ABI : un conci­lia­teur pour dé­nouer l’im­passe

Le Courrier Sud - - ACTUALITÉS - SÉ­BAS­TIEN LA­CROIX se­bas­tien­la­croix@le­cour­rier­sud.com

In­ca­pables de s’en­tendre sur les mo­da­li­tés de la pro­chaine conven­tion col­lec­tive, la di­rec­tion et le syn­di­cat de l’Alu­mi­ne­rie de Bé­can­cour ont dé­ci­dé de don­ner une der­nière chance à la né­go­cia­tion.

Après que les tra­vailleurs se soient pro­non­cés à 97 % contre les der­nières offres pa­tro­nales, don­nant un man­dat de grève au syn­di­cat a exer­cé au mo­ment op­por­tun, ce qui n’est tou­te­fois pas dans les plans pour le mo­ment.

Les deux par­ties se sont en­ten­dues, tard dans la soi­rée du 22 no­vembre, à l’échéance de la conven­tion col­lec­tive où une grève ou Je ne tra­vaille pas à l’ABI mais je sou­tiens les tra­vailleurs. C’est une bonne chose de dé­fendre les condi­tions pour les nou­veaux em­ployés. Pauvres tra­vailleurs... Je crois qu’ils courent après leurs pertes d’em­ploi! Une autre usine de Bé­can­cour qui fer­me­ra? À suivre! un lock-out au­rait pu être dé­cré­té, pour faire ap­pel au conci­lia­teur Jean No­lin pour ten­ter de dé­nouer l’im­passe.

On croit que son ex­pé­rience pro­fi­te­ra aux deux par­ties dans la re­cherche de so­lu­tions qui per­met­tront d’en ve­nir à une en­tente. Le même pro­ces­sus avait d’ailleurs per­mis d’évi­ter un conflit de tra­vail, en 2012, après cinq mois de conci­lia­tion à l’échéance de la conven­tion. Le tout achop­pait no­tam­ment sur une ré­or­ga­ni­sa­tion du tra­vail et une ré­duc­tion du nombre de postes ré­gu­liers.

Les choses avaient tou­te­fois tour­né au vi­naigre, en 2004, alors qu’une grève de près de 5 mois avait écla­té. Les deux par­ties n’ar­ri­vaient pas à s’en­tendre sur les sa­laires, le C’est ça que les gens nous ont dit en 2004 quand on est sor­ti en grève et à ce que je vois, la «shop» est en­core là et elle va y être en­core pour plu­sieurs an­nées. J’y ai tra­vaillé pen­dant 30 ans et c’est tou­jours les mêmes me­naces de la part de la di­rec­tion! Si tout le monde pen­sait comme vous, per­sonne n’au­rait de telles condi­tions de tra­vail. Tout le monde en bé­né­fi­cie. Les em­ployés dé­pensent dans les PME, et en plus, ils paient leur part d’im­pôt, à un taux beau­coup plus éle­vé que les mul­ti­na­tio­nales, s’ils gar­daient plus d’ar­gent pour eux. Ils se battent pour le fond de pen­sion des pro­chains qui se­ront en­ga­gés. ré­gime de re­traite, mais sur­tout le re­cours à la sous-trai­tance dans les opé­ra­tions.

Cette fois, la né­go­cia­tion achoppe no­tam­ment sur le ré­gime de re­traite à deux vi­tesses que sou­hai­te­rait im­plan­ter ABI pour ses nou­veaux tra­vailleurs, alors qu’Al­coa est en pleine vague d’em­bauches mas­sives pour rem­pla­cer les dé­parts à la re­traite. Des clauses or­phe­lines contre les­quelles les Mé­tal­los se battent de­puis de nom­breuses an­nées. Une lutte qui a dé­jà cau­sé d’im­por­tants conflits de tra­vail au cours des der­nières an­nées.

« Nous lais­sons la place à la né­go­cia­tion, mais l’em­ployeur doit sai­sir le mes­sage et prendre la né­go­cia­tion au sé­rieux. Nous re­je­tons ca­té­go­ri­que­ment l’im­plan­ta­tion d’un ré­gime de re­traite à deux vi­tesses », a fait va­loir le pré­sident de la sec­tion lo­cale 9700, Clé­ment Masse, qui re­pré­sente 1030 syn­di­qués.

Outre le ré­gime de re­traite, les né­go­cia­tions achoppent éga­le­ment au su­jet du res­pect de l’an­cien­ne­té dans les mou­ve­ments de main-d’oeuvre, alors que des cen­taines d’em­bauches sont à pré­voir au cours des pro­chaines an­nées. Ce qui né­ces­si­te­ra d’im­por­tants mou­ve­ments de main-d’oeuvre.

La di­rec­tion de son cô­té, es­time qu’elle offre des condi­tions de tra­vail « at­trayantes et com­pé­ti­tives », par­mi les meilleures du sec­teur, à tous ses em­ployés, tant en termes de sa­laires qu’au ni­veau du ré­gime de re­traite et autres avan­tages so­ciaux. Elle fait va­loir que l’offre vise à main­te­nir ces condi­tions et as­su­rer la com­pé­ti­ti­vi­té de l’usine à tra­vers tous les cycles du mar­ché.

La di­rec­tion d’ABI sou­haite elle aus­si pour­suivre les dis­cus­sions et es­père tou­jours en ar­ri­ver à une en­tente, d’au­tant plus que les mar­chés de l’alu­mi­nium lui sont fa­vo­rables par les temps qui courent.

L’Alu­mi­ne­rie de Bé­can­cour fait éga­le­ment va­loir qu’elle est l’un des plus im­por­tants em­ployeurs de la ré­gion avec plus de 1100 em­ployés et des re­tom­bées éco­no­miques de 500 mil­lions $ par an­née au Qué­bec.

Le Tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif a par ailleurs main­te­nu pour au moins deux se­maines une in­jonc­tion in­ter­di­sant aux tra­vailleurs de ra­len­tir les ac­ti­vi­tés de l’usine comme moyens de pres­sion sur les né­go­cia­tions.

-J. Cy­renne -A. La­gace -J. Bru­nelle -M. Gre­nier

(Photo Le Cour­rier Sud - Sé­bas­tien La­croix)

Le der­nier conflit de tra­vail chez ABI re­monte à 2004, où une grève avait du­ré près de cinq mois.

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