pu­la­tion à ce qui se pro­duit en ré­gion si on lui four­nit de moins en moins de conte­nu qui la concerne ? » de­mande l’au­teure.

Bien sûr, tout est une ques­tion d’ar­gent. Les gens ont ré­duit leur bud­get mé­dia de moi­tié de­puis 10 ans, et s’in­forment da­van­tage par les ré­seaux so­ciaux, où l’in­fo lo­cale est presque ab­sente. Les pu­bli­ci­tés ont sui­vi la tendance. Au Qué­bec, plus de 23 mil­lions de dol­lars de pub au­raient mi­gré vers Fa­ce­book.

Et de­puis l’an der­nier, les mu­ni­ci­pa­li­tés du Qué­bec ne sont plus te­nues de pu­blier les avis pu­blics dans les mé­dias, ce qui prive les pu­bli­ca­tions lo­cales de mil­lions de dol­lars. Ré­sul­tat, de pe­tites lo­ca­li­tés se contentent dé­sor­mais d’heb­dos qui mettent en ligne des com­mu­ni­qués de presse.

Ce n’est pas sans sa­tis­faire cer­tains élus. En­traves, me­naces, in­ti­mi­da­tion : dans cer­tains coins, les jour­na­listes sont per­çus comme des em­mer­deurs s’ils ne sont pas là pour re­layer les bonnes nou­velles des au­to­ri­tés mu­ni­ci­pales. Aus­si, élus ou com­mer­çants n’hé­sitent pas à me­na­cer de re­ti­rer leur pu­bli­ci­té si un ar­ticle dé­fa­vo­rable est pu­blié. Les cas d’au­to­cen­sure ne sont pas rares. « En règle gé­né­rale, la mu­ni­ci­pa­li­té est à la fois une des prin­ci­pales sources d’in­for­ma­tion et de re­ve­nus du mé­dia lo­cal, écrit Ma­rie-Ève Mar­tel. Dif­fi­cile alors de mordre la main qui nous nour­rit d’au­tant de fa­çons. »

Que faire ? Convaincre de payer pour de l’in­for­ma­tion de qua­li­té, d’abord. Mais l’État, s’il est at­ta­ché à la di­ver­si­té des voix en dé­mo­cra­tie, doit aus­si agir. Il est dé­mon­tré que le taux de vote aug­mente dans les ré­gions où les ci­toyens ont plus ac­cès à l’in­for­ma­tion lo­cale.

Ac­cor­der aux mé­dias d’in­for­ma­tion des cré­dits d’im­pôt, comme au cinéma et à la télévision, est une voie. La créa­tion d’un fonds qué­bé­cois, qui at­tri­bue­rait des aides de fa­çon in­dé­pen­dante, pour­rait en être une autre.

Mais avant tout, dit Ma­rie-Ève Mar­tel, il faut of­frir une in­for­ma­tion de qua­li­té.

« La planche de sa­lut que cherchent les en­tre­prises de presse se trouve peut-être de­vant leurs yeux : re­ve­nir à la base, c’es­tà-dire of­frir une in­for­ma­tion lo­cale à une com­mu­nau­té pour ré­pondre à ses be­soins. » (Jean-Phi­lippe Ci­pria­ni)

« Bon nombre de com­mer­çants mi­litent in­ten­sé­ment pour » l’achat lo­cal afin d’as­su­rer la sur­vie de leur en­tre­prise. Or, lorsque ces mêmes per­son­na­li­tés d’af­faires choi­sissent d’in­ves­tir leur bud­get pu­bli­ci­taire sur Fa­ce­book et Google, elles font exac­te­ment le contraire de ce qu’elles prêchent.

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