C Mcgill vous re­garde

Quelle est la place des ca­mé­ras et de la po­lice sur le cam­pus? om­bien de ca­mé­ras sur­veillent les étu­diants de Mcgill? Que pen­ser des in­ter­ven­tions de la po­lice sur le cam­pus? De­puis le prin­temps étu­diant, la place de la po­lice a aug­men­té à Mont­réal, et de

Le Délit - - Actualités - alexan­dra na­deau

« Après deux aver­tis­se­ments, c’est clair qu’il faut faire ap­pel à de l’au­to­ri­té ex­terne » « Ils savent qui sont les étu­diants, ils savent quel est votre nom, où vous al­lez […] Il y a ce genre de dé­tails dans les rap­ports »

Cet ar­ticle, pu­blié en avril 2014, est ti­ré des ar­chives du Dé­lit.

L’uni­ver­si­té Mcgill ne fait pas ex­cep­tion à la règle. De­puis le rap­port Man­fre­di et la mo­di­fi­ca­tion au pro­to­cole de l’étu­diant, les dis­po­si­tions quant au droit de ma­ni­fes­ter sur le cam­pus ont chan­gé. Comme l’ex­plique au Dé­lit An­dré Cos­to­pou­los, doyen à la vie étu­diante [ entre 2012 et 2016, ndlr], les ma­ni­fes­ta­tions sont to­lé­rées sur le cam­pus à moins qu’il y ait obs­truc­tion d’une en­trée ou d’une porte. À par­tir de ce mo­ment, McGill se donne le droit d’in­ter­ve­nir. Tou­te­fois, comme Mi­chelle Hart­man, pro­fes­seure de lit­té­ra­ture arabe à Mcgill l’ex­plique, la pré­sence po­li­cière sur les cam­pus et la sur­veillance dé­cou­ragent les étu­diants à se mo­bi­li­ser et amènent un cli­mat de peur sur le cam pus. Elle croit que c’est évident que les ac­tions à sa­veur po­li­tique sont vi­sées par l’ad­mi­nis­tra­tion de Mcgill, sur­tout de­puis l’adop­tion du pro­to­cole. Mi­chelle est l’une des six pro­fes­seurs de Mcgill qui a si­gné la lettre il y a deux se­maines qui de­mande la dé­mis­sion de Marc Pa­rent et de Ian Lafrenière, res­pec­ti­ve­ment di­rec­teur du Ser­vice de po­lice de la Ville de Mont­réal (SPVM) et porte-pa­role du SPVM. Cette lettre a été si­gnée par 120 per­sonnes suite à l’ar­res­ta­tion de masse qui a eu lieu le 15 mars lors de la tra­di­tion­nelle ma­ni­fes­ta­tion contre la bru­ta­li­té po­li­cière.

Quand la po­lice ré­plique

Au cours du der­nier mois, à deux re­prises, le SPVM a été ap­pe­lé par Mcgill. En ef­fet, un mes­sage adres­sé aux étu­diants mc­gil­lois in­for­mait que des po­li­ciers pour­raient in­ter­ve­nir sur le cam­pus lors de la Saint-pa­trick. Aus­si, la po­lice a été ap­pe­lée pour dis­per­ser le pe­tit groupe qui ma­ni­fes­tait en face des la­bo­ra­toires lors de l’ac­tion or­ga­ni­sée par

De­mi­li­ta­rize Mcgill contre la re­cherche sur les drones de guerre. « Ça, ça fait par­tie de la ré­ponse nor­male de l’uni­ver­si­té quand il y a obs­truc­tion […] Après deux aver­tis­se­ments, c’est clair qu’il faut faire ap­pel à de l’au­to­ri­té ex­terne», dit An­dré Cos­to­pou­los. Il ex­plique que si la ma­ni­fes­ta­tion avait eu lieu sans obs­truc­tion, il n’y au­rait pas eu de pro­blèmes. « Des in­ter­ven­tions po­li­cières, on en a as­sez sou­vent», dans les ré­si­dences aus­si, men­tionne-t-il. « Il y a un taux as­sez constant du nombre d’in­ter­ven­tions par ses­sion ». An­dré Cos­to­pou­los dit tou­te­fois que « dans le cas de la Saint-pa­trick, Mcgill n’a pas fait ap­pel à la po­lice », mais que c’est nor­mal d’avoir une re­la­tion avec eux dans le cadre de cette fête car ils doivent veiller à la sé­cu­ri­té dans la com­mu­nau­té de Mil­ton-parc. « S’ils veulent pa­trouiller sur le cam­pus, on ne peut pas les en em­pê­cher […] mais ce n’est pas né­ces­sai­re­ment parce qu’on leur a de­man­dé d’in­ter­ve­nir », dit-il. « Du point de vue de l’uni­ver­si­té, ma­ni­fes­ter ce n’est ja­mais un pro­blème. La li­ber­té d’ex­pres­sion, la li­ber­té d’as­sem­blée à l’uni­ver­si­té c’est fon­da­men­tal comme droit […] Ce n’est d’ailleurs pas li­mi­té par le code de conduite de l’étu­diant». Cette in­ter­ven­tion de la po­lice est- elle sou­hai­table sur un cam­pus uni­ver­si­taire? An­dré Cos­to­pou­los af­firme que sou­vent, Mcgill n’a pas de contrôle sur l’in­ter­ven­tion de la po­lice sur le cam­pus. Lorsque c’est l’uni­ver­si­té tou­te­fois qui le de- mande, la po­lice peut in­ter­ve­nir dans les cas où il y a obs­truc­tion. Mi­chelle Hart­man croit qu’il y a trop d’in­ter­ven­tions po­li­cières sur le cam­pus, comme à Mont­réal en gé­né­ral. « Ça fait à peine deux ans que la po­lice est ve­nue sur le cam­pus, a dé­fait une oc­cu­pa­tion, et a bat­tu des étu­diants ». Elle est pré­oc­cu­pée par le fait qu’ap­pe­ler la po­lice pour ter­mi­ner les ma­ni­fes­ta­tions ne fasse que dis­sua­der les étu­diants de ma­ni­fes­ter. « Je ne vois pas pour­quoi on doit avoir des po­li­ciers qui viennent mettre fin aux ma­ni­fes­ta­tions étu­diantes. C’est quelque chose que je n’ap­prouve pas ». Su­zanne For­tier dit que les étu­diants ont le droit de ma­ni­fes­ter de ma­nière pa­ci­fique, mais qu’ils n’ont pas le droit de nier les droits d’au­trui. Elle dit que les étu­diants ont été avi­sés qu’ils de­vraient quit­ter les lieux, mais qu’ils ne l’ont pas fait, et qu’à ce mo­ment là la po­lice a été ap­pe­lée. « C’est des ques­tions dif­fi­ciles. […] Je crois à la li­ber­té d’ex­pres­sion, c’est un droit fon­da­men­tal », dit- elle. « Est- ce qu’on aime ça ap­pe­ler la po­lice? Non, pas du tout! Mais il faut pen­ser aux étu­diants qui voient leur droit d’ac­cès dé­nié » con­clut- elle.

Sou­riez, vous êtes fil­més

À Mcgill, les ca­mé­ras sont or­ga­ni­sées dans un sys­tème de ré­seau fer­mé, ad­mi­nis­tré par les ser­vices de sé­cu­ri­té de l’uni­ver­si­té. Le pro­to­cole de Mcgill sur les ca­mé­ras sti­pule que les ca­mé­ras sont uti­li­sées dans une op­tique de sé­cu­ri­té de la com­mu­nau­té de Mcgill. Tou­te­fois, Mi­chelle Hart­man se ques­tionne: « Vou­lons-nous vivre dans une so­cié­té où nous sommes sur­veillés par qui, pour­quoi, pour quelles rai­sons? Je ne crois pas ». An­dré Cos­to­pou­los dit qu’à McGill, il n’y a pas eu d’aug­men­ta­tion du nombre de ca­mé­ras de sé­cu­ri­té. « Tout est dans l’ap­pli­ca­tion des ou­tils [de sé­cu­ri­té qui peuvent de­ve­nir des ou­tils de sur­veillance]. Il faut s’as­su­rer que l’ad­mi­nis­tra­tion se sert des ou­tils de la bonne fa­çon ». An­dré Cos­to­pou­lous ne sait tou­te­fois pas s’il y a une po­li­tique par rap­port à l’uti­li­sa­tion des ca­mé­ras. Et est-ce que ces ca­mé­ras sont par­fois uti­li­sées comme preuve contre les étu­diants? En ré­ponse à ce­la, An­dré Cos­to­pou­los dit que « s’il y a une al­lé­ga­tion re­la­tive au code de conduite étu­diante, n’im­porte quelle preuve peut être ame­née par l’équipe dis­ci­pli­naire par rap­port à ça. […] Le co­mi­té dé­ci­de­ra si c’est une preuve va­lable ». Mi­chelle Hart­man ne com­prend pas pour­quoi il doit y avoir des ca­mé­ras sur le cam­pus. Elle dit que les ca­mé­ras sont uti­li­sées par les gardes de sé­cu­ri­té pour fil­mer les étu­diants et d’autres per­sonnes lors des ma­ni­fes­ta­tions et qu’ils en ré­digent en­suite des rap­ports. « J’ai vu les rap­ports qui re­latent ce que les étu­diants font sur le cam­pus. Ce n’est pas une ques­tion, c’est un fait [que Mcgill sur­veille les étu­diants, les pro­fes­seurs et d’autre per­sonnes] », dit- elle. « Il y a des étu­diants qui ont eu des charges dis­ci­pli­naires por­tées contre eux, et ce sont des preuves vi­déos qui ont été uti­li­sées contre ces per­sonnes […] Il y a des exemples […] qui étaient dans le rap­port de sé­cu­ri­té: ‘’l’étu­diant X était avec l’étu­diant Y et fai­sait telle chose. Et ce n’est pas seule­ment l’étu­diant X dont on parle, mais toutes ces autres per­sonnes im­pli­quées ». « Ils savent qui sont les étu­diants, ils savent quel est votre nom, où vous al­lez […] Il y a ce genre de dé­tails dans les rap­ports ». Elle croit qu’il faut vrai­ment se ques­tion­ner sur la place des ca­mé­ras au sein de Mcgill. An­toine S. Ch­ris­tin, un étu­diant de l’uni­ver­si­té de Mont­réal, avait de­man­dé en 2012 à l’uni­ver­si­té Mcgill de lui four­nir des en­re­gis­tre­ments vi­déos car il s’était fait ar­rê­té par le Ser­vice de po­lice de Mont­réal en face du por­tail de l’uni­ver­si­té. L’étu­diant au­rait eu be­soin de cette preuve pour jus­ti­fier une ar­res­ta­tion abu­sive faite à son égard par le po­li­cier Do­mi­nic Char­tier lors d’une ma­ni­fes­ta­tion dans le cadre de la grève étu­diante. La res­pon­sable de la sé­cu­ri­té de Mcgill avait alors re­fu­sé de lui don­ner les en­re­gis­tre­ments, en spé­ci­fiant que cette in­for­ma­tion ne pou­vait lui être four­nie parce qu’ex­clu­sive aux po­li­ciers ou au corps de jus­tice. Est-ce que les ca­mé­ras de sur­veillances sont donc vrai­ment un moyen ef­fi­cace d’as­su­rer la sé­cu­ri­té des gens ob­ser­vés? Mi­chelle Hart­man dit qu’elle ne se sent pas plus en sé­cu­ri­té parce qu’il y a des ca­mé­ras de sé­cu­ri­té. An­dré Cos­to­pou­los dit que « À l’uni­ver­si­té, on peut et on doit tout ques­tion­ner. Donc si quel­qu’un veut ap­por­ter une ques­tion au Sé­nat ou dans un des corps ad­mi­nis­tra­tifs à Mcgill, il de­vrait le faire, et puis il va y avoir ré­ponse à la ques­tion, c’est pas un pro­blème ».[...]

alexis fioc­co | Le Dé­lit

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