LA TRAITE DES FEMMES, UNE DURE RÉA­LI­TÉ

La traite des femmes est non seule­ment un fléau dans le monde, mais elle l’est éga­le­ment dans les Com­tés unis de Pres­cott et Rus­sell.

Le Carillon - - DOSSIER AUTOMOBILE - MI­CHEL LA­MY mi­chel.la­my@eap.on.ca

Une cen­taine d’in­ter­ve­nantes qui oeuvrent dans la pré­ven­tion de la vio­lence faite aux femmes s’étaient réunies à la Lé­gion de Haw­kes­bu­ry, le 31 mai der­nier, pour en ap­prendre da­van­tage sur cette pro­blé­ma­tique. La ren­contre était or­ga­ni­sée par le Centre No­vas-CALACS et le Ser­vice aux vic­times de Pres­cott-Rus­sell. « Mal­heu­reu­se­ment, en ce qui concerne la traite, nous sommes si­tués entre Mon­tréal et Ot­ta­wa. Les au­to­routes sont proches. Ce­la fa­ci­lite la tâche aux tra­fi­quants pour le re­cru­te­ment, a ex­pli­qué Mé­la­nie Rioux, res­pon­sable du Pro­jet LBGTQui? pour le compte de No­vas-CALACS.

« Nous n’avons pas de sta­tis­tiques lo­cales comme telles sur la traite, a-telle pour­sui­vi. Les femmes vic­times de vio­lence passent sou­vent d’un mi­lieu violent à un autre. Cer­tains tra­fi­quants vont jus­qu’à mar­quer leurs vic­times pour les iden­ti­fier comme leur pro­prié­té. Ce n’est pas tou­jours fa­cile de pré­ci­ser la na­ture des cas. »

Se­lon Am­nis­tie in­ter­na­tio­nale sou­tient que la traite com­prend, au mi­ni­mum, la pros­ti­tu­tion ou d’autres formes d’ex­ploi­ta­tion sexuelle, le tra­vail ou les ser­vices for­cés, l’es­cla­vage ou les pra­tiques ana­logues à l’es­cla­vage, la ser­vi­tude ou même le pré­lè­ve­ment d’or­ganes. Elle im­plique sou­vent le tran­sport des per­sonnes d’un pays ou d’une ville à l’autre.

Les Na­tions Unies es­timent que 30 mil­lions de per­sonnes, sur­tout des femmes et des filles, sont vic­times de traite hu­maine à tra­vers le monde. Au Ca­na­da, l’âge de re­cru­te­ment dans la pros­ti­tu­tion est au­tour de 14 et 15 ans. Se­lon un son­dage au­près de femmes au­toch­tones ayant été vic­times de la traite, 50 % d’entre elles avaient été re­cru­tées entre l’âge de 9 et 14 ans. La ma­jo­ri­té des pros­ti­tuées adultes ont com­men­cé quand elles étaient mi­neures et leur taux de mor­ta­li­té est qua­rante fois plus éle­vé que la moyenne. Lors de la confé­rence du Centre No­vasCALACS, une vi­déo pro­duite par le Ser­vice aux vic­times Pres­cott-Rus­sell a été dé­voi­lée. Celle-ci pré­sen­tait des té­moi­gnages de femmes on­ta­riennes ayant vé­cu la traite et d’un tra­fi­quant qui ex­pli­quait le pro­ces­sus de re­cru­te­ment des jeunes filles vul­né­rables de la so­cié­té. Dans la vi­déo, une jeune femme a confes­sé s’être in­tro­duite dans ce mi­lieu à son in­su alors qu’elle était ado­les­cente. Elle et son amie trou­vaient leur vie en­nuyante. Elles ont fait la connais­sance d’hommes un peu plus âgés qu’elles, qui eux n’avaient rien d’en­nuyant à leurs yeux. Ils avaient de belles voitures, de l’ar­gent.

Une autre vic­time a ai­mé re­ce­voir l’at­ten­tion d’un jeune homme qui tra­vaillait à l’épi­ce­rie du coin, at­ten­tion qu’elle ne re­ce­vait pas à la mai­son, car elle fai­sait par­tie d’une grande fa­mille. C’est comme ce­la que tout a com­men­cé. Ça s’est ter­mi­né quand il l’a frap­pée avec sa voi­ture alors qu’elle es­sayait de s’en­fuir de ce­lui qui la bat­tait sou­vent. En­semble, ils étaient cen­sés al­ler en Grèce. Mais les po­li­ciers ont dé­cou­vert par la suite que le trai­teur n’avait ache­té qu’un seul billet de re­tour, pour lui-même. Il au­rait ven­du sa pro­té­gée à un autre tra­fi­quant de ce pays. En fait, plu­sieurs femmes qui avaient été sous l’em­prise de cet in­di­vi­du n’ont ja­mais été re­vues. Anne Ju­tras, di­rec­trice gé­né­rale du Centre No­vas-CALACS, ani­mait la ren­contre. Avec l’ap­pui de Mme Rioux, elles ont pré­sen­té un nou­veau guide qui a comme ob­jec­tif de mieux ou­tiller les in­ter­ve­nantes. Le guide dé­fi­nit, entre autres, la traite, les cibles des tra­fi­quants, les lieux et tech­niques de re­cru­te­ment, le pro­fil d’un tra­fi­quant. Il com­porte éga­le­ment dif­fé­rentes sec­tions qui portent sur l’as­pect lé­gal de la traite, les signes aver­tis­seurs, les at­ti­tudes ai­dantes à adop­ter et les at­ti­tudes né­ga­tives à évi­ter. Au Centre No­vas-CALACS, les ser­vices of­ferts aux vic­times dé­pendent de leurs be­soins. « Trou­ver un hé­ber­ge­ment d’ur­gence, les mettre en sé­cu­ri­té, faire en­le­ver un mar­quage, a éla­bo­ré Mme Rioux. Ré­cu­pé­rer leurs pièces d’iden­ti­té, trou­ver des vê­te­ments, de la nour­ri­ture, un lo­ge­ment (…) ré­in­té­grer le mar­ché du tra­vail. »

Sou­vent s’ajoute à ce­la des soins mé­di­caux, du sou­tien psy­cho­lo­gique, un trai­te­ment des dé­pen­dances, du sou­tien au ni­veau de l’im­mi­gra­tion, le re­tour dans leur mi­lieu d’ori­gine si elles le sou­haitent… Les de­mandes et les be­soins sont réel­le­ment très vastes. Il existe pra­ti­que­ment au­tant de be­soins qu’il y a de femmes et de filles vic­times.

Des re­pré­sen­tantes des or­ga­nismes sui­vants étaient pré­sentes au dé­voi­le­ment du guide : Ac­tion on­ta­rienne contre la vio­lence faite aux femmes, On­ta­rio au Tra­vail, Va­lo­ris, Mai­son In­ter­lude House, la PPO, Con­seil sco­laire de dis­trict ca­tho­lique de l’Est on­ta­rien, 211, Con­seil des écoles pu­bliques de l’est de l’On­ta­rio, As­so­cia­tion ca­na­dienne de la san­té men­tale, Ser­vices so­ciaux, Pro­jet Nos Filles et Coa­li­tion de Pres­cott-Rus­sell pour éli­mi­ner la vio­lence faite aux femmes.

—Mi­chel La­my

Lin­da Smith du Ser­vice aux vic­times Pres­cott-Rus­sell et Mé­la­nie Rioux du Centre No­vas-CALACS s’adressent à la cen­taine de per­sonnes réunies à la Lé­gion de Haw­kes­bu­ry, lors d’une confé­rence sur la traite qui a eu lieu le jeu­di 31 mai.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.