Cinéma How to Talk to Girls at Par­ties: le sens de la fête

How to Talk to Girls at Par­ties ra­conte l’idylle entre un jeune ar­tiste punk et une ex­tra­ter­restre re­belle

Le Devoir - - Week-end - FRAN­ÇOIS LÉ­VESQUE

HOW TO TALK TO GIRLS AT PAR­TIES

Co­mé­die fan­tai­siste de John Ca­me­ron Mit­chell avec Alex Sharp, Elle Fan­ning, Ruth Wil­son, Ni­cole Kid­man. Gran­deB­re­tagne, 2017, 102 mi­nutes. Cinéma du Parc

Bon an mal an, il est un film sé­lec­tion­né à Cannes qui dé­clenche les huées de la presse. C’est im­man­quable. En 2017, How to Talk to Girls at Par­ties fut cette oeuvre conspuée. Un an plus tard, la pous­sière de paillettes est re­tom­bée et cette adap­ta­tion d’une nou­velle de Neil Gai­man par John Ca­me­ron Mit­chell prend l’af­fiche de ce cô­té-ci de la pla­nète cinéma. De­vant la dé­li­cieuse ex­cen­tri­ci­té de la pro­po­si­tion, on se de­mande pour­quoi les ré­ac­tions furent si vives.

Mais peut-être est-ce jus­te­ment là que le bât a bles­sé: trop de bi­zar­re­ries. Ques­tion de goût, il faut croire. Cam­pée dans l’An­gle­terre de That­cher, ver­sant lais­sés-pour-compte, l’in­trigue re­late la ren­contre entre un tout jeune homme, ar­tiste punk qui as­pire à s’ex­traire de son mi­lieu, de sa condi­tion, et une char­mante ex­tra­ter­restre qui est elle aus­si en faux avec les dik­tats im­po­sés par les siens.

Leur ren­contre sur­vient alors que, croyant se rendre à une fête pri­vée, Enn tombe sur une mé­na­ge­rie de la­tex. Vê­tus de cos­tumes flam­boyants, les oc­cu­pants s’adonnent à de cu­rieuses cho­ré­gra­phies, d’autres tiennent des pro­pos cryp­tiques. Il s’agit d’êtres ve­nus d’ailleurs, ce qu’ignore Enn.

Au même mo­ment, dans une des pièces, l’une de ces créa­tures n’ayant d’hu­main que l’ap­pa­rence se ré­volte. Elle se pré­nomme Zan, et elle sou­haite as­sou­vir sa cu­rio­si­té vis-à-vis des Ter­riens.

À la de­mande de Zan, Enn la ra­mène chez lui (ou plu­tôt chez sa mère), croyant l’ai­der à échap­per à une secte.

Ir­ré­sis­tible Elle Fan­ning

Alex Sharp, ac­teur is­su du théâtre, est très cré­dible dans le rôle d’Enn. C’est tou­te­fois Elle Fan­ning, en Zan, qui em­porte l’adhé­sion. Elle in­suffle à un per­son­nage qui au­rait pu être ri­di­cule un mé­lange ab­so­lu­ment ir­ré­sis­tible de naï­ve­té et de sin­cé­ri­té.

Tan­dis que Zan es­quive les pres­sions pour ren­trer dans le rang cos­mique, Enn af­firme ses vel­léi­tés créa­trices… Des par­cours de ré­sis­tance pa­ral­lèles qui s’unissent pour for­mer la base d’une his­toire d’amour em­preinte de fan­tai­sie. En toile de fond : une scène punk do­mi­née par une sorte de pa­pesse ni­hi­liste, Queen Boa­di­cea.

Ni­cole Kid­man s’amuse ferme dans ce rôle, elle qui re­trouve ici son réa­li­sa­teur du su­perbe drame Trou noir (Rab­bit Hole). À ce pro­pos, les ci­né­philes es­pé­rant un film sem­blable à ce­lui-là en se­ront quittes pour une dé­cep­tion. How to Talk to Girls at Par­ties s’ins­crit plu­tôt dans la conti­nui­té des pre­miers longs mé­trages de John Ca­me­ron Mit­chell, Hed­wig and the An­gry Inch et Short­bus, tant par son es­prit an­ti­con­for­miste que par ses pré­oc­cu­pa­tions, tel l’ap­pel de la marge conju­gué au be­soin d’ap­par­te­nance.

La réa­li­sa­tion est pleine d’in­ven­ti­vi­té, la di­rec­tion pho­to est in­gé­nieuse et on dé­nombre quelques nu­mé­ros mu­si­caux élec­tri­sants.

Le film, ce­la dit, n’est pas sans dé­fauts, loin de là. On sent par­fois un cer­tain rem­plis­sage dans le scé­na­rio, dont les fils ne sont pas tous bien at­ta­chés. Le rythme est en outre fort in­égal.

Il n’em­pêche, on a du mal à ne pas sou­rire entre deux haus­se­ments de sour­cils. Bref, pas de quoi dé­chi­rer sa che­mise (de smo­king). Dans le genre co­mé­die ro­man­tique, on a vu plus conve­nu.

CINÉMA DU PARC

Alex Sharp, ac­teur is­su du théâtre, est très cré­dible dans le rôle d’Enn. C’est tou­te­fois Elle Fan­ning, en Zan, qui em­porte l’adhé­sion.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.