Les ‘snow­birds’ sont de re­tour

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Les ‘snow­birds’, c’est le sur­nom qu’on donne aux re­trai­tés qui passent l’hi­ver au chaud. Comme les ber­naches, les ‘snow­birds’ quittent tôt à l’au­tomne et re­viennent au prin­temps. Comme les ber­naches, ils em­pruntent le cou­loir nord-sud, entre le Qué­bec et la Flo­ride, la des­ti­na­tion la plus pri­sée. S’ils peuvent y res­ter 5 mois et 29 jours, comme le per­mettent les mo­da­li­tés de l’as­su­rance-ma­la­die du Qué­bec, c’est le bon­heur to­tal.

Quelques-uns font l’al­ler-re­tour à vol d’oi­seau, di­rec­tion Mia­mi, Fort Lau­der­dale, Tam­pa Bay, Naples, West Palm Beach. D’autres pré­fèrent rou­ler trois jours d’af­fi­lée. Ils em­pruntent les mêmes au­to­routes, ad­mirent les mêmes pay­sages, s’ar­rêtent deux nuits dans les mêmes mo­tels, mangent dans les mêmes ‘fa­mi­ly res­tau­rant’, choi­sissent le même me­nu : ham­bur­ger steak et club sand­wich. Pru­dents et éco­nomes, les ‘snow­birds’ aiment re­faire chaque an­née le même tra­jet. Ils dé­testent les im­pré­vus. En quête de so­leil et de cha­leur pour com­battre rhu­ma­tismes et ar­thrite, ils ont hâte de re­trou­ver leur condo deux chambres avec bal­con, leur ‘mo­bile home’, leur rou­lotte. Ils sont fé­briles de re­voir leurs amis. Les cartes à jouer sont dé­jà sur la table. La ‘Bud’ est au frais.

Il est fa­cile de re­con­naître les vrais ‘snow­birds’. En gé­né­ral, ils voyagent en couple. Sou­rires aux lèvres, verres fu­més, cas­quette d’été sur la tête, coupe-vent as­sor­tis, ils conduisent une grosse voi­ture amé­ri­caine, ou un SUV avec deux bi­cy­clettes élec­triques ac­cro­chées sur un porte-ba­gages. Les mieux nan­tis ont ac­quis un au­to­bus tout équi­pé der­rière le­quel ils re­morquent une mi­ni Fiat.

Aux douanes, pas­se­ports en mains, ils sont fa­ciles à iden­ti­fier. Un coffre rem­pli de biens per­son­nels et de ca­deaux. Une ban­quette ar­rière cou­verte de vê­te­ments dans leur housse ori­gi­nale. Et in­con­tour­nable sym­bole de fier­té, col­lé sur le pare-choc: le lo­go du Ca­na­dien !

Le voyage sai­son­nier des ‘snow­birds’ (proches, voi­sins, ex col­lègues de tra­vail) me fait réa­li­ser com­bien les an­nées dé­boulent ra­pi­de­ment. J’ai l’im­pres­sion qu’ils sont par­tis hier. Et voi­là qu’ils sont dé­jà de re­tour, six mois plus tard ! Je réa­lise com­bien il est pré­cieux pour une ma­jo­ri­té de ces re­trai­tés en­core en san­té, de jouir de ces es­ca­pades sé­cu­ri­santes. Ils ont tra­vaillé toute leur vie pour se les payer. Le tic-tac de l’hor­loge mar­tèle la pré­ca­ri­té de la vie. Les ‘snow­birds’ l’en­tendent.

En vieillis­sant, moi qui tra­vaille en­core et m’en­gage dans mille et un pro­jets (oui, parce que j’aime ça!), je com­mence mal­gré tout à com­prendre les mo­ti­va­tions an­nuelles de ces re­trai­tés qui ont dit : » Bye bye boss.»

L’AT­TRAIT DES VOYAGES

Pen­dant très long­temps, voya­ger était un luxe uni­que­ment ré­ser­vé aux plus riches. Prendre l’avion coû­tait une for­tune. Dans les en­droits à la mode, les hô­tels étaient des pa­laces trop chers pour les bourses or­di­naires. Les mil­lion­naires pos­sé­daient plu­sieurs ré­si­dences et mai­sons de cam­pagne. En mon­tagne, au bord de la mer, au bord d’un lac. Ils tra­ver­saient ré­gu­liè­re­ment l’at­lan­tique sur des pa­que­bots haut de gamme. Ils fai­saient de fas­tueuses croi­sières au­tour du monde.

La classe moyenne ? Il y avait le tra­di­tion­nel voyage de noces aux chutes du Nia­ga­ra, à Qué­bec, à New York. Après 25 ans de ma­riage, et trois en­fants de­ve­nus adultes, le couple pla­ni­fiait un sé­jour de deux ou trois se­maines, à Pa­ris, ou sur les routes de France, avec quelques fois un court dé­tour à Rome en Ita­lie, pour vi­si­ter le Va­ti­can et es­pé­rer aper­ce­voir le pape ! C’était sou­vent le pre­mier et seul grand voyage de la vie de nos pa­rents. La Grèce, l’es­pagne, le Por­tu­gal, les au­berges de jeu­nesse, c’était pour les bo­hèmes en sac à dos. Londres, Am­ster­dam, Ber­lin, c’était pour les in­tel­lec­tuels.

Dieu soit loué. Les voyages sont main­te­nant ac­ces­sibles à tous les bud­gets. Peu im­porte la des­ti­na­tion et les in­té­rêts per­son­nels. De l’is­lande au Ma­roc. De l’aus­tra­lie au Viet Nam. De la Scan­di­na­vie au Mexique. Même les ‘snow­birds’ ont com­men­cé à dé­lais­ser leur Terre pro­mise, la Flo­ride, pour d’autres des­ti­na­tions plus exo­tiques.

Une rue de la Flo­ride avec ses pal­miers.

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