Avez-vous les bleus de l’hi­ver?

Le Carillon - - La Une - CA­RO­LINE PRÉ­VOST ca­ro­line.pre­vost@eap.on.ca

C’est l’hi­ver. Avez-vous moins d’éner­gie que l’été. Vous êtes plus fa­ti­gués, voire plus tristes? Avez-vous souvent de la dif­fi­cul­té à sor­tir du lit le ma­tin? Votre en­vie de sucre et de fé­cu­lents a-t-elle aug­men­tée? Si c’est le cas, il se peut que vous soyez af­fec­tés par les bleus de l’hi­ver. Les bleus de l’hi­ver, c’est une dé­prime pas­sa­gère qui se ma­ni­feste du­rant les mois où il fait plus froid et où les jours se font plus courts. Le manque de lu­mi­no­si­té vient alors in­fluen­cer la bio­lo­gie des per­sonnes af­fec­tées. Dans les cas les plus sé­rieux, les per­sonnes souf­fri­ront d’un trouble af­fec­tif sai­son­nier (TAS), c’est-à-dire une dé­pres­sion à ca­rac­tère sai­son­nier.

« Je di­rais qu’entre 20 à 30% des per­sonnes souffrent des bleus de l’hi­ver. Par contre, près de 5% de la po­pu­la­tion va car­ré­ment souf­frir d’un TAS qui, dans le fond, ne doit pas être pris à la lé­gère. C’est une dé­pres­sion, car­ré­ment, une dé­pres­sion ma­jeure », a ex­pli­qué Su­zanne Fi­lion, psy­cho­logue cli­ni­cienne et di­rec­trice du dé­ve­lop­pe­ment stra­té­gique et de l’in­té­gra­tion à l’Hô­pi­tal Gé­né­ral de Haw­kes­bu­ry et dis­trict.

En plus des symp­tômes énu­mé­rés ci­des­sus, les ef­fets du TAS peuvent éga­le­ment se faire sen­tir, entre autres, au cha­pitre de la concen­tra­tion et de la ten­sion. Ce sont des symp­tômes qui peuvent sem­bler ba­nals. Après tout, c’est l’hi­ver di­ront cer­tains. Mais au contraire. Ce n’est pas nor­mal de se sen­tir ain­si l’hi­ver.

« En moyenne, les études aux États-Unis montrent que 50 % (des gens af­fec­tés) n’ont ja­mais eu de trai­te­ments et ha­bi­tuel­le­ment, une per­sonne va souf­frir à peu près entre 13 et 14 sai­sons avant de de­man­der de l’aide, a fait va­loir Dre Fi­lion. C’est quelque chose que les gens connaissent peu. C’est comme si on pen­sait que c’est nor­mal. C’est l’hi­ver donc c’est cer­tain que ce n’est pas pa­reil. »

Le manque de lu­mière joue un grand rôle dans la dé­prime hi­ver­nale. En fait, ex­plique Dre Fi­lion la quan­ti­té de lu­mière qui entre dans les yeux sti­mule, les centres ner­veux du cer­veau, qui contrôlent nos hor­loges bio­lo­giques.

« Quand il y a moins de lu­mière, il sem­ble­rait que nos hor­loges bio­lo­giques soient

désyn­chro­ni­sées, dé­ré­glées. Ce­la cause des symp­tômes au ni­veau de notre hu­meur à plu­sieurs ni­veaux », a pré­ci­sé Dre Fi­lion.

Dre Fi­lion ex­plique éga­le­ment que l’hi­ver, il peut se pro­duire un dés­équi­libre chi­mique entre la mé­la­to­nine, sur­nom­mée l’hor­mone du som­meil et la sé­ro­to­nine. Ce dés­équi­libre in­ter­vient au ni­veau de la ré­gu­la­tion de l’hu­meur, du som­meil, de l’ap­pé­tit et de l’émo­ti­vi­té, entre autres.

Ain­si, l’hi­ver, une per­sonne com­mence à se­cré­ter de la mé­la­to­nine au­tour de 21 h le soir, et ce­la crée chez elle une pres­sion à dor­mir. Vers 3-4 h du ma­tin, la sé­cré­tion de mé­la­to­nine est à son maxi­mum. Puis, à l’au­rore, à la le­vée du jour, cette per­sonne cesse de se­cré­ter de la mé­la­to­nine et se met à se­cré­ter de la sé­ro­to­nine.

« Sauf que l’hi­ver, il n’y a pas as­sez de lu­mière tôt le ma­tin. Tu peux donc conti­nuer à se­cré­ter de la mé­la­to­nine, ce qui fait en sorte que tu de­meures dans un état de qua­si­dé­ca­lage ho­raire, de lour­deur, de manque d’en­train », a ex­pli­qué Dre Fi­lion.

La lu­mi­no­thé­ra­pie

La lu­mi­no­thé­ra­pie est un des trai­te­ments uti­li­sés pour ré­pondre à cette dé­pres­sion hi­ver­nale. Il s’agit en fait de s’ex­po­ser quo­ti­dien­ne­ment, une tren­taine de mi­nutes, à la lu­mière d’une lampe de lu­mi­no­thé­ra­pie.

« La re­cette qu’on semble pres­crire, c’est 30 mi­nutes très tôt le ma­tin, pré­fé­ra­ble­ment avant 8 h, de 10 000 lux (uni­té de me­sure de l’in­ten­si­té de la lu­mière), d’un à deux pieds, sans re­gar­der di­rec­te­ment la lu­mière ». Pen­dant ce temps, la per­sonne peut lire, elle peut dé­jeu­ner, uti­li­ser son or­di­na­teur ou son té­lé­phone cel­lu­laire. L’im­por­tant, c’est de res­ter en place pour 30 mi­nutes.

« Si tu as as­sez de lu­mière le ma­tin, ça va faire ces­ser la sé­cré­tion de ta mé­la­to­nine et ça va ai­der à faire croître ton ni­veau de sé­ro­to­nine. Tu vas donc te sen­tir beau­coup plus éner­gi­sé », a pré­ci­sé Dre Fi­lion.

À titre com­pa­ra­tif, lors d’une belle jour­née hi­ver­nale en­so­leillée, on peut at­teindre les 50 000 lux, mais seule­ment plus tard en jour­née. En été, en­vi­ron 45 mi­nutes après le le­ver du so­leil, la lu­mière du jour est dé­jà d’en­vi­ron 10 000 lux et ça peut al­ler jus­qu’à 100 000 lux vers mi­di.

Pour la psy­cho­logue cli­ni­cienne, il est clair que c’est le trai­te­ment idéal pour le TAS. « Il y a plu­sieurs livres, des mil­liers d’études ont été me­nées et ça fait une tren­taine d’an­nées qu’on étu­die dans ce do­maine-là. Les preuves ont donc été faites au ni­veau du rythme cir­ca­dien (hor­loge bio­lo­gique) et au ni­veau de la lu­mi­no­thé­ra­pie, qui est vrai­ment la pre­mière ligne de trai­te­ment, avec ou sans an­ti­dé­pres­seurs, pour la dé­pres­sion sai­son­nière et non sai­son­nière », in­di­quait-elle.

Main­te­nant, est-ce qu’un trai­te­ment de lu­mi­no­thé­ra­pie peut être uti­li­sé sans diag­nos­tic? « Idéa­le­ment, on doit éva­luer si c’est un trouble af­fec­tif sai­son­nier lé­ger, moyen ou sé­vère. Si c’est lé­ger ou moyen, la ré­ponse est oui. Peut-être qu’une per­sonne peut s’es­sayer avec une lampe, mais si elle a cer­taines in­quié­tudes, ou par exemple si elle uti­lise dé­jà des mé­di­ca­ments qui sont sen­sibles à la lu­mière, il faut consul­ter avant », a conclu Dre Fi­lion.

Les bleus de l’hi­ver, c’est une dé­prime pas­sa­gère qui se ma­ni­feste du­rant les mois où il fait plus froid et où les jours se font plus courts.

—pho­to Ca­ro­line Prévost

La lu­mi­no­thé­ra­pie est un des trai­te­ments uti­li­sés pour ré­pondre à la dé­pres­sion hi­ver­nale. Il s’agit en fait de s’ex­po­ser quo­ti­dien­ne­ment, une tren­taine de mi­nutes, à la lu­mière d’une lampe de lu­mi­no­thé­ra­pie. Ci-des­sus, Su­zanne Fi­lion de­vant des lampes...

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