John Tra­vol­ta re­plonge dans ses sou­ve­nirs

Entre Grease et Pulp Fic­tion, l’ac­teur re­plonge dans les sou­ve­nirs de sa car­rière

Le Devoir - - La Une - ODILE TREM­BLAY à Cannes Odile Trem­blay sé­journe à Cannes à l’in­vi­ta­tion du Fes­ti­val.

Une barbe de trois jours, un grand sou­rire, trois mots de fran­çais, une sim­pli­ci­té na­tu­relle. On a vu ap­pa­raître à Cannes le chic type John Tra­vol­ta. Dans l’uni­vers de cy­nisme et d’ego sur­di­men­sion­nés qu’est le ci­né­ma, il dé­tonne, cet ac­teur amé­ri­cain là, ve­nu ren­con­trer les fes­ti­va­liers pour un échange dans la grande salle du Buñuel.

En fait, il était sur­tout ici pour ac­com­pa­gner Grease et cé­lé­brer les 40 ans de l’oeuvre mu­si­cale de Ran­dal Klei­ser. Pro­je­té mer­cre­di soir sur l’écran de la plage de Cannes, ce film, adap­té de la scène, avait été tour­né au cours de sa vie an­té­rieure; che­veux go­mi­nés, dé­han­che­ments d’été, blou­son de cuir, chants et danses en­dia­blées avec Oli­via New­ton-John. C’était du temps où le beau dan­seur don­nait la fièvre du sa­me­di soir à ses fans ex­ci­tés. Du temps où il était le pape in­con­tes­té d’un cou­rant dis­co fes­tif des an­nées 1970, icône à l’échelle pla­né­taire.

Après un pas­sage à vide et plu­sieurs livres en trop, mal­gré des rôles ici et là, dont pour le Blow Out de Brian de Palma, un échec com­mer­cial, il au­ra connu par la suite un se­cond en­vol sur cette même Croi­sette ar­pen­tée au­jourd’hui. C’était en mai 1994…

Un cer­tain Quen­tin Ta­ran­ti­no, qui ai­mait Blow Out, l’avait fait jouer Vincent Ve­ga, voyou dé­jan­té du cultis­sime Pulp Fic­tion re­par­ti d’ici avec la Palme d’or.

L’an­cienne icône dis­co a tou­jours bé­ni le ci­néaste pour son re­tour en grâce in­es­pé­ré.

Quant au sou­ve­nir du cou­ron­ne­ment de Pulp Fic­tion, il de­meure brû­lant 24 ans plus tard, avec charge d’éton­ne­ment.

Se­cond dé­but

« C’est que per­sonne n’avait la moindre idée de l’im­pact qu’au­rait Cannes sur nous, évoque-til. On croyait faire un film d’au­teur pour un pu­blic ci­blé. La Palme lui a of­fert une place dans l’his­toire du ci­né­ma et dans la mienne aus­si. J’y avais d’abord dé­cou­vert une autre fa­çon d’être ac­teur, une ter­ra in­co­gni­ta pour moi, avec la pop culture as­so­ciée à ce film. J’ai su que je pou­vais jouer le per­son­nage quand j’ai eu les boucles d’oreille, les che­veux cou­pés de cette fa­çon-là. Alors, j’ai été lui. Comme Truf­faut pour le ci­né­ma fran­çais et comme tous les grands réa­li­sa­teurs, Quen­tin ac­cor­dait sa confiance aux ac­teurs qu’il avait choi­sis. Il me consi­dé­rait comme un in­ter­prète im­pré­vi­sible.» «Je ne sais pas ce que tu fe­ras de ce rôle, mais j’ai en­vie de plon­ger avec toi», lui avait-il lan­cé.

« The rest is his­to­ry », comme disent les Amé­ri­cains. Tra­vol­ta y ré­col­ta une no­mi­na­tion aux Os­car et son nom re­mon­ta en flèche. Sa scène de danse avec Uma Thur­man sur le rock twis­té You Ne­ver Can Tell de Chuck Ber­ry de­meure vi­rale. Pulp Fic­tion a ac­quis le sta­tut de clas­sique. «Et j’ai pu choi­sir les films dans les­quels je sou­hai­tais être.» Il a joué pour John Woo, pour Ter­rence Ma­lick. Avant, qui le lui au­rait pré­dit?

« Mar­lon Bran­do m’a dit cinq ans avant sa mort: “Il ne faut ja­mais par­ti­ci­per à un pro­jet de film si le ci­néaste ne tient pas à tout prix à vous avoir. Sans ce lien du dé­sir, quelque chose se per­dra.” »

Ran­dal Klei­ser, le ci­néaste de Grease, était dans la salle de confé­rence mer­cre­di. Il l’a re­mer­cié bien bas. Tra­vol­ta n’a ja­mais re­nié ses an­nées dis­co après le vi­rage Ta­ran­ti­no.

Son To­ny Ma­ne­ro, roi de la piste de danse dans Sa­tur­day Night Fe­ver, au­ra été, il est vrai, le hé­ros culte d’une gé­né­ra­tion en­tière.

« J’avais d’abord été un ga­min qui avait hâte de se lan­cer dans le show-business. Je vou­lais me mon­trer: dan­ser, chan­ter, jouer. Si un en­fant veut ça, il faut l’écou­ter. Je viens d’une fa­mille d’ac­teurs. On a fait ça en­semble. »

Grease al­lait être un suc­cès phé­no­mène qui bou­le­ver­sa le cours de sa pre­mière car­rière. «Je ren­contre des en­fants de cinq ans qui m’en parlent comme s’il avait été tour­né hier, ra­conte Tra­vol­ta. Des cen­taines de mil­liers de per­sonnes à Los An­geles ont payé et paient en­core pour al­ler dan­ser et chan­ter de­vant des pro­jec­tions du film. C’est in­ouï. Be­ni­cio del To­ro m’a avoué un jour: “À 12 ans, j’ai vu Grease 14 fois au ci­né­ma. De là est née ma vo­ca­tion d’ac­teur.” On ne le croi­rait pas à le voir, comme ça. Eh bien, ce film a chan­gé sa vie.»

Sans re­gret

Les mon­tagnes russes, Tra­vol­ta connaît et phi­lo­sophe sur ses an­nées de vaches maigres. «Peut-être suis-je un type par­ti­cu­lier, dit-il, mais je ne crois pas qu’il faille culti­ver des re­grets. Mieux vaut se col­ti­ner plu­sieurs ex­pé­riences. Au­tant pro­fi­ter de tout ce qui passe. Quand je re­garde la di­ver­si­té des films dans les­quels j’ai joué, je suis heu­reux. Les pé­riodes de creux, il faut les voir comme le champ des pos­sibles qui s’ouvre à vous. Au­cun mé­tier n’ar­rive avec une ga­ran­tie. C’est à vous d’y croire, et j’ai cru en mes ca­pa­ci­tés.»

Il as­sure que sa per­son­na­li­té l’en­nuie. «J’ap­pré­cie da­van­tage la créa­tion de per­son­nages dif­fé­rents. Être quel­qu’un d’autre, je pour­rais faire ça sans ar­rêt. Nul be­soin d’ai­mer ses per­son­nages. Je me suis iden­ti­fié à très peu d’entre eux.»

Tra­vol­ta dit ado­rer sur­tout prendre des risques. «J’aime tra­vailler avec de jeunes ci­néastes, qui ont souvent plus de pas­sion que leurs aî­nés. Peut-être un Quen­tin Ta­ran­ti­no se cache-t-il par­mi eux… »

ANNE-CH­RIS­TINE POUJOULAT AGENCE FRANCE-PRESSE

John Tra­vol­ta était d’une sim­pli­ci­té na­tu­relle sur la Croi­sette mer­cre­di.

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