Ri­chard Wa­gner de re­tour à Mon­tréal

L’opé­ra de Mon­tréal pré­sen­te­ra en no­vembre Das Rhein­gold.

Le Délit - - Culture - Pro­pos re­cueillis par Si­mon Tar­dif-loi­selle Édi­teur Phi­lo­so­phie

Au sous-sol de la Place des Arts se dé­rou­lait, le 1er no­vembre der­nier, la ré­pé­ti­tion de­vant mé­dias de l’opé­ra de Wa­gner, Das Rhein­gold. En pré­sence des ar­tistes ly­riques, du di­rec­teur ar­tis­tique, du met­teur en scène et du chef d’or­chestre, Le Dé­lit a eu un avant-goût de la mer­veilleuse et su­blime oeuvre qui s’ap­prête à conqué­rir Mon­tréal. Le jour­nal s’est en­tre­te­nu avec Ca­ro­line Bleau (Freia), chan­teuse so­pra­no, et le met­teur en scène Brian Stau­fen­biel.

Le Dé­lit (LD) : Mme Bleau, en tant que so­pra­no, quelle est la dif­fi­cul­té quant à l’in­ter­pré­ta­tion de cette pièce de Wa­gner? Ca­ro­line Bleau (CB) : C’est mon pre­mier opé­ra de Wa­gner à vie, donc j’ai un rôle qui n’est pas vo­ca­le­ment très ex­po­sé — je n’ai pas beau­coup à chan­ter — ce qui me per­met d’en­trer dans l’uni­vers de Wa­gner d’une ma­nière « sé­cu­ri­taire », si je puis dire. C’est cer­tain que je vais être ap­pe­lée à chan­ter d’autres rôles de Wa­gner dans le fu­tur […]. Il va donc me fal­loir dé­ve­lop­per de l’en­du­rance, je di­rais, pour ré­su­mer Wa­gner. Le chan­ter de­mande une en­du­rance vo­cale et une in­tel­li­gence du texte. Ce ne sont pas seule­ment des per­sonnes qui « chantent fort », il y a beau­coup de sub­ti­li­tés chez Wa­gner que l’on ne va pas sou­vent cher­cher. Ce­la se­ra mon but : al­ler ex­ploi­ter ces par­ti­cu­la­ri­tés dans le fu­tur. Toutes les cou­leurs que l’on peut cher­cher dans Wa­gner.

LD

: Quel sen­ti­ment al­lez-vous ten­ter de sus­ci­ter chez le spec­ta­teur? CB : Mon rôle n’est pas très im­por­tant vo­ca­le­ment, mais il l’est pour le dé­rou­le­ment de l’his­toire. Elle [Freia] est sou­vent per­çue comme une en­fant gâ­tée qui n’ar­rête pas de se plaindre, mais je ne veux pas don­ner cette image. Je veux don­ner l’image d’une femme-en­fant, en quelque sorte. Une femme qui ne sait pas en­core contrô­ler ses sen­ti­ments. Alors, elle a vrai­ment des mo­ments d’exal­ta­tion où est-ce qu’elle veut prendre les choses en main, mais en même temps elle ne peut pas confron­ter le per­son­nage prin­ci­pal, qui est le dieu su­prême. Elle doit donc re­prendre sa place et ne trouve pas en­core la ba­lance entre ce qu’elle peut se per­mettre de faire ou non. C’est ce cô­té que j’es­saye d’ex­ploi­ter.

LD : Croyez-vous que cet opé­ra de Wa­gner puisse être une « conso­la­tion » pour notre époque? CB : C’est très d’ac­tua­li­té. Il est ques­tion de la re­cherche du pou­voir, du fait que lorsque l’on en a, nous en vou­lons tou­jours plus. Aus­si, de notre équi­libre avec la na­ture. Les consé­quences de nos actes sur tout le monde ; puis la va­leur d’une vie hu­maine. Qu’estce qu’une vie hu­maine vaut? Quel en est le prix à payer?

LD : Deux courtes ques­tions. Quel est votre sen­ti­ment par rap­port à cet opé­ra et par rap­port à Wa­gner plus gé­né­ra­le­ment? Brian Stau­fen­biel (BS) : En gé­né­ral… ce n’est pas une courte ques­tion! Wa­gner est l’un des grands com­po­si­teurs opé­ra­tiques. L’un des élé­ments par­ti­cu­liers qu’il pro­pose fut l’in­té­gra­tion du « drame » à un nou­veau ni­veau. Il pen­sait l’oeuvre d’art « as a whole » (« comme un tout », ndlr). Quel est mon sen­ti­ment à ce su­jet? C’est un gé­nie. C’est le pré­cur­seur du film et de la ma­nière que nous avons d’uti­li­ser la mu­sique psy­cho­lo­gi­que­ment afin d’af­fec­ter les émo­tions. Une per­sonne im­por­tante, un com­po­si­teur brillant et un grand ra­con­teur d’his­toires.

LD : L’his­toire se sou­vient du Fes­ti­val de Bay­reuth où Wa­gner fit exé­cu­ter en grande pompe Das Rhein­gold. Un chef-d’oeuvre. De votre cô­té, quelle ex­pé­rience avez­vous ten­té de consti­tuer?

BS : En ce qui me concerne visà-vis des spec­ta­teurs, il s’agit de ra­con­ter une his­toire. C’est une ques­tion d’in­ti­mi­té. Lorsque l’on réus­sit à créer une in­ti­mi­té lors d’un opé­ra, ce­la per­met de rendre tout plus vi­vant. Cette mise en scène ne vous fe­ra pas sen­tir si éloi­gnée. Elle fait sen­tir au spec­ta­teur qu’il est dans la même pièce où l’his­toire se dé­roule. L’his­toire réus­sit donc à cap­ti­ver l’ima­gi­naire et à at­ti­rer le spec­ta­teur vers la scène. x

Dans la soi­rée du ven­dre­di 2 no­vembre, l’étu­diant mc­gil­lois Joa­chim Dos San­tos a or­ga­ni­sé une ex­po­si­tion dans son ap­par­te­ment si­tué dans le Pla­teau, sur­nom­mé le Do­jo. Dans une am­biance mu­si­cale por­tée par Co­nor Ni­cker­son et Ro­main Pey­ni­chou (membre du duo Is It People), l’ap­par­te­ment était ha­billé d’oeuvres d’étu­diant·e·s des­si­na­teur · rice·s, peintres et pho­to­graphes. Par­mi eux·elles, les oeuvres de Joa­chim Dos San­tos. Tout en s’ex­pé­ri­men­tant conti­nuel­le­ment dans ses oeuvres, son style se pré­cise au fur et à me­sure de son ap­pren­tis­sage, et donne no­tam­ment des toiles ma­gni­fiques de formes et de cou­leurs. L’am­biance était à la fête et à la cé­lé­bra­tion des ar­tistes ayant ac­cep­té de prendre part à l’ini­tia­tive, comme Alexis Fioc­co, Clau­dia Fa­ria-ri­tel­li et Théo Sche­rer. On at­tend et es­père main­te­nant d’autres trans­for­ma­tions d’ap­par­te­ments en ga­le­ries d’art étu­diant. x

cour­toi­sie de min­ne­so­ta ope­ra

Gré­goire Col­let Édi­teur Cul­ture

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