La CAQ, un po­pu­lisme al­lé­gé

Chaque se­maine, Le Dé­lit ana­lyse un as­pect de la po­li­tique qué­bé­coise.

Le Délit - - Monde Francophone - RAFAEL MIRÓ Chro­ni­queur po­li­tique

Peu im­porte ce que l’on pense du pro­gramme de la Coa­li­tion ave­nir Qué­bec (CAQ), ce se­rait un rac­cour­ci in­tel­lec­tuel que de clas­ser in­con­di­tion­nel­le­ment le par­ti de Fran­çois Le­gault dans le même pa­nier que les for­ma­tions po­pu­listes qui fleu­rissent un peu par­tout en Oc­ci­dent. Si la CAQ par­tage plu­sieurs points en com­mun avec ces for­ma­tions op­por­tu­nistes, elle en di­verge sur plu­sieurs autres de ma­nière fon­da­men­tale.

Le pro­gramme du par­ti

Les po­pu­listes semblent être avant tout des po­li­ti­ciens qui pro­fitent de la cré­du­li­té et du dés­in­té­rêt po­li­tique des élec­teurs pour al­ler cher­cher des votes. Ils se pré­sentent en cham­pions du « peuple » en poin­tant, par­fois avec jus­tesse, les pro­blèmes du sys­tème ac­tuel et en blâ­mant à tort et à tra­vers la mau­vaise vo­lon­té ou l’in­com­pé­tence des au­to­ri­tés tra­di­tion­nelles. Eux pro­posent des so­lu­tions ma­giques, simples et fa­ciles à re­te­nir pour l’élec­teur non po­li­ti­sé face à des pro­blèmes très com­plexes que des ad­mi­nis­tra­teurs com­pé­tents ont sou­vent es­sayé de ré­gler pen­dant des an­nées. Par exemple, construire un mur pour ré­soudre le pro­blème de l’im­mi­gra­tion illé­gale. Sur ce point, il faut re­pro­cher à la Coa­li­tion ave­nir Qué­bec d’avoir ten­té de sé­duire l’élec­teur non po­li­ti­sé avec des pro­po­si­tions ac­cro­cheuses mais dont la réelle por­tée a été cri­ti­quée par une ma­jo­ri­té d’ex­perts, comme le troi­sième lien à Qué­bec ou la ma­ter­nelle à quatre ans. Néan­moins, à la dif­fé­rence d’un Do­nald Trump ou d’un Doug Ford, Fran­çois Le­gault a fait l’ef­fort de bâ­tir un pro­gramme somme toute cré­dible qui a su pas­ser le test des jour­na­listes. Le chef de la CAQ a aus­si mi­sé sur une équipe d’ad­mi­nis­tra­teurs com­pé­tents plu­tôt que de seule­ment re­cru­ter des can­di­dats sus­cep­tibles de lui don­ner une bonne image chez l’élec­teur non po­li­ti­sé, comme des spor­tifs ou des ar­tistes en­ga­gés.

La com­mu­ni­ca­tion du par­ti

On a sou­vent ob­ser­vé dans les der­nières an­nées des po­pu­listes fai­sant cam­pagne en mul­ti­pliant les frasques et les re­marques exa­gé­rées, sus­ci­tant le dé­bat et at­ti­rant l’at­ten­tion mé­dia­tique sur eux. Peu im­porte qu’ils mentent ou que les so­lu­tions qu’ils pro­posent soient ir­réa­listes, à force d’ap­pa­raître plus sou­vent que les autres dans les mé­dias, ceux-ci fi­nissent ain­si par ap­pa­raître comme la seule al­ter­na­tive cré­dible au gou­ver­ne­ment.

Par exemple, lors de l’élec­tion pré­si­den­tielle amé­ri­caine de 2016, Do­nald Trump avait réus­si, à coup de gros­siè­re­tés et de fausses dé­cla­ra­tions, à ob­te­nir une cou­ver­ture mé­dia­tique dé­me­su­ré­ment plus grande que celle des autres can­di­dats ré­pu­bli­cains et d’hilla­ry Clin­ton. Fran­çois Le­gault, cette an­née, a fait cam­pagne de ma­nière plu­tôt tra­di­tion­nelle, cher­chant à évi­ter les po­lé­miques. À part quelques bourdes de pré­pa­ra­tion, il n’a pas te­nu de pro­pos qui ont sus­ci­té le scan­dale sur la scène mé­dia­tique qué­bé­coise.

En­fin, Fran­çois Le­gault n’a pas beau­coup uti­li­sé les deux le­viers fa­vo­ris des po­li­ti­ciens po­pu­listes : la peur des mi­no­ri­tés et la mé­fiance en­vers les élites. Bien sûr, le chef de la CAQ comp­tait pro­ba­ble­ment sur l’ap­pui des Qué­bé­cois moins ou­verts aux mi­no­ri­tés lors­qu’il a fait ses contro­ver­sées pro­messes sur la ré­duc­tion des seuils d’im­mi­gra­tion et sur la laï­ci­té. Ce­pen­dant, même lors­qu’il par­lait de la ré­duc­tion de l’im­mi­gra­tion, il n’a ja­mais cher­ché à dia­bo­li­ser ou à pré­sen­ter les mi­no­ri­tés comme une me­nace, ce que plu­sieurs for­ma­tions font pour mous­ser leurs ap­puis. Il n’a pas non plus, pen­dant sa cam­pagne, ten­té de dia­bo­li­ser ou de prê­ter des in­ten­tions mal­hon­nêtes à ses ad­ver­saires ou aux mé­dias. Fran­çois Le­gault n’a pas non plus ten­té de se pré­sen­ter comme un an­ti-po­li­ti­cien.

Néan­moins, la Coa­li­tion ave­nir Qué­bec pré­sente cer­tai­ne­ment une part de po­pu­lisme. Elle a été élue sur la base d’un pro­gramme très élec­to­ra­liste, com­por­tant beau­coup de pro­messes al­lé­chantes et peu d’in­no­va­tions concrètes. En outre, elle a es­sen­tiel­le­ment été por­tée au pou­voir par le dé­sir de chan­ge­ment à tout prix, le même qui pousse les élec­teurs à ne plus vo­ter pour les par­tis tra­di­tion­nels. x

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