Her­bert Bayer, père de l’art en­vi­ron­ne­men­tal 13

Le Délit - - Culture - Vincent mor­reale Con­tri­bu­teur E V a n g él i n e d u r a n d - a ll i z é

De nais­sance au­tri­chienne, Her­bert Bayer dé­bute comme ap­pren­ti dans un ca­bi­net d’ar­chi­tec­ture et de gra­phisme, à Linz, puis à Darm­stadt en Al­le­magne. L’éclec­tisme des dis­ci­plines est dé­jà pour Bayer une norme. En pein­ture, il cris­tal­lise les in­fluences ma­jeures et pour­tant an­ta­go­nistes du sur­réa­lisme, de l’ex­pres­sion­nisme et du construc­ti­visme. En 1936, Bayer in­vente ce qu’il nomme ses Fo­to­plas­ti­ken: des élé­ments abs­traits réa­li­sés en sculp­ture, puis in­sé­rés par pho­to­mon­tage dans des pay­sages na­tu­rels ou ar­chi­tec­tu­raux.

Ce dé­tour­ne­ment de la sculp­ture au pro­fit de la pho­to­gra­phie consti­tue le fond de l’art pu­bli­ci­taire de Bayer. En 1955, Bayer in­nove éga­le­ment dans un autre do­maine : il in­vente le pay­sage sculp­tu­ral. Son Grass Mound, oeuvre de terre et de ga­zon tan­tôt concave, tan­tôt convexe, dans le­quel le spec­ta­teur peut se pro­me­ner, se­ra un mo­dèle pour les jeunes sculp­teurs amé­ri­cains des an­nées 1960 et 1970. L’ex­po­si­tion, qui met à pro­fit l’ex­pé­rience ac­quise par Bayer, est conçue comme un par­cours dra­ma­tique te­nant constam­ment le spec­ta­teur en éveil : les sols sont en­va­his de flèches, de traces de pas et de fi­gures di­rec­tion­nelles, les ob­jets sont sus­pen­dus dans l’es­pace et d’im­menses pho­to­gra­phies créent des rup­tures d’échelles. Conseiller ar­tis­tique, il éla­bore des pro­jets d’agen­ce­ments in­té­rieurs par­tout dans le monde et réa­lise des es­paces en trompe-l’oeil qu’il trans­pose en de vé­ri­tables es­paces ou­verts.

Il éla­bore ain­si l’une des pre­mières formes d’art en­vi­ron­ne­men­tal et an­nonce le mou­ve­ment du Land art à ve­nir. Sur les pas de Bayer, des ar­tistes du monde en­tier crée­ront des « ear­th­works », de l’art pro­ces­suel, de l’art éco­lo­gique. Leurs oeuvres, aus­si dif­fé­rentes soient les dé­marches et les in­ter­ro­ga­tions qui les sous-tendent, s’ar­ti­culent gé­né­ra­le­ment au­tour de la no­tion de ter­rain, au­tour des ré­ac­tions in­di­vi­duelles à ce­lui-ci et des ac­ti­vi­tés qui s’y dé­roulent. Les oeuvres sont sculp­tu­rales (tri­di­men­sion­nelles) et/ou fon­dées sur la per­for­mance (pro­ces­sus, site, tem­po­ra­li­té) et la fa­çon dont le temps, les forces de la na­ture, et les spec­ta­teurs agissent sur ces es­paces. x

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