Dé­sar­mant Can­dide

Le TNM ouvre sa sai­son avec brio.

Le Délit - - Culture - ©yves re­naud

Can­dide ou l’op­ti­misme,

tielles : Qui suis-je? Où suis-je? D’où viens-je? Où irai-je?

Ces ques­tions, bien pré­sentes dans la so­cié­té ac­tuelle mal­gré une écri­ture da­tant du XVIIIÈME siècle, sont étu­diées à tra­vers le ré­cit de Can­dide et de Cu­né­gonde, deux amants qui changent leur re­gard sur le monde suite à de mul­tiples [més]aven­tures. Plu­sieurs thèmes dif­fi­ciles sont abor­dés : la re­li­gion, l’es­cla­vage ou en­core les dé­sastres na­tu­rels. Peu à peu, la vi­sion op­ti­miste de la vie de Can­dide est décousue pour ré­vé­ler le cô­té sombre de l’âme hu­maine.

De quoi bien faire ré­flé­chir sur ce qu’est une bonne vie. Mais bien que cette pièce pousse à une ré­flexion so­lide, le plai­sir n’en est pas ex­clu. Ponc­tuée de blagues et d’al­lu­sions bien sa­lées, les fous rires sont au ren­dez-vous. De plus, les per­son­na­li­tés at­ta­chantes des dif­fé­rents per­son­nages ont de quoi sé­duire le spec­ta­teur.

Adresse et sim­pli­ci­té

Il faut éga­le­ment sou­li­gner le ta­lent des ac­teurs et ac­trices de la dis­tri­bu­tion : Va­lé­rie Blais, Pa­trice Co­que­reau, La­ris­sa Cor­ri­veau, Be­noît DrouinGer­main, Em­ma­nuel Sch­wartz. Au ni­veau de l’in­ter­pré­ta­tion, c’est un sans-faute qu’ils nous ont li­vré. Men­tion spé­ciale à Em­ma­nuel Sch­wartz pour le rôle de Vol­taire qu’il a su rendre convain­cant et dra­ma­tique.

Fi­na­le­ment, c’est dans un dé­cor très mi­ni­ma­liste mais ef­fi­cace que ce ré­cit prend place. Les ac­teurs re­pré­sentent les plus grandes villes de l’époque, telles que Pa­ris, Vienne, Is­tan­bul… avec des chaises et une table. Ce­la peut avoir l’air de peu, mais avec l’aide d’une pro­jec­tion sur la toile de fond, il n’en fal­lait pas plus pour rendre le tout cré­dible. Le sché­ma est le même pour les cos­tumes. Ils étaient simples, mais beaux et ren­daient le vi­suel de la pièce in­té­res­sant. Ce­pen­dant, cer­tains d’entre eux ne sem­blaient pas ap­par­te­nir à la même époque. Ana­chro­nisme ou choix dé­li­bé­ré? Je pen­che­rais gé­né­ra­tion qu[‘il] ne connait pas et qu[il] avait très peu cô­toyés » était la pierre an­gu­laire de son pro­ces­sus de créa­tion. Ain­si, avant d’être un dia­logue sur scène, Neuf [titre pro­vi­soire] est une sé­rie d’échanges entre au­teur et co­mé­dien·ne·s is­su·e·s de deux époques, deux Qué­bec dif­fé­rents, qui ont l’ha­bi­tude de se cô­toyer sans pour au­tant se ren­con­trer. Le texte de­vient alors un pro­jet col­la­bo­ra­tif, où la mort, la vieillesse et le pas­sage du temps sont au centre des ré­flexions. Les pa­roles des cinq ba­by-boo­mers se joignent aux pen­sées du met­teur en scène pour créer une ma­gis­trale mise en abyme où tout est confon­du : le vrai et le faux, le par­ti­cu­lier et l’uni­ver­sel, la vie et la mort, les râles fa­ti­gués et la mu­sique ef­fré­née.

J’ai quit­té le CTD’A en em­por­tant, en plus de mon skate et de la bro­chure du 50ème an­ni­ver­saire, un sen­ti­ment de com­pli­ci­té avec les autres spec­ta­teur·rice·s né des nom­breuses mi­nutes de rire par­ta­gées. Pour avoir beau­coup ri, j’ai aus­si beau­coup ap­pris de cette oeuvre qui parle de la po­li­tique et de la mort, et qui sou­tient de ma­nière sub­tile et brillante celles et ceux qui osent en­core dire que le théâtre, d’une cer­taine ma­nière, c’est la vie. x

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