L’énergie, un es­thé­tisme ur­bain

Comment ima­gi­ner une pro­duc­tion d’énergie ur­baine, sans dé­na­tu­rer la beau­té des villes?

Le Délit - - Culture - SAMUEL FER­RER Le Dé­lit

NIMBYISM n’est pas le der­nier DJ à la mode de la scène ber­li­noise, ou la der­nière ver­sion du sys­tème d’ex­ploi­ta­tion d’an­droid. Aus­si mé­con­nu qu’il puisse- t- être, cet acro­nyme re­late d’un phé­no­mène so­cial qui com­plique la mise en oeuvre de nom­breux pro­jets ur­bains.

Oui, mais pas dans mon jar­din…

NIMBY, c’est un conden­sé d’une hy­po­cri­sie mo­derne où l’on dé­sire tou­jours plus de tech­no­lo­gies sans de­voir en su­bir les as­pects né­ga­tifs. NIMBYISM, c’est « Not In My Ba­ckyard » (Pas dans mon ar­rière- cour, ndlr). Bien que ne se rap­por­tant pas né­ces­sai­re­ment aux in­fra­struc­tures vertes, le phé­no­mène NIMBY est par­ti­cu­liè­re­ment vi­sible dans le rap­port à l’énergie éo­lienne que nous en­tre­te­nons. Évi­dem­ment, tout le monde vou­drait avoir plus d’énergie verte, puis­qu’il est po­si­tif de « sau­ver la pla­nète » ! Mais pas si ce­la veut dire qu’il faut ins­tal­ler une éo­lienne dans mon jar­din. NIMBY est l’un des dé­fis ma­jeurs qu’au­ront à af­fron­ter les ur­ba­nistes d’au­jourd’hui. Comment in­té­grer des in­fra­struc­tures plus res­pec­tueuses de l’en­vi­ron­ne­ment à l’in­té­rieur des villes? Comment lier es­thé­tisme et pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment?

Mul­ti­pli­ci­té de l’es­thé­tisme

Bien sûr, l’es­thé­tisme et la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment ne se li­mite pas aux pro­blèmes ur­bains d’énergie, et de nom­breuses ini­tia­tives sont dé­jà en place. Des films et des ex­po­si­tions pho­tos de Yann Ar­thus Ber­trand (pour ne nom­mer que lui) visent à sen­si­bi­li­ser le pu­blic au

cou­rant de l’art en­vi­ron­ne­men­tal - ou l’eco­art. À tra­vers ce cou­rant l’es­thé­tisme et la na­ture s’en­tre­croisent ré­gu­liè­re­ment. Pour­tant, c’est bien à l’in­té­rieur de la ville que le vé­ri­table changement peut s’opé­rer. Les ar­chi­tectes com­mencent à s’en rendre compte et à ap­por­ter des ré­ponses es­thé­tiques et éco­lo­giques. En té­moignent par exemple les Fo­rêts Ver­ti­cales ( Bos­co Ver­ti­cale) de l’ar­chi­tecte Ste­fa­no Boe­ri à Mi­lan (Italie) et Liuz­hou (Chine) qui per­mettent d’ab­sor­ber du CO2, ren­dant donc la ville plus verte aus­si bien vi­suel­le­ment qu’éco­lo­gi­que­ment - ou bien en­core à Pa­ris où les cé­lèbres tours pu­bli­ci­taires Mor­ris pour­raient bien­tôt être rem­plies de mi­cro-algues per­met­tant de pu­ri­fier l’air. Il semble donc en­vi­sa­geable de conci­lier la pu­bli­ci­té –vec­teur po­ten­tiel de pol­lu­tion – avec un sub­til mé­lange éco­lo-consom­ma­teur.

L’énergie, une pol­lu­tion vi­suelle

Pour au­tant, si ces cou­rants ar­tis­tiques et ini­tia­tives scien­ti­fiques dé­montrent une prise de conscience quant à la né­ces­si­té de lier art, es­thé­tisme vi­suel et res­pect de l’en­vi­ron­ne­ment, elles ne sau­raient ap­por­ter une ré­ponse ex­haus­tive aux pro­blèmes en­vi­ron­ne­men­taux – en par­ti­cu­lier ce­lui de l’énergie. Jus­qu’à pré­sent, l’énergie que nous consom­mons aus­si bien en Eu­rope qu’au Qué­bec est gé­né­ra­le­ment pro­duite en de­hors des villes. Dès lors, nul be­soin de se sou­cier des risques sis­miques de Fes­sen­heim, ou des hec­tares de terres his- to­riques au­toch­tones inon­dées. Or, ce sys­tème de pro­duc­tion cen­tra­li­sé a pour vo­ca­tion de chan­ger. De fait, les éner­gies vertes ont cet in­con­vé­nient que l’énergie pro­duite est très dif­fi­cile à sto­cker – il convient donc de dé­cen­tra­li­ser leur pro­duc­tion en l’in­cor­po­rant aux villes. Se pose là le pro­blème du NIMBYISM éco­lo­gique.

La ville par­ta­gée

Une so­lu­tion est of­ferte par Je­re­my Rif­kins dans son livre La troi­sième ré­vo­lu­tion in­dus­trielle. Pour pa­lier les dif­fi­cul­tés de conser­va­tion et de trans­port, l’auteur sug­gère de trans­for­mer nos quar­tiers en cen­trales éner­gé­tiques – pho­to­vol­taïques prin­ci­pa­le­ment. Une pro­duc­tion lo­cale liée à une consom­ma­tion lo­cale et de pe­tites in­fra­struc­tures per­met­traient de se li­bé­rer des plus grosses qui gé­nèrent de la pol­lu­tion ( vi­suelle). Ain­si, le NIMBYISM est bat­tu. Qui plus est, cette trans­for­ma­tion de pro­duc­tion s’ac­com­pa­gne­rait d’un ré­seau élec­trique par­ta­gé où la sur­con­som­ma­tion de l’un est ali­men­tée par la sous-consom­ma­tion de l’autre. L’énergie de­vien­drait donc un vé­ri­table bien com­mun, par­ta­gé entre les ha­bi­tants des com­munes. x

« NIMBYISM, c’est « Not In My Ba­ckyard » (pas dans mon ar­rière- cour, ndlr) »

alexis fioc­co Le Dé­lit

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