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L’actualité - - SOMMAIRE -

Bien qu’il ait une tête d’ac­teur amé­ri­cain, l’au­teur et pho­to­jour­na­liste De­ni El­lis Bé­chard ne se conten­te­rait ja­mais de res­ter dans l’in­ter­pré­ta­tion. Mi­li­tant et en­ga­gé, ce grand globe-trot­teur pré­fère être au coeur de l’ac­tion et y puise l’ins­pi­ra­tion pour écrire, no­tam­ment Blanc, un opus qui ar­rive avec la nou­velle an­née. Dans ce ro­man qui se dé­roule en par­tie au Con­go, vous cri­ti­quez, entre autres, des or­ga­ni­sa­tions hu­ma­ni­taires oc­ci­den­tales ins­tal­lées en Afrique. Que leur re­pro­chez-vous ?

Lors de mes nom­breuses an­nées pas­sées à l’étran­ger, j’ai ren­con­tré plu­sieurs per­sonnes qui fai­saient du travail hu­ma­ni­taire au sein d’or­ga­ni­sa­tions et, mal­heu­reu­se­ment, je n’ai pas été en me­sure d’in­ter­pré­ter leurs ac­tions et croyances comme moins co­lo­niales et mes­sia­niques que ce que font les en­tre­prises mi­li­taires et com­mer­ciales de riches pays oc­ci­den­taux.

Des bar­rières cultu­relles ont-elles en­tra­vé votre travail ? Il y avait cer­tai­ne­ment des bar­rières cultu­relles ; de nom­breux Con­go­lais se mé­fient des Blancs (avec rai­son) et la dy­na­mique so­ciale entre Blancs et Noirs reste for­te­ment en­ta­chée par le co­lo­nia­lisme. Ce­la dit, je sou­hai­tais sur­tout mon­trer les li­mites d’un per­son­nage qui se sent au­to­ri­sé à ti­rer des conclu­sions sur ce qu’il voit, mais qui se heurte le plus sou­vent à sa propre igno­rance.

Pour­quoi être re­ve­nu vers l’au­to­fic­tion pour ce ro­man ?

Je vou­lais don­ner à lire un per­son­nage près de moi, de mon igno­rance et de mes illu­sions. Je vou­lais aus­si que le lec­teur le consi­dère comme une vraie per­sonne et non comme une re­pré­sen­ta­tion fic­tive d’un cer­tain type de Blancs... Il est beau­coup plus fa­cile de ju­ger un per­son­nage qu’on pense in­ven­té en sup­po­sant que l’au­teur est do­té d’un haut ni­veau mo­ral que de se de­man­der si l’au­teur lui-même mé­rite d’être ju­gé et même lu.

Racisme et in­éga­li­tés so­ciales sont au coeur de vos écrits des der­nières an­nées. Avez-vous l’im­pres­sion que la société pro­gresse en ce do­maine ?

Les pro­grès sont dif­fi­ciles à éva­luer. Les per­sonnes les plus sus­cep­tibles de faire leur éloge sont celles qui risquent le moins d’être lé­sées par l’op­pres­sion. Pour le Noir qui se fait ti­rer des­sus par un po­li­cier ou pour les filles noires qui se font agres­ser sexuel­le­ment par des Blancs au Con­go, les pro­grès sont sans im­por­tance. Nous ne pou­vons pas lais­ser les pro­grès nous rendre sa­tis­faits ou com­plai­sants.

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