Les Eu­ro­péens contre-at­taquent

Les Chi­nois avancent leurs pions, les Russes en­vi­sagent une zone de libre-échange avec Té­hé­ran

Le Devoir - - Le Monde -

So­fia — Les Eu­ro­péens ont an­non­cé jeu­di leur pre­mière ré­plique concrète aux ten­ta­tives des États-Unis de Do­nald Trump d’iso­ler éco­no­mi­que­ment l’Iran, dans le sillage des pions avan­cés par les Russes et les Chi­nois pour main­te­nir leurs liens avec Té­hé­ran.

Le re­trait amé­ri­cain de l’ac­cord sur le pro­gramme nu­cléaire ira­nien, ac­com­pa­gné du re­tour des sanc­tions amé­ri­caines tant re­dou­tées, fait brus­que­ment pla­ner des risques fi­nan­ciers consi­dé­rables sur les en­tre­prises vou­lant in­ves­tir en Iran de­puis la si­gna­ture de ce do­cu­ment his­to­rique en 2015.

«Nous de­vons main­te­nant agir», a dé­cla­ré le pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne, Jean-Claude Jun­cker, à l’is­sue d’un som­met des di­ri­geants eu­ro­péens avec leurs ho­mo­logues des Bal­kans à So­fia.

«C’est la raison pour la­quelle nous lan­çons le pro­ces­sus de la loi de blo­cage, le “blo­cking sta­tus” de 1996, qui vise à neu­tra­li­ser les ef­fets ex­tra­ter­ri­to­riaux des sanc­tions amé­ri­caines», at-il dé­cla­ré. «Nous de­vons le faire et nous le fe­rons de­main ma­tin à 10h30», a-t-il ajou­té.

L’ou­til évo­qué est un rè­gle­ment eu­ro­péen da­tant de 1996, créé à l’ori­gine pour contour­ner l’em­bar­go sur Cu­ba. Il per­met aux en­tre­prises et aux tri­bu­naux eu­ro­péens de ne pas se sou­mettre à des sanc­tions prises par des pays tiers.

Le désac­cord avec les ÉtatsU­nis sur l’em­bar­go cu­bain avait tou­te­fois été ré­glé au ni­veau po­li­tique, si bien que l’ef­fi­ca­ci­té de ce rè­gle­ment n’a ja­mais été tes­tée.

La Chine en em­bus­cade

«Les consé­quences in­di­rectes de la dé­ci­sion amé­ri­caine vont fa­vo­ri­ser les po­si­tions russes et chi­noises dans la ré­gion et avan­ta­ger leurs en­tre­prises», a re­le­vé le pré­sident fran­çais, Em­ma­nuel Ma­cron, à So­fia, illus­trant les craintes des Eu­ro­péens. Mais «nous n’al­lons pas dé­clen­cher une guerre com­mer­ciale avec les ÉtatsU­nis sur l’Iran ou contre-sanc­tion­ner des en­tre­prises amé­ri­caines », a-t-il par ailleurs as­su­ré.

L’an­nonce jeu­di par l’ar­ma­teur da­nois de na­vires pé­tro­liers Maersk Tan­kers de la ces­sa­tion de ses ac­ti­vi­tés en Iran semble lais­ser pré­sa­ger des re­traits en cas­cade d’en­tre­prises européennes crai­gnant de lourdes re­pré­sailles amé­ri­caines. Les grandes en­tre­prises al­le­mandes res­tent pour l’heure sur la ré­serve.

De­vant le re­trait pro­bable du fran­çais To­tal d’un pro­jet de dé­ve­lop­pe­ment du vaste champ ga­zier ira­nien Pars Sud, l’Iran a aus­si­tôt pré­ve­nu qu’il se­rait rem­pla­cé par le géant éner­gé­tique chi­nois CNPC, par­te­naire de To­tal dans ce contrat.

La Chine, as­soif­fée d’hy­dro­car­bures et pre­mier par­te­naire com­mer­cial de Té­hé­ran, semble ef­fec­ti­ve­ment avoir l’in­ten­tion de pas­ser outre les sanc­tions amé­ri­caines afin de mus­cler

ses in­ves­tis­se­ments en Iran. Au risque d’ag­gra­ver les re­la­tions avec Wa­shing­ton, dé­jà ten­dues de­puis l’in­tro­duc­tion de droits de douane par les ÉtatsU­nis sur l’acier et alu­mi­nium.

La Rus­sie, une al­liée de Té­hé­ran qui avait main­te­nu des liens com­mer­ciaux lorsque les sanc­tions oc­ci­den­tales étaient en place, a de son cô­té fait un pas im­por­tant pour rap­pro­cher l’Iran de sa zone d’in­fluence

éco­no­mique.

L’Union éco­no­mique eur­asia­tique, me­née par Mos­cou et réunis­sant plu­sieurs ex-ré­pu­bliques so­vié­tiques, a si­gné jeu­di un ac­cord pré­li­mi­naire avec l’Iran. Ré­dui­sant d’ores et dé­jà les droits de douane sur cer­tains pro­duits pour trois ans, l’ob­jec­tif est de créer à terme une zone de libre-échange.

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