Dé­sar­mant Can­dide

Avec Can­dide ou l’op­ti­misme, le TNM ouvre sa sai­son avec brio.

Le Délit - - Dossier Spécial Théâre - Ga­brielle leb­lanc-huard Con­tri­bu­trice

Pro­fond, tou­chant, trou­blant… et drôle! Ce sont les pre­miers mots qui me sont ve­nus en tête après avoir as­sis­té à la re­pré­sen­ta­tion de Can­dide ou l’op­ti­misme au Théâtre du Nou­veau Monde le 28 sep­tembre. Ba­sée sur le ro­man épo­nyme de Vol­taire et adap­tée à la scène par Pierre Yves Le­mieux, cette pièce nous plonge di­rec­te­ment dans l’uni­vers du grand pen­seur des Lu­mières.

La met­teuse en scène Alice Ron­fard re­crée le pro­ces­sus d’écri­ture du conte phi­lo­so­phique Can­dide ou l’op­ti­misme en fai­sant jouer le ré­cit de Vol­taire par ses amis de­vant l’au­teur. Cette mise en abyme, quoique dé­sta­bi­li­sante dans les pre­mières mi­nutes, nous per­met d’être trans­por­tés dans la tête d’un créa­teur et d’un homme trou­blé par des ques­tions exis­ten- tielles : Qui suis-je? Où suis-je? D’où viens-je? Où irai-je?

Ces ques­tions, bien pré­sentes dans la so­cié­té ac­tuelle mal­gré une écri­ture da­tant du XVIIIÈME siècle, sont étu­diées à tra­vers le ré­cit de Can­dide et de Cu­né­gonde, deux amants qui changent leur re­gard sur le monde suite à de mul­tiples [més]aven­tures. Plu­sieurs thèmes dif­fi­ciles sont abor­dés : la re­li­gion, l’es­cla­vage ou en­core les dé­sastres na­tu­rels. Peu à peu, la vi­sion op­ti­miste de la vie de Can­dide est dé­cou­sue pour ré­vé­ler le cô­té sombre de l’âme hu­maine.

De quoi bien faire ré­flé­chir sur ce qu’est une bonne vie. Mais bien que cette pièce pousse à une ré­flexion so­lide, le plai­sir n’en est pas ex­clu. Ponc­tuée de blagues et d’al­lu­sions bien sa­lées, les fous rires sont au ren­dez-vous. De plus, les per­son­na­li­tés at­ta­chantes des dif­fé­rents per­son­nages ont de quoi sé­duire le spec­ta­teur.

Adresse et sim­pli­ci­té

Il faut éga­le­ment sou­li­gner le ta­lent des ac­teurs et ac­trices de la dis­tri­bu­tion : Va­lé­rie Blais, Pa­trice Co­que­reau, La­ris­sa Cor­ri­veau, Be­noît DrouinGer­main, Em­ma­nuel Schwartz. Au ni­veau de l’in­ter­pré­ta­tion, c’est un sans-faute qu’ils nous ont li­vré. Men­tion spé­ciale à Em­ma­nuel Schwartz pour le rôle de Vol­taire qu’il a su rendre convain­cant et dra­ma­tique.

Fi­na­le­ment, c’est dans un dé­cor très mi­ni­ma­liste mais ef­fi­cace que ce ré­cit prend place. Les ac­teurs re­pré­sentent les plus grandes villes de l’époque, telles que Pa­ris, Vienne, Is­tan­bul… avec des chaises et une table. Ce­la peut avoir l’air de peu, mais avec l’aide d’une pro­jec­tion sur la toile de fond, il n’en fal­lait pas plus pour rendre le tout cré­dible. Le sché­ma est le même pour les cos­tumes. Ils étaient simples, mais beaux et ren­daient le vi­suel de la pièce in­té­res­sant. Ce­pen­dant, cer­tains d’entre eux ne sem­blaient pas ap­par­te­nir à la même époque. Ana­chro­nisme ou choix dé­li­bé­ré? Je pen­che­rais pour la deuxième op­tion. En conclu­sion, si ja­mais vous avez en­vie de pas­ser une soi­rée toute en émo­tion et en ré­flexion, la pièce Can­dide ou l’op­ti­miste de­vrait vous plaire. x

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