«Un han­di­cap, ce n'est pas toute ta vie»

Ma­rie-pier Bou­la­dier veut être source d'ins­pi­ra­tion

Le Bulletin - - COMMUNAUTAIRE - SYLVAIN DUPRAS sdu­pras@lexis­me­dia.ca

TÉ­MOI­GNAGE. Ma­rie-pier Bou­la­dier, 25 ans, vient d'ob­te­nir son BAC à L'UQO. Elle vit seule dans son lo­ge­ment. Elle est pré­si­dente de Lo­ge­ments in­té­grés de Hull et elle siège à la STO. Elle fait du sport, elle voyage et offre des confé­rences. En gros, ce n'est pas parce qu'elle se dé­place en fau­teuil rou­lant qu'elle s'em­pêche de vivre plei­ne­ment sa vie.

Voi­là une jeune femme qui est au­jourd'hui une vé­ri­table source d'ins­pi­ra­tion pour bien des gens.

Elle vit avec sa dé­fi­cience phy­sique de­puis sa nais­sance: un bé­bé pré­ma­tu­ré né à 25 se­maines. Ses dix pre­mières se­maines de vie se sont pas­sées en in­cu­ba­teur. C'est la pa­ra­ly­sie cé­ré­brale cau­sée par un manque d'oxy­gène au cer­veau.

«Je suis ca­pable de mar­cher avec une mar­chette, pour le plai­sir ou pour faire du sport, mais je ne peux pas faire une jour­née en mar­chette, ra­conte-t-elle à La Re­vue. Mon moyen de me dé­pla­cer, c'est mon fau­teuil rou­lant. Tout mon corps fonc­tionne, mais ne fonc­tionne pas de la bonne ma­nière. Quand je suis de­bout, sans sup­port, je tombe, comme un bé­bé de six mois.»

Le 12 mai der­nier, Ma­rie-pier a of­fert une con­fé­rence-té­moi­gnage au Sa­lon de tran­si­tion vers la vie adulte, au parc Mous­sette. «Mon but, c'est d'ins­pi­rer, pour­suit-elle. Oui, il y a un han­di­cap, mais ce n'est qu'une par­tie de ta vie, ce n'est pas toute ta vie. On peut avoir une vie nor­male, mal­gré tout. Il faut être cons­cient de son han­di­cap, l'ac­cep­ter et ne pas hé­si­ter à ten­ter des choses même si on pense qu'on n'y par­vien­dra pas.»

DES BLUES DE ROU­LANTE

L'étape pri­mor­diale est de connaître ses li­mites. «Quand j'es­saie quelque chose, j'ai conscience que c'est pos­sible que ça ne mar­che­ra pas. Je suis prête à vivre avec le fait que je peux être dé­çue. J'ap­pelle ça des blues de rou­lante! On ne peut pas s'em­pê­cher de faire des choses par peur de ne pas pou­voir réus­sir. C'est nor­mal de pleu­rer par­fois.»

Cette phi­lo­so­phie de vie se dé­ve­loppe avec le temps, au fil des expériences, des suc­cès et des échecs. «Soit tu es fâ­chée toute ta vie de vivre avec ton han­di­cap, soit tu trouves un moyen d'en ti­rer le meilleur. C'est cho­quant d'avoir un han­di­cap. Oui, c'est une com­po­sante de ma vie, mais pas celle qui me dé­fi­nit. J'ai fait plein de choses jus­qu'à main­te­nant: j'ai des amis, une fa­mille que j'adore (deux soeurs aî­nées), une vie amou­reuse – un peu chao­tique – mais une vie amou­reuse quand même, je fais des activités, je sors, je so­cia­lise, je vais sur des ter­rasses l'été et autres.»

«Faut pas voir ce qu'on ne peut pas faire, mais se concen­trer sur les choses que l'on peut faire. Même les choses que l'on ne peut pas faire, sou­vent c'est juste de trou­ver une fa­çon dif­fé­rente de le faire.»

DES PA­RENTS COMPRÉHENSIFS

Ma­rie-pier ad­met qu'elle a vieillit plus ra­pi­de­ment que ses amis, en rai­son de tous les dé­fis qu'elle a dû re­le­ver. Ses pa­rents y ont été pour beau­coup dans son dé­ve­lop­pe­ment. Elle n'a pas été cou­vée en rai­son de son han­di­cap.

«Mes pa­rents ne voyaient pas que mon han­di­cap; ils voyaient mon plein po­ten­tiel. Ils m'ont don­né le bon en­ca­dre­ment et ont fait plein de choses pour me sti­mu­ler. Sur­tout, ils m'ont lais­sé être un en­fant.»

Elle ad­met aus­si avoir vé­cu une belle en­fance, tou­jours en­tou­rée par beau­coup d'amis. Elle ha­bite seule dans son ap­par­te­ment à Lo­ge­ments in­té­grés de Hull, dont elle est la pré­si­dente. Un centre qui offre un ser­vice d'aide, 24 heures sur 24.

«Il n'y a pas que des gens en fau­teuil rou­lant, lance Ma­rie-pier qui est aus­si re­pré­sen­tante des usa­gers pour le trans­port adap­té à la STO. J'aime le tra­vail de sen­si­bi­li­sa­tion, un peu mi­li­tant. J'ai aus­si ap­pré­cié mon ex­pé­rience de confé­ren­cière au Sa­lon de tran­si­tion.»

De­puis toute pe­tite, elle a pra­ti­qué plu­sieurs sports, comme le ski al­pin, la na­ta­tion, la plon­gée sous-ma­rine et le vé­lo. Elle s'est même per­mis un voyage en sac à dos de trois se­maines au Mexique avec un couple d'amis.

Son par­cours sco­laire est éga­le­ment pas­sé par des cours ré­gu­liers, dans des classes nor­males. À la mi-dé­cembre, elle a ter­mi­né son bac en sciences so­ciales, concen­tra­tion com­mu­ni­ca­tions. «J'ai par­fois eu des ac­com­mo­de­ments, comme de l'aide pour ma­ni­pu­ler le com­pas, et un lo­gi­ciel de re­con­nais­sance vo­cale. Je suis ca­pable d'écrire avec un crayon et à l'or­di­na­teur, mais c'est plus long. Avec le lo­gi­ciel, je sauve beau­coup de temps».

Au­jourd'hui, elle est à la re­cherche d'un em­ploi dans le do­maine des com­mu­ni­ca­tions, no­tam­ment comme agent de com­mu­ni­ca­tion, jour­na­liste, or­ga­ni­sa­trice d'évé­ne­ments et même confé­ren­cière.

Elle qua­li­fie sa vie de bien réus­sie.

«Je vis avec mon han­di­cap de­puis que je suis au monde et je suis très réa­liste. Je sais que je ne peux pas cou­rir le ma­ra­thon, mais je peux mar­cher avec mar­chette 45 mi­nutes au lieu de 30. Il faut se don­ner des ob­jec­tifs réa­listes et évi­ter de bais­ser les bras. Il faut trou­ver le bon équi­libre entre la sa­gesse d'ac­cep­ter les choses qu'on ne fe­ra ja­mais, mais le ca­rac­tère de se dire je se­rai ca­pable d'en faire d'autres. Il y a des choses que je ne pen­sais pas vivre, comme vivre seule en ap­par­te­ment, faire du sport et avoir une vie sexuelle nor­male», phi­lo­sophe Ma­rie­pier Bou­la­dier.

(Pho­to Le Bul­le­tin - Sylvain Dupras)

Mal­gré son han­di­cap phy­sique, Ma­rie-pier Bou­la­dier n'a ja­mais bais­sé les bras et son té­moi­gnage sert d'ins­pi­ra­tion à tous ceux et celles qui vivent la même si­tua­tion.

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