Un Par­ti po­pu­laire pour les gens or­di­naires

L’ex-dé­pu­té conser­va­teur Maxime Ber­nier pré­sente of­fi­ciel­le­ment sa nou­velle for­ma­tion po­li­tique

Le Devoir - - Actualités - MA­RIE VASTEL COR­RES­PON­DANTE PAR­LE­MEN­TAIRE À OT­TA­WA

Le ton avait été don­né lors de sa dé­mis­sion du Par­ti conser­va­teur; Maxime Ber­nier a ren­ché­ri en pré­sen­tant of­fi­ciel­le­ment sa nou­velle for­ma­tion, le Par­ti po­pu­laire du Ca­na­da. Le temps de la rec­ti­tude po­li­tique est ter­mi­né, a-t-il cla­mé. L’élu beau­ce­ron veut débattre d’im­mi­gra­tion et dé­fendre ses convic­tions li­ber­ta­riennes sans se sou­cier des bien-pen­sants qui jugent ces su­jets ta­bous.

«Pen­dant trop long­temps, la po­li­tique ca­na­dienne a été prise en otage par des groupes de pres­sion, des car­tels, des lob­bies, des or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales, par les in­té­rêts d’en­tre­prises ou de syn­di­cats, et les in­té­rêts de po­li­ti­ciens et bu­reau­crates d’Ot­ta­wa dé­con­nec­tés des ci­toyens or­di­naires », a mar­te­lé l’an­cien dé­pu­té conser­va­teur en dé­voi­lant le nom et le lo­go de sa nou­velle for­ma­tion (The People’s Par­ty en an­glais). Les «an­ciens par­tis» s’adonnent à du « ra­co­lage pour ci­bler divers groupes », a-t-il dé­non­cé, et ce fai­sant di­visent les Ca­na­diens «en pe­tites tri­bus ».

Maxime Ber­nier en a no­tam­ment contre le «mul­ti­cul­tu­ra­lisme à l’ex­trême» et le «culte de la di­ver­si­té à tout prix » des li­bé­raux de Jus­tin Tru­deau. Le dé­pu­té beau­ce­ron vou­drait re­voir les ni­veaux d’im­mi­gra­tion du Ca­na­da (à 250 000 ar­ri­vées plu­tôt que 300 000), mi­ser da­van­tage sur l’im­mi­gra­tion éco­no­mique et s’as­su­rer que les nou­veaux ar­ri­vants « par­tagent nos va­leurs ». M. Ber­nier n’a pas pu ci­ter de cas pro­blèmes. Il n’a pas non plus pré­ci­sé de quelle fa­çon il fil­tre­rait les fu­turs im­mi­grants. « C’est une bonne ques­tion. Soyons ou­verts et ayons ces dis­cus­sions. »

Ces pro­pos, que Maxime Ber­nier avait aus­si te­nus plus tôt cet été, lui ont va­lu d’être trai­té de ra­ciste ou de po­pu­liste. S’il re­jette le pre­mier re­proche, il n’a rien contre le se­cond. « Il y a plu­sieurs sortes de po­pu­lisme. […] Je n’es­saie pas de faire de la po­li­tique en ex­ploi­tant des ex­trêmes de la so­cié­té. Ce que je fais, je fais de la po­li­tique, peu­têtre, de po­pu­lisme in­tel­li­gent ba­sé sur des ré­formes sé­rieuses, des ré­formes né­ces­saires au Ca­na­da, ba­sées sur des po­li­tiques pu­bliques sé­rieuses et bien “son­gées” », a-t-il plai­dé, en as­su­rant qu’il n’ac­cep­te­rait pas dans ses rangs des ci­toyens an­ti­sé­mites ou op­po­sés à toute forme d’im­mi­gra­tion. Mais le dé­bat se fe­ra, a-t-il in­sis­té, en ci­tant un son­dage An­gus Reid du mois d’août qui dé­mon­trait que 49% des Ca­na­diens veulent que les cibles d’im­mi­gra­tion fé­dé­rales soient ré­duites.

Conser­va­teurs « hy­po­crites »

Maxime Ber­nier re­prend en outre les idées po­li­tiques de sa pla­te­forme lors de la cam­pagne à la chef­fe­rie du Par­ti conser­va­teur : abo­li­tion de la ges­tion de l’offre, fin des sub­ven­tions aux en­tre­prises, ré­vi­sion de la for­mule de pé­réqua­tion, ré­duc­tion de la taille de l’État. Des en­jeux qu’il ac­cuse son an­cien par­ti de ne pas dé­fendre — même si plu­sieurs élus y croient — de peur de perdre des ap­puis au sein de l’élec­to­rat.

« Je n’ai pas be­soin de conser­va­teurs comme ça, qui sont hy­po­crites », a-t-il af­fir­mé lorsque les jour­na­listes ont no­té qu’au­cun de ses an­ciens col­lègues n’était pré­sent ven­dre­di pour ap­puyer sa nou­velle for­ma­tion. M. Ber­nier a lui aus­si sui­vi la ligne de par­ti et dé­fen­du la ges­tion de l’offre lors­qu’il était mi­nistre au gou­ver­ne­ment de Ste­phen Har­per. « Moi, c’est fi­ni de la po­li­tique comme ça », as­sure-t-il dé­sor­mais. Et même si ses po­si­tions dé­rangent, le dé­pu­té li­ber­ta­rien es­time qu’il sau­ra convaincre les élec­teurs en leur ex­pli­quant leur bien-fon­dé. «Si une idée n’est pas po­pu­laire au­jourd’hui, ça ne veut pas dire que cette idée-là n’est pas juste et vraie. »

Plu­sieurs conser­va­teurs — dont Brian Mul­ro­ney — ont ac­cu­sé leur ex-col­lègue, à la suite de son dé­part, de nuire au mou­ve­ment po­li­tique en di­vi­sant le vote de droite. « Les vrais cham­pions de la droite, les gens qui savent com­ment gé­rer l’État, qui ont une ex­pé­rience ga­gnante, comme les Ja­son Ken­ney, les Doug Ford, les Ste­phen Har­per, ils sont avec nous », a fait va­loir Gé­rard Del­tell à Ra­dio-Ca­na­da.

Maxime Ber­nier af­firme avoir ré­col­té 140 000 $ de­puis qu’il a cla­qué la porte du Par­ti conser­va­teur, il y a trois se­maines, et avoir re­çu 5000 cour­riels de ci­toyens in­té­res­sés par son par­ti. Il es­père pré­sen­ter 338 can­di­dats au scru­tin de l’an pro­chain et même bri­guer cer­taines des élec­tions par­tielles à ve­nir.

ADRIAN WYLD LA PRESSE CA­NA­DIENNE

Le dé­pu­té in­dé­pen­dant a je­té les bases du par­ti dont il se­ra le chef en ex­pli­quant avoir ar­rê­té son choix sur ce nom parce qu’il est « temps de re­mettre le pou­voir entre les mains des gens ».

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