QS veut bous­cu­ler le Qué­bec

Le Devoir - - Élections 2018 - AMÉLI PINEDA

Im­po­si­tion d’une ga­ran­tie mi­ni­male de 10 ans sur la plu­part des mar­chan­dises et taxa­tion de grands es­paces de sta­tion­ne­ment hors rue. L’heure est au chan­ge­ment de cap ra­di­cal, se­lon Qué­bec so­li­daire (QS), qui es­time qu’il n’au­ra d’autre choix que de bous­cu­ler les ha­bi­tudes des Qué­bé­cois pour me­ner une vé­ri­table lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques.

« Il y a ur­gence d’agir, ça pète de par­tout. Tout le monde le dit, même le se­cré­taire gé­né­ral de l’ONU s'en mêle. Les scien­ti­fiques le hurlent de­puis des an­nées et l’heure est à des chan­ge­ments de cap ra­di­caux. On ne peut plus y al­ler de la me­su­rette », a dit Ma­non Mas­sé, porte-pa­role de QS.

La for­ma­tion po­li­tique de gauche a lan­cé ven­dre­di « Main­te­nant ou ja­mais », un plan de tran­si­tion éco­no­mique et éco­lo­gique qu’il es­père mettre en place dès le jour 1 s’il est élu le 1er oc­tobre pro­chain.

Dans un do­cu­ment de 82 pages, QS dé­taille des me­sures à prendre d’ici 2030 pour ré­duire les gaz à ef­fet de serre (GES) de 48 % par rap­port à 1990.

« Ça va bous­cu­ler parce que ça fait un siècle que le dis­cours do­mi­nant fait croire qu’être heu­reux, c’est avoir son gros char […] Mais il y a des gens qui sont prêts à le lais­ser dans la cour [le gros char] s’il y a du trans­port en com­mun », a sou­li­gné Mme Mas­sé.

Les pro­po­si­tions de QS visent no­tam­ment à mettre fin à la crise du re­cy­clage et à amé­lio­rer la mo­bi­li­té des Qué­bé­cois.

QS en­tend même adop­ter une loi pour contrer l’ob­so­les­cence pro­gram­mée des ob­jets de consom­ma­tion. Celle-ci im­po­se­ra no­tam­ment une ga­ran­tie mi­ni­male de 10 ans sur la plu­part des mar­chan­dises ain­si qu’une ga­ran­tie de ré­pa­ra­tion à faible coût.

« On peut pen­ser aux élec­tro­mé­na­gers. Y a-t-il quelque chose à faire pour ne pas qu’on soit obli­gés d’en ache­ter des neufs dès qu’ils brisent ? Y a-t-il moyen de les rendre ré­pa­rables à faible coût ? » a de­man­dé Si­mon Tremblay-Pe­pin, can­di­dat so­li­daire dans Nel­li­gan, à Mon­tréal, et porte-pa­role en éco­no­mie.

Pour me­ner à bien son pro­jet, QS crée­ra un nou­veau mi­nis­tère res­pon­sable de la tran­si­tion éner­gé­tique dont le man­dat se­ra d’as­su­rer l’ap­pli­ca­tion du plan et de l’at­teinte des cibles de ré­duc­tion des GES. « On va fonc­tion­ner par bud­get car­bone. Chaque mi­nis­tère et or­ga­nisme qui re­lève de l’État au­ra à le res­pec­ter et le mi­nis­tère de la Tran­si­tion, sa job se­ra de s’as­su­rer que tous aient des en­li­gne­ments clairs pour ré­pondre à ces im­pé­ra­tifs », a ex­pli­qué Mme Mas­sé. D’ici 2030, QS es­time qu’il fau­dra in­ves­tir 43 mil­liards de dol­lars.

«Chan­ger de cap […] se­ra per­çu comme un sa­cri­fice par plu­sieurs », écrit la for­ma­tion po­li­tique. Pour­tant, de­vant les mé­dias, Mme Mas­sé a fait va­loir que la sé­rie de ca­ni­cules cet été a sans doute contri­bué à ce que les gens prennent conscience de l’ur­gence d’agir.

Un avis par­ta­gé par Ka­rel May­rand, di­rec­teur gé­né­ral pour le Qué­bec de la Fon­da­tion Su­zu­ki.

« C’est un plan am­bi­tieux, mais très réa­liste. Pour faire la tran­si­tion éco­lo­gique à la vi­tesse à la­quelle on a be­soin de la faire main­te­nant, c’est ça qu’il faut faire. Des gens peuvent trou­ver que c’est trop ra­pide, mais fac­tuel­le­ment, on re­trouve dans leur plan des me­sures qui ont fonc­tion­né ailleurs dans le monde », a dit M. May­rand.

Pour al­ler au bout de la dé­marche, tou­te­fois, QS croit qu’il faut faire du Qué­bec un pays. «Nous consi­dé­rons éga­le­ment qu’il faut, dès notre pre­mier man­dat, en­tre­prendre une rup­ture avec la fé­dé­ra­tion ca­na­dienne », peut-on lire à l’avant-der­nière page du livre.

« Bien en­ten­du, il y a des bouts qu’on peut faire en étant dans le Ca­na­da, [mais] pour al­ler jus­qu’au bout de tout ça, on a ef­fec­ti­ve­ment be­soin de l’en­semble de nos moyens. Tout ce qui est pi­pe­line, les ports, les voies fer­rées sont de com­pé­tence fé­dé­rale. Et si au­jourd’hui les gens sont moins in­té­res­sés par la ques­tion de l’in­dé­pen­dance, c’est parce que de­puis 1995 on n’en parle plus ou, quand on en parle, c’est pour par­ler de mé­ca­nique. Nous, on pro­pose un pro­jet de so­cié­té », a conclu Mme Mas­sé.

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