Le com­bat de toutes les gé­né­ra­tions

Tout ce qui nous sé­pare ne fait pas le poids face aux changements climatiques.

Le Délit - - Société - Ka­the­rine ma­rin Édi­trice So­cié­té

Si l’on ne le sen­tait pas dé­jà, la cam­pagne élec­to­rale au Qué­bec fut plu­tôt claire sur une chose : il existe des dif­fé­rences énormes dans les va­leurs qui mo­tivent la gé­né­ra­tion des ba­by-boo­mers et celle des « mil­lé­niaux », prin­ci­pa­le­ment en ce qui concerne la crise éco­lo­gique. Cer­tain·e·s nient tout sim­ple­ment son exis­tence, d’autres croient que la com­mu­nau­té scien­ti­fique exa­gère ses ef­fets, et ces croyances se trouvent prin­ci­pa­le­ment chez les ba­by-boo­mers, mais n’épargnent pas, en cer­taines cir­cons­tances, la gé­né­ra­tion Y.

Apo­gée de l’in­di­vi­dua­lisme

Si l’on se fie aux sta­tis­tiques du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral da­tant de 2011, les ba­by-boo­mers re­pré­sen­taient alors 3 per­sonnes sur 10. Au cours de l’his­toire du Qué­bec, ce sont les en­fants de l’après-guerre qui ont for­te­ment contri­bué à l’es­sor du sys­tème ca­pi­ta­liste, entre autres par un be­soin mar­qué d’au­toaf­fir­ma­tion et d’af­fran­chis­se­ment face à la re­li­gion ca­tho­lique. Comme l’a dit le journaliste Louis Cor­nel­lier dans Le De­voir en 2016, c’est la so­cié­té tra­di­tion­nelle qué­bé­coise (au sein de la­quelle les strates so­ciales étaient ex­trê­me­ment ri­gide, et la re­li­gion ca­tho­lique oc­cu­paient une place ma­jeure dans la so­cié­té) qui laisse place à la so­cié­té de consom­ma­tion. Le ca­pi­ta­lisme, qui est au­jourd’hui la source d’un pro­blème qui semble in­sur­mon­table, fut le moyen d’at­teindre la li­ber­té et l’af­fir­ma­tion de soi pour cette gé­né­ra­tion.

Gé­né­ra­tion de l’in­di­vi­dua­li­té

Se­lon le Times, la gé­né­ra­tion Y se­rait la plus an­xieuse et nar­cis­sique ja­mais ob­ser­vée. Avec l’avè­ne­ment de la tech­no­lo­gie, il semble ef­fec­ti­ve­ment y avoir quelque chose un tan­ti­net nar­cis­sique avec le concept des ré­seaux so­ciaux, qui nous ont presque éle­vés, et un « se­vrage » de ces der­niers re­pré­sen­te­rait une grande gêne pour nous. C’est donc sans sur­prise que l’on en­tend les gé­né­ra­tions au-des­sus de la nôtre l’as­so­cier abu­si­ve­ment à la tech­no­lo­gie, mais un su­jet nous di­vise plus en­core : la ques­tion de l’en­vi­ron­ne­ment nous dé­chire beau­coup plus qu’elle nous ras­semble (ce qu’elle de­vrait pour­tant faire!).

Si les ba­by-boo­mers ne se sentent pas aus­si in­ter­pel­lés par la ques­tion des changements climatiques, il ne faut pas les blâ­mer, mais plu­tôt les re­mettre dans leur contexte so­cio­his­to­rique. Il est dif­fi­cile de dire à toute une gé­né­ra­tion qu’elle de­vrait lais­ser tom­ber ce qui l’a li­bé­rée ; le sys­tème ca­pi­ta­liste est sans au­cun doute pro­blé­ma­tique et de­vrait être rem­pla­cé par un sys­tème économique sou­te­nable à long terme et qui ap­pelle à l’éga­li­té. Mais il de­meure que le sys­tème économique ac­tuel per­met une grande li­ber­té in­di­vi­duelle… si l’on peut se le per­mettre, pa­ra­doxa­le­ment. His­to­ri­que­ment, c’est dans l’après-guerre que la com­mu­nau­té scien­ti­fique ob­serve une aug­men­ta­tion de la tem­pé­ra­ture ter­restre, mais ce n’est qu’en 1980 qu’un consen­sus au­tour de la ques­tion du cli­mat se forme. Et dé­jà, à l’époque, les ré­sul­tats pré­disent un ave­nir hor­ri­ble­ment pré­vi­sible : « Si la concen­tra­tion de CO2 ad­ve­nait a dou­blé[…], nos es­ti­ma­tions pré­disent des hausses des tem­pé­ra­tures ter­restres s’éle­vant à trois de­grés cel­sius, et à ces hausses s’ajou­te­ront des consé­quences si­gni­fi­ca­tives aux condi­tions climatiques » lit-on dans un rap­port sur le di­oxyde de car­bone et sur le cli­mat da­tant de 1979. Il faut dire que les ba­by-boo­mers ont connu l’avè­ne­ment de la crise éco­lo­gique et de ce fait l’an­nonce sem­blait peut- être très loin d’elles et eux. La gé­né­ra­tion Y ayant gran­di avec le nez de­dans, ce­la ex­plique peut-être sa plus grande sen­si­bi­li­té face à cet en­jeu.

Mal­gré que plu­sieurs choses sé­parent les deux gé­né­ra­tions « do­mi­nantes » de la vie po­li­tique, économique et cultu­relle, une chose de­vrait nous ras­sem­bler : cette épée de Da­mo­clès qui nous tom­be­ra sur la tête dans deux ans. Nous ne sommes plus à l’avant des dé­cen­nies dont les scien­ti­fiques nous par­laient, il faut agir et faire la chose la moins na­tu­relle : lais­ser tom­ber ce que l’on croyait être bon pour nous, ces­ser de prô­ner l’in­di­vi­dua­lisme (mal dont les deux gé­né­ra­tions sont cou­pables d’ailleurs).

Lorsque l’on sait que seule­ment cent en­tre­prises sont res­pon­sables de 71% des émis­sions de gaz à ef­fet de serre, il semble par­fai­te­ment contre-in­tui­tif de conti­nuer à sou­te­nir le ca­pi­ta­lisme. Il est temps de sur­pas­ser nos dan­ge­reuses en­vies de consom­ma­tion abu­sive et de confort qui nous mettent tous et toutes en pé­ril.

Se sen­tir im­pli­qué·e

Bien que la ma­jo­ri­té des gaz à ef­fets de serre (qui ne re­pré­sente pas tout ce qui contre­vient au cli­mat) soit émise par de grandes com­pa­gnies et que ce­la est par­tiel­le­ment hors de notre contrôle, il n’em­pêche qu’en conti­nuant de vivre sans len­de­main, nous en­cou­ra­geons ce sys­tème can­cé­ri­gène. Ces­sons de poin­ter l’autre du doigt et agis­sons d’un seul élan, gé­né­ra­tions réunies. x

«le sys­tème ca­pi­ta­liste est sans au­cun doute pro­blé­ma­tique et de­vrait être rem­pla­cé par un sys­tème économique sou­te­nable (...) et qui ap­pelle à l’éga­li­té»

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