Le Ve­ne­zue­la vu par un am­bas­sa­deur ca­na­dien

Ben Rows­well cri­tique le po­pu­lisme lors d’une vi­site à Mcgill.

Le Délit - - Actualités - Mag­da­le­na Mo­rales Le Dé­lit

C’est à Mcgill que Ben Rows­well, ex-am­bas­sa­deur ca­na­dien au Vé­né­zue­la a don­né son opi­nion le 15 sep­tembre der­nier. Ar­ri­vé en 2014 à Ca­ra­cas, la ca­pi­tale vé­né­zué­lienne, c’est de­puis une zone grise créée par l’ex-pré­sident Hu­go Cha­vez que Rows­well a dû gé­rer l’am­bas­sade ca­na­dienne. Quelque part entre la dé­mo­cra­tie et la dic­ta­ture, il a ain­si as­sis­té aux ef­fets du po­pu­lisme cha­vis­ta sur les sphères éco­no­miques et so­ciales du pays.

Les pro­blèmes aux­quels le pays fait face

Suite au contrôle de change ins­tau­ré en 2003 par Cha­vez, un mar­ché noir s’est ra­pi­de­ment créé afin d’avoir ac­cès aux dol­lars amé­ri­cains. Le taux de change of­fi­ciel en 2014 de 6,3 bo­li­vars pour 1 dol­lar est au­jourd’hui de 23 000 bo­li­vars pour 1 dol­lar sur le mar­ché noir. Cet écart monstre est d’ailleurs la ré­fé­rence de prix pour tout pro­duit im­por­té dans le pays, créant une in­fla­tion gi­gan­tesque al­lant de pair avec la fer­me­ture des en­tre­prises pri­vées par le gou­ver­ne­ment, qui pro­voque une pé­nu­rie à l’échelle na­tio­nale. Rows­well com­mente cette si­tua­tion en af­fir­mant que 73% des vé­né­zué­liens ont per­du du poids suite à la pé­nu­rie ali­men­taire au cours de la der­nière an­née.

De plus, le Vé­né­zue­la est l’un des pays les plus meur­triers d’amé­rique La­tine, juste der­rière le Hon­du­ras, avec 28 479 morts vio­lentes en­re­gis­trées en 2017. L’un des man­dats de l’am­bas­sade ca­na­dienne étant de col­lec­ter dif­fé­rentes don­nées sur le pays, les in­for­ma­tions sur le manque de sé­cu­ri­té ne font pas ex­cep­tion. Ce­pen­dant, une telle mis­sion peut s’avé­rer bien com­pli­quée puisque te­nir des sta­tis­tiques sur le crime est en fait un crime en soi. Éga­le­ment, Rows­well note que le gou­ver­ne­ment d’hu­go Cha­vez a ga­gné tous ses cas ju­di­ciaires de­puis les dix der­nières an­nées, se­mant un doute quant à l’im­par­tia­li­té du sys­tème de jus­tice.

Cette forte tendance pour le contrôle se re­trouve éga­le­ment dans les com­mu­ni­ca­tions où plus de 50% des res­sources gou­ver­ne­men­tales sont in­ves­ties dans l’achat des mé­dias d’op­po­si­tion, la ma­ni­pu­la­tion des ré­seaux so­ciaux et l’om­ni­pré­sence du pré­sident à la té­lé­vi­sion.

Des ten­ta­tives de ré­sis­tance

Bien en­ten­du, une telle ir­res­pon­sa­bi­li­té n’est pas pas­sée in­aper­çue. En avril 2017, d’im­pres­sion­nantes ma­ni­fes­ta­tions se sont or­ga­ni­sées afin de pro­tes­ter contre le gou­ver­ne­ment cha­vis­ta. Pen­dant plus de cent jours, les ci­toyens sont des­cen­dus dans les rues mal­gré les ré­pres­sions et ont réus­si à at­ti­rer l’at­ten­tion de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. Pris au piège, le gou­ver­ne­ment a choi­si d’éli­mi­ner la consti­tu­tion, un geste qui, pour Rows­well, a confir­mé le sta­tut dic­ta­to­rial du pays. C’est donc ain­si que le Ve­ne­zue­la, iro­ni­que­ment le pre­mier pays dé­mo­cra­ti­sé d’amé­rique La­tine, est de­ve­nu l’un des plus pauvres.

En conclusion, Rows­well a sou­li­gné le be­soin de ré­vi­ser notre dé­fi­ni­tion du po­pu­lisme, dé­cla­rant que le but ul­time d’une telle idéo­lo­gie est la dic­ta­ture et non le bien-être col­lec­tif. Il aver­tit éga­le­ment les Vé­né­zué­liens d’être pru­dents, puisque rien ne ga­ran­tit qu’après la fin de ce cau­che­mar, le po­pu­lisme ne re­vien­dra pas. x

CAPUCINE LORBER

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