La fa­bri­ca­tion d’un nar­cis­sique

La ren­ta­bi­li­té dans la gé­né­ra­tion sel­fie : à quel prix?

Le Délit - - Opinion - Ju­lia Volpe Con­tri­bu­trice

«At­ten­dez, at­ten­dez! Nous ne pou­vons pas sor­tir sans une pho­to pour Snap­chat! » C‘est une phrase qui est de­ve­nue un point com­mun dans la vie so­ciale mo­derne. Mais les sel­fies, les vlogs quo­ti­diens, et les « his­toires » d’ins­ta­gram, son­tils des­ti­nés à notre propre bon­heur, ou à prou­ver quelque chose à quel­qu’un d’autre? Notre gé­né­ra­tion est de­ve­nue ob­sé­dée par l’au­to­do­cu­men­ta­tion et cette ob­ses­sion est non seule­ment inu­tile et peu sin­cère, mais elle a dé­clen­ché une épi­dé­mie de nar­cis­sisme, qui nuit à la san­té men­tale.

Les nar­cis­siques ren­tables

D’abord, la re­cherche ré­vèle que la moi­tié des femmes âgées de 13 à 23 ans se trou­vaient sur les sites de mé­dias so­ciaux, tels que Twit­ter et Ins­ta­gram, à tout mo­ment, et elles postent en­vi­ron un « sel­fie » par jour. Les grandes en­tre­prises comme Fa­ce­book ont des équipes de mar­ke­ting brillantes qui as­surent que « l’au­to­pro­mo­tion » reste à l’avant-garde des mé­dias so­ciaux. De même, les études montrent constam­ment que les in­di­vi­dus qui ob­tiennent un score plus éle­vé dans le ques­tion­naire d’in­ven­taire de la per­son­na­li­té nar­cis­sique (IPN) ont ten­dance à avoir plus d’amis sur Fa­ce­book, et à mettre à jour leur sta­tut en ligne plus fré­quem­ment.

Un por­trait ir­réa­liste

Cer­tains pour­raient faire va­loir que les mé­dias so­ciaux et « l’âge du sel­fie » ont pro­duit un moyen d’ex­pres­sion per­son­nelle et de po­si­ti­vi­té du corps, où nous pou­vons en­cou­ra­ger les autres à être fiers de leur ap­pa­rence. Ce­pen­dant, des études ré­centes d’étu­diants en Amé­rique du Nord ont mon­tré que les étu­diants les plus dé­voués à leur compte Fa­ce­book étaient plus sus­cep­tibles de pen­ser que les vies des autres étaient « plus heu­reuses et meilleures. » De plus, une étude de Twinge Or­ga­ni­za­tion a in­di­qué que les mil­lé­niaux sont plus dé­pri­més et an­xieux que les gé­né­ra­tions pré­cé­dentes, et que le deux tiers des femmes in­ter­ro­gées se sen­taient « plus jo­lies sur In­ter­net » que dans la réa­li­té.

Le temps vo­lé

En conclu­sion, alors que les mé­dias so­ciaux sont sans au­cun doute des sources puis­santes d’in­ter­con­nexion et de di­ver­tis­se­ment, il se­rait er­ro­né de confondre ces in­ter­ac­tions avec de la ca­ma­ra­de­rie. En fait, les sites comme Fa­ce­book et Ins­ta­gram consti­tuent la plus grande conso­li­da­tion des sen­ti­ments de ja­lou­sie, de com­pé­ti­tion, et d’in­sé­cu­ri­té de notre gé­né­ra­tion. Donc, la pro­chaine fois que vous vous sen­ti­rez obli­gés de prendre une pho­to avec vos amis pour dé­mon­trer votre bon­heur sur In­ter­net, consi­dé­rez la plus grande va­leur de l’in­ter­ac­tion so­ciale : le mo­ment pré­sent avec ceux qui vous en­tourent. x

niels ul­rich

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