Les femmes ont em­pê­ché le re­ve­nu des mé­nages de re­cu­ler de­puis 40 ans

Le Devoir - - Économie - ÉRIC DESROSIERS

La longue marche des femmes vers l’éga­li­té dans le mar­ché du tra­vail est la meilleure chose qui pou­vait ar­ri­ver à l’éco­no­mie tout en­tière, comme à leur pe­tite fa­mille.

Sta­tis­tique Ca­na­da a dé­voi­lé mer­cre­di une nou­velle étude fai­sant le point sur l’évo­lu­tion du bien-être éco­no­mique des femmes au Ca­na­da. On y pré­sen­tait no­tam­ment les plus ré­centes sta­tis­tiques sur l’évo­lu­tion de la pré­sence fé­mi­nine dans le mar­ché du tra­vail, les ten­dances en ma­tière de ré­mu­né­ra­tion et la pro­por­tion d’in­di­vi­dus vi­vant sous le seuil de pau­vre­té. On y consta­tait de nou­veau que la longue marche des femmes vers l’éga­li­té est loin d’être ter­mi­née en dé­pit de ses pro­grès re­mar­quables au fil des an­nées. Il est tou­te­fois in­té­res­sant de consta­ter com­ment l’amé­lio­ra­tion du sort des tra­vailleuses a no­tam­ment pro­fi­té à leur fa­mille et à leur conjoint.

L’ex­plo­sion de la pro­por­tion des femmes âgées de 24 à 54 ans sur le mar­ché du tra­vail (de seule­ment 22% en 1950 à 82% en 2015), l’aug­men­ta­tion de la moyenne de leur nombre d’heures tra­vaillées chaque se­maine et l’amé­lio­ra­tion des programmes so­ciaux des­ti­nés aux en­fants ont fait bon­dir, en termes réels, leur re­ve­nu an­nuel moyen de plus de 80 % entre 1976 et 2015. Ce­la tombe bien, pour l’éco­no­mie en gé­né­ral, et pour le pou­voir d’achat des fa­milles en par­ti­cu­lier, puisque du­rant la même pé­riode, le re­ve­nu des hommes n’a pas avan­cé, mais re­cu­lé de 5%, en te­nant tou­jours compte de l’in­fla­tion.

Ce­la donne une idée du re­tard qu’ac­cu­saient les femmes il y a 40 ans. Ce­la ex­plique aus­si pour­quoi ces femmes, qui oc­cupent un em­ploi, comptent dé­sor­mais pour presque la moi­tié (47%) du re­ve­nu de leur pe­tite fa­mille, contre le quart seule­ment en 1976. Ce­la a per­mis, de­puis, aux mé­nages ca­na­diens de voir leur re­ve­nu mé­dian après im­pôt aug­men­ter d’un pe­tit 13% en dol­lars constants, se­lon des chiffres ob­te­nus par Le De­voir au­près de Sta­tis­tique Ca­na­da, plu­tôt que de di­mi­nuer.

La place gran­dis­sante des femmes dans le re­ve­nu fa­mi­lial aide aus­si à amor­tir les chocs éco­no­miques, ob­serve l’étude de StatCan. Un exa­men des trois der­nières ré­ces­sions montre en ef­fet que les hommes sont de trois à cinq fois plus à risque de perdre leur em­ploi en pé­riode de crise, en raison no­tam­ment de leur plus grande pré­sence dans des in­dus­tries cy­cliques, comme la construc­tion et la fa­bri­ca­tion ma­nu­fac­tu­rière, con­trai­re­ment aux femmes, qu’on re­trouve beau­coup en édu­ca­tion, en san­té et dans l’ad­mi­nis­tra­tion pu­blique. De plus, lorsque les temps se font plus dif­fi­ciles, les fa­milles ont ten­dance à amor­tir le choc en ré­dui­sant leurs dé­penses en ser­vice de garde, d’en­tre­tien mé­na­ger, de res­tau­ra­tion et autres trai­teurs, au­tant de tâches qu’as­su­me­ra ha­bi­tuel­le­ment la femme de la mai­son.

En­core du che­min à faire

Les femmes conti­nuent ce­pen­dant à tra­vailler moins d’heures par se­maine (35,5 heures) que les hommes (41,1 heures), no­tam­ment parce qu’elles s’oc­cupent plus des en­fants et des pa­rents vieillis­sants. Elles conti­nuent éga­le­ment à tou­cher un sa­laire ho­raire moindre que ce­lui des hommes (in­fé­rieur de 10% au Qué­bec et de 14% au Ca­na­da), no­tam­ment parce que les em­plois à forte pro­por­tion fé­mi­nine sont moins bien payés et à cause du re­tard pris lors­qu’elles ont des en­fants.

Ce­la se tra­duit, entre autres, par une plus grande pré­ca­ri­té fi­nan­cière lorsque les femmes ne sont pas en couple, plus du tiers des mères mo­no­pa­ren­tales vi­vant sous le seuil de faible re­ve­nu (c’était la moi­tié en 1976) contre un peu moins de 14% des pères dans la même si­tua­tion. Ce­la a un im­pact ma­jeur aus­si sur la ca­pa­ci­té des femmes à ac­cu­mu­ler de la ri­chesse en pré­vi­sion no­tam­ment de leurs vieux jours.

Si les femmes par­ve­naient en­fin à com­bler tout leur re­tard sur les hommes en ma­tière de ré­mu­né­ra­tion et de par­ti­ci­pa­tion au mar­ché du tra­vail, l’éco­no­mie ca­na­dienne ga­gne­rait 105 mil­liards par an, rap­por­tait le Globe and Mail l’an der­nier. On com­pren­drait mal, dans ce cas, que l’ob­jec­tif ne soit pas prio­ri­taire pour les gou­ver­ne­ments comme les en­tre­prises, ne se­rait-ce que pour des raisons bê­te­ment éco­no­miques.

À cet égard, un rap­port de l’OCDE re­com­man­dait l’au­tomne der­nier de re­dou­bler d’ef­forts contre la vio­lence faite aux femmes, leur re­tard sa­la­rial et le par­tage in­égal du tra­vail non ré­mu­né­ré (soins des en­fants, des pa­rents âgés, tâches do­mes­tiques…). On en ap­pe­lait, entre autres, à des congés pa­ren­taux ré­ser­vés aux pères, à plus de filles dans les fi­lières scien­ti­fiques plus lu­cra­tives, à plus de flexi­bi­li­té dans l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail et à une ana­lyse des po­li­tiques gou­ver­ne­men­tales en fonc­tion de leurs pos­sibles im­pacts sur l’éga­li­té hom­mes­femmes.

La place gran­dis­sante des femmes dans le re­ve­nu fa­mi­lial aide aus­si à amor­tir les chocs éco­no­miques

JACQUES NADEAU LE DE­VOIR

La pro­por­tion des femmes âgées de 24 à 54 ans sur le mar­ché du tra­vail a ex­plo­sé, de seule­ment 22% en 1950 à 82% en 2015.

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