SU­ZANNE FI­LION,

UNE FEMME DE CONVIC­TION QUI A LE COEUR SUR LA MAIN !

Le Carillon - - LA UNE - CA­RO­LINE PRÉ­VOST ca­ro­line.pre­vost@eap.on.ca

« J’aime l’être hu­main. Je veux com­prendre l’être hu­main. Je veux com­prendre com­ment on peut ai­der quel­qu’un qui souffre. Et je pense que ce qui vient aus­si me cher­cher, c’est qu’il y ait moins d’aide, ca­té­go­ri­que­ment, en san­té men­tale qu’en san­té phy­sique. Et pour­tant c’est le cer­veau… Il y a une in­com­pré­hen­sion au ni­veau du cer­veau. »

C’est ain­si que Su­zanne Fi­lion, la di­rec­trice du dé­ve­lop­pe­ment stra­té­gique à l’Hôpital Gé­né­ral de Haw­kes­bu­ry et dis­trict (HGH), ex­plique d’où lui pro­vient sa mo­ti­va­tion à sai­sir toutes les oc­ca­sions de par­ler pu­bli­que­ment de san­té men­tale et de par­ti­ci­per à des évè­ne­ments pour bri­ser les ta­bous et com­battre les pré­ju­gés sur la ques­tion. Dre Fi­lion est lau­réate 2018 du Prix pour contri­bu­tions re­mar­quables au ser­vice

pu­blic ou com­mu­nau­taire dé­cer­né par la So­cié­té ca­na­dienne de psy­cho­lo­gie (SCP). Ce prix re­con­naît les émi­nentes contri­bu­tions d’un ou d’une psy­cho­logue qui sert des col­lec­ti­vi­tés ca­na­diennes, des groupes mi­no­ri­taires ou des groupes de per­sonnes dé­fa­vo­ri­sées grâce à ses connais­sances et ses com­pé­tences pra­tiques. Pour connaître la femme qui se cache der­rière ce prix pres­ti­gieux, cette psy­cho­logue au coeur sur la main a ac­cep­té de nous par­ler. Dre Fi­lion veille au mieux-être des gens et des com­mu­nau­tés de­puis main­te­nant plus de 25 ans. Elle oeuvre et mi­lite ac­ti­ve­ment pour l’amé­lio­ra­tion de l’ac­cès aux ser­vices de san­té men­tale. Son par­cours et ses émi­nentes contri­bu­tions pour les col­lec­ti­vi­tés ré­gio­nales, pro­vin­ciales et na­tio­nales té­moignent non seule­ment de la femme de convic­tion qu’elle est, mais tra­duisent aus­si une em­pa­thie et une sen­si­bi­li­té sans li­mites.

En plus d’être psy­cho­logue, confé­ren­cière na­tio­nale, pro­fes­seure agré­gée, for­ma­trice et consul­tante, Dre Fil­lion par­ti­cipe ré­gu­liè­re­ment à des ac­ti­vi­tés de sen­si­bi­li­sa­tion comme la Marche et la course du père Noël de Cas­sel­man, les ac­ti­vi­tés de la Fon­da­tion de l’HGH ain­si que Bell cause pour la cause, dont elle est l’une des ex­pertes na­tio­nales en ma­tière de san­té men­tale.

Vé­ri­table lea­der du chan­ge­ment dans le sec­teur pu­blic, Dre Fi­lion a éga­le­ment sié­gé au sein de co­mi­tés pro­vin­ciaux d’im­por­tance tel que le Conseil con­sul­ta­tif pour le lea­der­ship en san­té men­tale et en lutte contre les dé­pen­dances. Elle pour­suit son en­ga­ge­ment pro­vin­cial en par­ti­ci­pant, entre autres, au co­mi­té de Qua­li­té des ser­vices de san­té On­ta­rio. Ce­lui-ci vise à aug­men­ter la qua­li­té des ser­vices of­ferts pour les troubles an­xieux et le trouble ob­ses­sif com­pul­sif.

Plus pré­ci­sé­ment, a ex­pli­qué Dre Fi­lion, ce co­mi­té cherche à dé­ve­lop­per, à tra­vers l’On­ta­rio, des stan­dards et des lignes di­rec­trices qui ser­vi­ront à trai­ter les per­sonnes aux prises avec de tels troubles. « C’est pour qu’on sache quoi faire quand ces per­sonnes-là viennent nous voir. Un peu comme quand quel­qu’un entre à l’ur­gence avec un pro­blème de san­té phy­sique; il y a un pro­to­cole. Quel­qu’un qui ar­rive avec un trouble ob­ses­sif com­pul­sif dans ton ca­bi­net, dans ton bu­reau, à l’hôpital ou

peu im­porte, qu’est-ce qu’on fait ? Euh… Le monde ne sait pas. Et ce n’est plus ac­cep­table. »

Dre Fi­lion est, entre autres, spé­cia­li­sée dans le do­maine du trau­ma­tisme et de l’in­ter­ven­tion d’ur­gence. Elle contri­bue main­te­nant à la for­ma­tion en trau­ma­tisme et en ré­si­lience des pre­miers ré­pon­dants à tra­vers le pays.

EN­SEI­GNANTE PEN­DANT 10 ANS

Mais avant de plon­ger tête pre­mière dans la psy­cho­lo­gie, Dre Fi­lion a été en­sei­gnante pen­dant près de dix ans au ni­veau se­con­daire. Elle a en­sei­gné à Corn­wall, sa ville d’ori­gine, ain­si qu’à Alexan­dria, où elle de­meure, en plus d’être conseillère d’orien­ta­tion. C’est en quelque sorte son ex­pé­rience dans le do­maine de l’édu­ca­tion qui lui a ou­vert les yeux sur ce qu’elle vou­lait réel­le­ment pour sa car­rière.

« Quand des élèves souf­fraient de quelque chose, quand ils ve­naient me voir avec des pro­blé­ma­tiques et étaient car­ré­ment dé­pri­més, souf­fraient de dé­pres­sion ou souf­fraient d’an­xié­té, je n’avais pas les ou­tils pour pou­voir les ai­der, bien les ai­der, et ça ve­nait me cher­cher. Je vou­lais en ap­prendre plus. Je vou­lais mieux com­prendre. On di­rait que ce que j’avais eu comme for­ma­tion au ni­veau du bac­ca­lau­réat (en psy­cho­lo­gie) et de la maî­trise (en coun­se­ling édu­ca­tion­nel), ce n’était pas as­sez. Je n’étais comme pas sa­tis­faite au ni­veau de ma cu­rio­si­té. »

Face à ce constat, elle a dé­ci­dé de prendre une an­née de congé et a fait une de­mande pour le doc­to­rat en psy­cho­lo­gie à l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal. Elle a sui­vi quelques cours qui ont confir­mé son in­té­rêt à re­tour­ner aux études. « J’ai sui­vi quelques cours et j’ai dit ‘WOW ! C’est ça que je veux !’ » L’an­née sui­vante, elle a en­ta­mé son doc­to­rat à temps com­plet.

Dre Su­zanne Fi­lion a ter­mi­né son doc­to­rat en trois ans, trois an­nées du­rant les­quelles elle a fait preuve de cou­rage, de mo­ti­va­tion et de dis­ci­pline. Ses en­fants avaient à l’époque en­vi­ron trois et un ans. « C’était toute une dis­ci­pline, parce que j’avais deux bé­bés. J’ai fait ça comme si c’était un tra­vail : je fai­sais gar­der les en­fants le jour et j’avais loué un bu­reau dans le vil­lage (d’Alexan­dria). J’étu­diais de 8 h à 16 h tous les jours. Donc c’était com­plè­te­ment sé­pa­ré de ma vie fa­mi­liale, je le voyais comme un tra­vail, j’avais des heures de tra­vail. Je ne vou­lais pas que les en­fants paient les ré­per­cus­sions d’un re­tour aux études. J’étais su­per or­ga­ni­sée et su­per disciplinée. Et sa­chant que j’avais des en­fants qui m’at­ten­daient, ça me for­çait à ne pas perdre une mi­nute. » Après avoir ter­mi­né son doc­to­rat, Dre Fi­lion a com­men­cé à tra­vailler au Centre de san­té com­mu­nau­taire de l’Es­trie en tant que psy­cho­logue sco­laire. Elle a en­suite ou­vert son ca­bi­net pri­vé à temps plein, puis a com­men­cé à tra­vailler à l’HGH en 2004. « Et ça a été l’amour avec la ré­gion de Pres­cott, Rus­sell et Glen­gar­ry, a-t-elle ex­pri­mé.

Elle pour­suit : « Main­te­nant, je suis ren­due à un point de ma vie où je veux en par­ler da­van­tage (de san­té men­tale), pour faire en sorte qu’on puisse al­ler cher­cher plus d’aide. » Elle voit en­core des clients dans son ca­bi­net, mais son em­ploi du temps est sur­tout axé sur les confé­rences qu’elle donne par­tout à tra­vers le pays.

EMPATHIQUE DE­PUIS SON EN­FANCE

Le dé­sir d’ai­der l’autre de Su­zanne Fi­lion lui vient de loin. Sa mère était très al­truiste. « Ma mère fai­sait beau­coup de bé­né­vo­lat. C’était une femme ex­tra­or­di­naire qui don­nait beau­coup. Comme à Noël, ce n’était pas Noël si on n’in­vi­tait pas un étran­ger à la mai­son. Les portes étaient tou­jours ou­vertes. Donc, juste le fait de don­ner et de re­don­ner… je pense que j’ai juste conti­nué ça, c’était la chose à faire. »

Et son père, a-t-elle par­ta­gé, est un grand op­ti­miste qui ne pose pas de ju­ge­ments sur les autres. « Donc j’ai l’im­pres­sion que ça fait juste par­tie de mon iden­ti­té. » Dre Fi­lion a éga­le­ment ap­pris dès son jeune âge à dé­fendre ses convic­tions. « Au se­con­daire, j’avais une di­rec­trice, Ja­nine Sé­guin, une Fran­co-On­ta­rienne qui avait beau­coup de ca­rac­tère. Elle nous met­tait sur les au­to­bus et nous en­voyait un peu par­tout en On­ta­rio en nous di­sant : ‘Al­lez re­ven­di­quer les droits des Fran­co-On­ta­riens’. » Et main­te­nant, Dre Fi­lion tra­vaille ac­ti­ve­ment à faire va­loir, entre autres, les de­mandes spé­ci­fiques à la fran­co­pho­nie on­ta­rienne dans le do­maine de la san­té men­tale. « Quand je par­ti­cipe à des co­mi­tés, à des conseils ou quoi que ce soit à To­ron­to, c’est im­por­tant de pré­sen­ter cette pers­pec­tive-là. Et les per­sonnes sont in­té­res­sées, mais il faut ame­ner ça jus­qu’au bout. L’in­té­rêt ne suf­fit pas si ça ne peut pas abou­tir à des pro­jets concrets. Donc, j’aime suivre les dos­siers jus­qu’à la fin pour m’as­su­rer que ce n’était pas juste des mots au dé­but. »

Pour la suite, Su­zanne Fi­lion se voit conti­nuer à par­ler pu­bli­que­ment de san­té men­tale en­core bien long­temps, pour faire avan­cer l’ac­cès aux ser­vices et bri­ser les ta­bous. « Je ne me vois pas prendre une re­traite… je pense que je se­rais as­sise ici et je me di­rais : ‘Ok, à qui est-ce qu’on peut en par­ler main­te­nant ?’ », a-t-elle conclu, les yeux brillants de pas­sion.

—pho­to Ca­ro­line Pré­vost

Su­zanne Fi­lion sai­sit toutes les oc­ca­sions de par­ler pu­bli­que­ment de san­té men­tale et de par­ti­ci­per à des évè­ne­ments pour bri­ser les ta­bous et com­battre les pré­ju­gés sur la ques­tion. En plus d’être psy­cho­logue, confé­ren­cière na­tio­nale, pro­fes­seure...

—pho­to Ca­ro­line Pré­vost

Dre Fi­lion est lau­réate 2018 du Prix pour contri­bu­tions re­mar­quables au ser­vice pu­blic ou com­mu­nau­taire dé­cer­né par la So­cié­té ca­na­dienne de psy­cho­lo­gie (SCP). Ce prix re­con­naît les émi­nentes contri­bu­tions d’un ou d’une psy­cho­logue qui sert des...

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