Ce­ci n’est pas une pipe

Les cen­trales hy­drau­liques ré­ver­sibles offrent une so­lu­tion pour sto­cker l’éner­gie.

Le Délit - - Innovations - Sa­muel fer­rer

ILe Dé­lit lya­quel­qu es se­maines, j’écri­vais surl’ im­por­tance de l’élec­tri­ci­té et la dif­fi­cul­té de conser­ver l’ éner­gie re­nou­ve­lable. Une des formes d’éner­gie re­nou­ve­lable les plus fa­ci­le­ment sto­ckables est l’éner­gie hy­drau­lique. Le prin­cipe est simple. Il suf­fit de construire un bar­rage sur une ri­vière ou fleuve afin de créer un ré­ser­voir d’eau. Cette masse d’eau est en­suite relâchée grâce à des ca­naux à l’in­té­rieur des­quelles sont pla­cées des hé­lices. L’eau fait tour­ner les hé­lices, ce qui pro­duit de l’élec­tri­ci­té — qui est en­suite en­voyée dans le sys­tème élec­trique na­tio­nal.

Il est cer­tain que les bar­rages sont des ins­tal­la­tions par­ti­cu­liè­re­ment per­tur­ba­trices pour les éco­sys­tèmes avoi­si­nants, et qui ont dé­jà inon­dé des terres au­toch­tones au Ca­na­da. Ce­pen­dant, il se pour­rait que ce type d’ins­tal­la­tion per­mette de sto­cker le sur­plus d’éner­gie de source re­nou­ve­lable qui est, par na­ture, dif­fi­cile à sto­cker. Ain­si, grâce au bar­rage, il se­rait pos­sible de re­lâ­cher de l’éner­gie ori­gi­nel­le­ment éo­lienne ou solaire, sous forme d’élec­tri­ci­té, les jours gris sans une once de vent.

Un po­ten­tiel bien réel

Ce tour de ma­gie, ou plu­tôt d’in­gé­nie­rie, est ren­du pos­sible grâce à un cer­tain type de bar­rage nom­mé «pom­page tur­bi­nage», une tech­no­lo­gie dé­ve­lop­pée dans les an­nées 1980. Le concept est simple. Au lieu d’avoir un seul bas­sin su­pé­rieur qui re­lâche ses eaux dans la conti­nua­tion de la ri­vière ou du fleuve, un deuxième bas­sin, dit «in­fé­rieur», est construit à la sor­tie des ca­naux d’éva­cua­tion d’eau. Nous avons donc deux bas­sins pla­cés à une dif­fé­rente al­ti­tude, un su­pé­rieur et un in­fé­rieur. En temps nor­mal, l’eau coule du bas­sin su­pé­rieur au bas­sin in­fé­rieur, créant de l’élec­tri­ci­té grâce à des tur­bines, comme dans un bar­rage hy­drau­lique nor­mal. Or, la spé­ci­fi­ci­té des bar­rages de type pom­page-tur­bi­nage est qu’en plus des tur­bines, une pompe est ins­tal­lée, ce qui per­met d’his­ser l’eau du bas­sin in­fé­rieur vers le bas­sin su­pé­rieur. Ain­si, l’eau pla­cée en al­ti­tude pour­ra à nou­veau être dé­ver­sée dans les ca­naux d’éva­cua­tion, ac­tion­nant les tur­bines, pro­dui­sant de l’élec­tri­ci­té, etc.

Trans­for­mer l’élec­tri­ci­té en élec­tri­ci­té

Ce sys­tème per­met­trait de sto­cker le sur­plus d’éner­gie re­nou­ve­lable dif­fi­ci­le­ment sto­ckable. En pé­riode de sur­plus d’élec­tri­ci­té d’ori­gine éo­lienne par exemple, la­dite élec­tri­ci­té pour­rait être uti­li­sée pour ali­men­ter la pompe. Somme toute, l’éner­gie éo­lienne — dans ce cas — est trans­for­mée en éner­gie po­ten­tielle de l’eau. Ain­si, cette éner­gie po­ten­tielle de l’eau pour­rait être re­trans­for­mée en éner­gie élec­trique en pé­riode de sous-pro­duc­tion ou de sur­con­som­ma­tion. Cette forme de conser­va­tion d’éner­gie n’est tou­te­fois pas une ré­ponse ex­haus­tive au pro­blème des éner­gies re­nou­ve­lables. La créa­tion de deux bas­sins mo­di­fie le re­lief et l’hy­dro­lo­gie d’une ré­gion. De plus, dans le pro­ces­sus de tran­sac­tion entre les dif­fé­rentes formes d’élec­tri­ci­té, entre 15% et 30% de l’éner­gie est per­due. Ce­pen­dant, cette éner­gie se­rait per­due dans tous les cas s’il n’y avait au­cun moyen de la sto­cker. L’ave­nir des éner­gies re­nou­ve­lables pas­se­ra aus­si par l’in­tel­li­gence des in­gé­nieur•e•s à pas­ser d’une forme d’éner­gie à une autre afin de la conser­ver. Se­lon les mots de La­voi­sier, et avant lui d’anaxa­gore (preuve que l’éner­gie nous est vi­tale de­puis un petit bout de temps), «rien ne se perd, rien ne se crée, tout se trans­forme». Alors trans­for­mons notre mo­dèle de pro­duc­tion élec­trique. x

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