Soiree u Ca­ba­ret du Corps da­da

Arts vi­vants mul­tiples et in­dis­ci­pli­nés.

Le Délit - - Culture - CLEMENCE AUZIAS Le Dé­lit NI­CO­LAS mar­beau

Il­faut par­fois ac­cep­ter l’étrange et se construire en de­hors du moule for­mé par la so­cié­té. C’est ce que nous montre avec brio le Ca­ba­ret du Corps Da­da à tra­vers de mul­tiples nu­mé­ros qui laissent par­fois (sou­vent) le pu­blic du­bi­ta­tif de par leur ori­gi­na­li­té et leur non-confor­mi­té. En sor­tant de La Sa­la Ros­sa ce soir-là, tout le monde se sen­tait presque trop simple et en­nuyeux, et avait en­vie de se jouer des normes pour ren­trer un peu plus dans l’uni­vers dé­jan­té du ca­ba­ret. Cet uni­vers, créé par Eliane Bo­nin, est rem­pli de belles dé­cou­vertes pour ce­lui qui ose s’y aven­tu­rer, ap­pri­voi­ser et ac­cep­ter en­tiè­re­ment son in­dis­ci­pline.

A la dé­cou­verte d’un monde ex­cen­trique…

Tout pa­raît nor­mal au rez-de­chaus­sée de la Sa­la Ros­sa mais il suf­fit de grim­per en haut de leurs grands es­ca­liers pour ac­cé­der à un uni­vers beau­coup moins pai­sible. La salle de spec­tacle où se sont jouées du 7 au 20 oc­tobre les dif­fé­rentes re­pré­sen­ta­tions du fes­ti­val Phé­no­me­na, est en elle-même une oeuvre d’art. Avec ses lam­pions pro­je­tant une lu­mière rouge ta­mi­sée, ses che­vaux de ma­nèges sus­pen­dus sans rai­son au pla­fond et sa boule de dis­co cen­trale, cette salle pré­pare dé­jà un spec­tacle ori­gi­nal et lou­foque. Quand le ri­deau se lève, la pro­messe de la bi­zar­re­rie est im­mé­dia­te­ment te­nue par les ar­tistes qui courent sur scène re­cou­verts de car­tons. Cette in­tro­duc­tion sur- pre­nante et ap­pa­rem­ment dé­nuée de sens peut en re­froi­dir cer­tains, qui se de­mandent alors ce qu’ils font là, mais le spec­tacle se pour­suit ra­pi­de­ment pour les faire chan­ger d’avis. Pen­dant les nu­mé­ros qui s’en­chainent, les ar­tistes donnent vie à toutes sortes de per­son­nages. La di­ver­si­té des per­son­nages se re­flète dans l’éclec­tisme des te­nues, des ges­tuelles et des ma­quillages. L’as­pect lou­foque du spec­tacle se ré­vèle dès le pre­mier numéro où deux co­mé­diennes font vivre un buste de sta­tue en lui prê­tant mains et jambes, puis lui re­tirent brus­que­ment ce souffle de vie dès qu’elles la re­posent sur son pié­des­tal. Ces per­son­nages font en­suite rire le pu­blic aux éclats pen­dant des nu­mé­ros plus sim­plistes les uns que les autres mais qui gé­nèrent les plus grands sou­rires. C’est le cas quand un géant blond en te­nue de sport aux cou­leurs fla­shy entre en scène et avec seule­ment quelques gestes fait in­ter­agir toute la salle en un concert de cla­quage de mains et brui­tages en tout genre.

Mais le ca­ba­ret n’ou­blie tout de même pas ses ra­cines dans toute cette sim­pli­ci­té et pro­pose éga­le­ment des nu­mé­ros plus clas­siques, comme une acro­bate qui vi­re­volte au­tour d’une barre mé­tal­lique, tout en pré­ser­vant le cô­té lou­foque pour par­faire cette re­vi­site, en fi­nis­sant son numéro avec un twerk. ..Où

toutes les fo­lies sont per­mises…

Les fa­cettes de ce ca­ba­ret sont sans fin, après la sur­prise, le rire et le clas­sique, le pre­mier acte se ter­mine en beau­té avec une per­for­mance qui dé­fie tous les ta­bous et se­ra ce­lui qui marque le plus les es­prits. L’unique Éliane Bo­nin com­mence son numéro tout en dou­ceur en pré­sen­tant le mode d’em­ploi de la vulve à l’au­dience. Elle quitte en­suite la scène pour re­ve­nir un ins­tant plus tard et se désha­biller en­tiè­re­ment sans au­cune gêne de­vant un pu­blic éba­hi. En­suite, elle ne s’ar­rête pas là et conti­nue en illus­trant avec sa propre vulve les étapes dé­crites dans le mode em­ploi, qui passent du bru­shing de ses poils, à la pein­ture et en­fin aux paillettes. Ce der­nier numéro offre un cô­té très li­ber­tin au spec­tacle et fait ré­flé­chir à la per­cep­tion du corps hu­main, sur­tout le corps fé­mi­nin. Ici le corps est pré­sen­té comme une oeuvre d’art à part en­tière et non pas comme un simple outil sans va­leur. Face à la réi­fi­ca­tion usuelle du corps fé­mi­nin, c’est un plai­sir de voir une femme libre qui contrôle en­tiè­re­ment son corps et s’en sert pour cho­quer ou faire rire toute une salle de spec­tacle.

….Mais où l’on se perd par­fois un peu trop

Après ce numéro ex­tra­va­gant, le deuxième acte conti­nue avec cette pu­deur dis­pa­rue et ce sont main­te­nant tous les ar­tistes qui sont nus. Si cette nu­di­té pa­rais­sait in­no­vante et im­por­tante à la fin de la pre­mière par­tie, main­te­nant elle semble quelque peu ex­ces­sive. De même, le sim­plisme, ap­pré­cié dans cer­tains nu­mé­ros, peut vite de­ve­nir trop pré­sent par mo­ments et la bi­zar­re­rie trop pous­sée. Ces élé­ments perdent alors le spec­ta­teur dans le monde où il est en­tré en dé­but de spec­tacle. C’est pour ce­la qu’il faut donc qu’il y ait un juste mi­lieu, que la plu­part des nu­mé­ros at­teignent très bien, mais que cer­tains manquent en en fai­sant trop ou pas as­sez.fi­na­le­ment à cause de ce sim­plisme, le ta­lent peut par­fois pa­raître ab­sent ou pas suf­fi­sam­ment dé­ve­lop­pé pour per­mettre au pu­blic de le re­mar­quer et de l’ap­pré­cier à sa juste va­leur. Le Ca­ba­ret du Corps Da­da marque donc les es­prits de mul­tiples ma­nières, avec les fous rires qu’il pro­voque, l’éba­his­se­ment de­vant le ta­lent des ar­tistes et l’ex­pé­rience unique d’une nu­di­té sans gêne, qui est sim­ple­ment une autre fa­cette de l’art du ca­ba­ret. Le ca­ba­ret est re­vi­si­té tout en gar­dant cer­taines de ses ra­cines pour créer un spec­tacle hors du com­mun dont tous les spec­ta­teurs par­le­ront pen­dant le reste de leur soi­rée et dont ils se rap­pel­le­ront pen­dant long­temps. x

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