Re­trou­ver le droit che­min après une des­cente aux en­fers

Quand Pa­trick Roy a ai­dé un ado­les­cent toxi­co­mane

L'Autre Voix - - ACTUALITÉS - CHARLES LALANDE re­dac­tion_­que­bec@tc.tc

PERSÉVÉRANCE. À l’ado­les­cence, Sa­muel Cô­té avait de la fa­ci­li­té à l’école, tout en per­for­mant au hockey élite. Puis, à par­tir de 15 ans, il y a eu la drogue, les ar­res­ta­tions, les thé­ra­pies et ul­ti­me­ment, les pen­sées sui­ci­daires.

Tout a com­men­cé lors d’une vul­gaire pro­me­nade dans le bois. Peu en­clin à consom­mer du can­na­bis pour la pre­mière fois, il s’est ré­si­gné à es­sayer, voyant ses amis avoir du plaisir à le faire.

Étant ex­ces­sif dans toutes les sphères de sa vie, sa consom­ma­tion n’a fait qu’aug­men­ter. «Ça ve­nait de moi, j’avais du fun, mais j’en vou­lais tou­jours plus, alors j’ai com­men­cé les drogues dures. »

Ce­la a coïn­ci­dé avec l’aban­don de ses études avant la fin de son se­con­daire. Gar­dien de but au ni­veau Ban­tam AA, il a ac­cro­ché ses jam­bières, lais­sant ain­si der­rière lui son rêve d’en­fance de jouer chez les pros.

Plus tard, il pei­nait à payer tout ce qu’il consom­mait. Il s’est mis à vendre de la drogue, ce qui lui a va­lu quelques ar­res­ta­tions. Il se sou­vient d’une soi­rée où il « n’était plus là du tout ». Il avait frap­pé un agent de la paix au vi­sage. Im­mé­dia­te­ment, d’autres po­li­ciers se sont em­pres­sés de lui don­ner une sé­vère cor­rec­tion.

Il a pas­sé du temps en centre de ré­adap­ta­tion en uni­té sé­cu­ri­taire pour gar­çons Le Gou­ver­nail avant d’être trans­fé­ré dans une uni­té ou­verte où il pou­vait sor­tir les fins de se­maine.

« Je n’ai pas ar­rê­té de consom­mer. Une fois, je suis ren­tré à la mai­son à 2 h du ma­tin et mon père m’a pris la tête, m’a pla­cé de­vant le mi­roir et m’a dit ‘‘Re­garde-toi. Je te mets de­hors. Tu de­vras suivre une thé­ra­pie si tu veux re­ve­nir’’.» À ce mo­ment, sa mère avait dé­jà cou­pé les ponts, n’ayant plus la force d’en­cais­ser toutes les dé­cep­tions que fis­ton lui fai­sait vivre.

Plus tard, il a sui­vi une thé­ra­pie de six mois où il avait fait des pro­grès si­gni­fi­ca­tifs. « Deux se­maines plus tard, j’ai re­vu des mau­vaises fré­quen­ta­tions et j’ai re­chu­té. J’ai re­com­men­cé à vendre, à me­ner une vie stres­sante et à faire de l’argent sale. »

LA FA­MILLE, PA­TRICK ROY

« Mes pa­rents ont été tel­le­ment pa­tients. Ils ont tout fait pour m’ai­der. Je n’étais pas voué à vivre une telle vie. J’ai de bons pa­rents, mais pen­dant quelques an­nées, j’ai mis un gros X sur mes va­leurs fa­mi­liales », dit-il, heu­reux d’être de nou­veau en bons termes avec ceux-ci, de même qu’avec ses quatre soeurs.

Il y a quelques an­nées, son père, qui jouait dans une ligue de ga­rage avec Pa­trick Roy, lui a par­lé de son fils, alors âgé de 17 ans, qui n’al­lait pas du tout. Il n’en fal­lait pas plus pour que la lé­gende vi­vante du hockey dé­barque chez les Cô­té pour ame­ner l’ado­les­cent Chez Boub cas­ser la croûte.

« L’an­cien gar­dien de but que j’étais n’en re­ve­nait pas que Pa­trick Roy, une idole de jeu­nesse, prenne le temps de m’ai­der. Après, je ne l’ai ja­mais re­vu. Le mois der­nier, il a ap­pris que j’al­lais bien et il a dit à mon père qu’il était fier de moi », ra­conte Sa­muel Cô­té, com­plè­te­ment bouche bée. «lumière

Je vou­lais briller. Il y avait une

en moi, en­ter­rée par toute la drogue consom­mée et toutes les mau­vaises dé­ci­sions que j’ai prises. »

-Sa­muel Cô­té

L’homme qui vient de cé­lé­brer son 22e an­ni­ver­saire se rap­pelle de la jour­née où il a pris la dé­ci­sion de chan­ger.

« Je fai­sais des tra­vaux com­mu­nau­taires chez Op­tion Mé­tal Re­cy­clé. Toute la jour­née, j’avais la vue sur la pri­son. C’est un drôle de ha­sard, mais ça me jouait dans la tête. Un jour, j’ai re­gar­dé la pri­son et je me suis dit que si je ne chan­geais pas, j’al­lais pas­ser ma vie en de­dans. »

Il s’est donc em­pres­sé de je­ter son té­lé­phone dans le lac. « C’était sym­bo­lique. Je m’as­su­rais de le dé­truire et qu’il ne soit pas re­trou­vé. Ça n’a pas été fa­cile, mais j’ai tout ar­rê­té : la co­caïne, la co­déine, le pot et la ci­ga­rette, une dé­pen­dance à la fois. »

Ce­la lui a per­mis de pla­cer ses éner­gies aux bons en­droits : s’en­traî­ner sur une base presque quo­ti­dienne, mieux man­ger, suivre une for­ma­tion en ligne pour de­ve­nir en­traî­neur avant d’être em­bau­ché au Biop­ti­mal Gym & Bien-être à Lac-beau­port.

« Même quand j’ai at­teint les bas-fonds, j’ai tou­jours su que j’étais ca­pable de faire quelque chose de bien. Le cri­mi­nel et le toxi­co­mane que j’étais, tout ce­la est der­rière moi. Je ne vais ja­mais re­chu­ter. Je re­pense à ce que j’étais et ça me ré­pugne. »

Der­niè­re­ment, il a croi­sé une vieille connais­sance, qui baigne tou­jours dans le mi­lieu de la drogue. En voyant les pro­grès de Sa­muel, elle était com­plè­te­ment aba­sour­die. Le prin­ci­pal in­té­res­sé veut main­te­nant ai­der les per­sonnes qui sont dans sa si­tua­tion d’an­tan, sous n’im­porte quelle forme, par exemple par des confé­rences.

«T’as beau dire n’im­porte quoi à un toxi­co­mane, ça va ren­trer par une oreille et sor­tir par l’autre. La vo­lon­té de chan­ger doit ve­nir de la per­sonne elle-même, et celle-ci ne doit pas lâcher. »

(Pho­tos four­nies par Sa­muel Cô­té)

À gauche, Sa­muel Cô­té, amai­gri, lors d’une fête. À droite, un homme taillé au cou­teau qui a fait un grand mé­nage dans sa vie.

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