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Le Devoir - - Sommaire - GA­BRIEL ANCTIL À BANFF COL­LA­BO­RA­TEUR LE DE­VOIR

La pro­me­nade des Gla­ciers en six ta­bleaux ca­na­diens.

La pro­me­nade des Gla­ciers est ci­tée dans la presque to­ta­li­té des pal­ma­rès qui dressent la liste des plus belles routes du monde. Et avec rai­son! Sur une dis­tance re­la­ti­ve­ment courte, tra­ver­sant les parcs na­tio­naux de Banff et de Jas­per en Al­ber­ta, elle est un concen­tré de tout ce que les Ro­cheuses ca­na­diennes ont à of­frir de plus spec­ta­cu­laire. Ré­su­mé en six ta­bleaux des plus beaux pa­no­ra­mas qui illu­minent cette route my­thique.

C’est le road trip ca­na­dien in­éga­lé. Une dis­tance de 232 ki­lo­mètres à par­cou­rir entre des mon­tagnes qui percent les nuages; à ad­mi­rer des lacs tur­quoise et des lacs mi­roirs; à sa­luer des wa­pi­tis, des ours noirs et des grizz­lys; à voir dé­fi­ler des gla­ciers, des ri­vières et des chutes ma­jes­tueuses. Bref, 232 ki­lo­mètres de na­ture à l’état sau­vage et de ma­gni­fiques pay­sages qui se suc­cèdent pen­dant des heures et vous laissent à l’ar­ri­vée souf­flés par tant de beau­té. Em­bar­quez dans le char, c’est un dé­part!

Pour com­men­cer, lar­guez la très com­mer­ciale ville de Banff, em­prun­tez la Trans­ca­na­dienne en di­rec­tion nord et en­fon­cez-vous ra­pi­de­ment dans ce pays de mon­tagnes géantes et de plans d’eau mul­ti­co­lores.

La pro­me­nade des Gla­ciers dé­bute of­fi­ciel­le­ment 59 ki­lo­mètres plus loin, à l’in­ter­sec­tion de la Trans­ca­na­dienne

et de la route 93, plus mo­deste, que vous sui­vrez jus­qu’à Jas­per. C’est éga­le­ment à cet en­droit que se dé­ploie l’un des bi­joux des Ro­cheuses: le lac Louise, qu’il ne faut pour rien au monde man­quer. Ar­rêt obli­gé.

Ses eaux éme­raude à l’avant-plan et ses mon­tagnes aux pics en­nei­gés en ar­rière-plan consti­tuent l’un des pay­sages les plus pho­to­gra­phiés au pays. Pour dé­cou­vrir avec quié­tude cette par­tie du parc na­tio­nal de Banff, vous mar­chez une tren­taine de mi­nutes pour se­mer la foule de tou­ristes qui y mul­ti­plient les cli­chés à l’en­trée. Vous vous re­trou­vez alors à flanc de mon­tagne, où vous ad­mi­rez tout au long de votre mon­tée l’ho­ri­zon qui s’élar­git sans cesse, jus­qu’à s’of­frir dans sa to­ta­li­té, mon­ta­gneuse et in­fi­nie.

De nom­breux sen­tiers valent as­su­ré­ment la peine d’être par­cou­rus, dont ce­lui de la plaine des Six Gla­ciers, qui per­met de sillon­ner entre les som­mets en­nei­gés et les im­po­sants gla­ciers, jus­qu’à une char­mante mai­son de thé, bâ­tie entre 1924 et 1927 par des guides suisses, où vous pour­rez ré­cu­pé­rer. Comp­ter une jour­née pour vrai­ment ex­plo­rer cette ré­gion qui éblouit les vi­si­teurs de­puis l’inau­gu­ra­tion du parc na­tio­nal de Banff, le tout pre­mier au Ca­na­da, en 1885.

Lac Bow, re­flet du monde

Re­tour dans l’ha­bi­tacle. La voi­ture s’en­gage de nou­veau sur la route. Les nuages dé­filent sur le ca­pot. Les pay­sages se pro­jettent en Ci­né­ma­scope sur le pare-brise.

Une de­mi-heure plus au nord, vous croi­sez un mi­roir géant qui dé­double la réa­li­té. Le ciel, les nuages, les mon­tagnes et les co­ni­fères se re­flètent dans les eaux du lac Bow dans une sy­mé­trie par­faite, comme si la lour­deur du monde s’éva­nouis­sait sou­dai­ne­ment. Les traits de la na­ture en­vi­ron­nante pa­raissent plon­ger dans le li­quide im­mo­bile puis s’éti­rer jus­qu’au fond du lac. Mais il suf­fit d’un simple coup de vent sur sa lisse sur­face pour que le rêve s’en­vole et que le mi­roir éclate.

À peine six ki­lo­mètres plus loin, à 2070 mètres d’al­ti­tude, vous vous ren­dez sur le bel­vé­dère du som­met Bow, le point culmi­nant de la pro­me­nade des Gla­ciers. En forme de tête de loup, le lac Pey­to, au fond de la val­lée, donne l’im­pres­sion d’avoir été peint tel­le­ment sa cou­leur dé­tonne dans le pay­sage. L’ac­cu­mu­la­tion de sé­di­ments au fond de ses eaux, trans­por­tés par la fonte du gla­cier voi­sin, lui donne cette teinte tur­quoise qui le fait ras­sem­bler à une pe­tite mer des Ca­raïbes per­due au mi­lieu de ce pays de glace. Les eaux pures et froides du lac Pey­to se dé­versent dans la ri­vière Mis­taya, qui des­sine son long ser­pent on­du­leux que vous sui­vez des yeux entre les di­zaines de som­mets aux formes les plus di­verses qui com­plètent ce ta­bleau à 360 de­grés que vous n’êtes pas près d’ou­blier.

Le der­nier des Mo­hi­cans

La voi­ture prend son erre d’al­ler et avale les ki­lo­mètres. Votre oeil tente d’ab­sor­ber toutes les sub­ti­li­tés de ce mu­sée na­tu­rel à ciel ou­vert. Vous res­sen­tez une forte émo­tion en réa­li­sant que vous em­prun­tez le même cor­ri­dor qu’ont uti­li­sé pen­dant des mil­lé­naires les peuples amé­rin­diens qui ha­bi­taient les en­vi­rons, puis beau­coup plus tard les cou­reurs des bois et les grands ex­plo­ra­teurs. C’était la fa­çon la plus ra­pide et la plus sé­cu­ri­taire de par­cou­rir ou de tra­ver­ser cette in­ti­mi­dante fron­tière.

C’est lors de ces quelque 90 ki­lo­mètres qui re­lient le lac Pey­to au gla­cier Atha­bas­ca que vous avez la chance d’ob­ser­ver les vé­ri­tables ha­bi­tants de ce pa­ra­dis nor­dique, fi­gures cen­trales des lé­gendes amé­rin­diennes de l’Ouest ca­na­dien.

Quelques voi­tures se garent sur le bord de la route. Des cu­rieux montrent du doigt un ours noir qui s’y ba­lade non­cha­lam­ment, à la re­cherche de pe­tits fruits su­crés. Plus loin, on re­marque des che­vreuils, des wa­pi­tis, des mou­flons et même des chèvres des mon­tagnes. La chance vous sou­rit. Mais le clou du spec­tacle ani­ma­lier ré­side as­su­ré­ment dans votre ren­contre im­pro­bable avec un grizz­ly, le roi in­con­tes­té des Ro­cheuses et du conti­nent tout en­tier.

Au ki­lo­mètre 127 de la pro­me­nade, un mur de glace s’érige contre l’ho­ri­zon: le gla­cier Atha­bas­ca. Plus im­po­sante masse gla­ciaire du champ de glace Co­lum­bia, si­tué à l’en­trée du parc na­tio­nal de Jas­per, il ru­git sa nor­di­ci­té à qui veut l’en­tendre. Mal­heu­reu­se­ment, celle-ci fond et perd chaque an­née, en rai­son du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, cinq mètres sur l’en­semble de sa sur­face. Ain­si, de­puis 1850, plus de la moi­tié de son vo­lume s’est li­qué­fié, ce qui a fait re­cu­ler le mas­to­donte d’un ki­lo­mètre et de­mi. À cette vi­tesse, il pour­rait com­plè­te­ment dis­pa­raître d’ici une gé­né­ra­tion. Triste consta­ta­tion.

Vous dé­ci­dez d’ex­plo­rer le gla­cier à pied en com­pa­gnie des guides de l’Atha­bas­ca Gla­cier Ice­walks, qui vous éloignent des vi­laines cre­vasses qui peuvent at­teindre, à cer­tains en­droits, jus­qu’à qua­rante mètres de pro­fon­deur.

Au ki­lo­mètre 200, vous se­rez at­ti­rés par l’as­sour­dis­sant va­carme des chutes Atha­bas­ca. Ali­men­tée par les eaux des gla­ciers, la large ri­vière Atha­bas­ca s’y jette avec fu­reur, sur une hau­teur de 23 mètres. Plus bas, l’eau gla­ciaire pour­suit son pé­riple à tra­vers un pe­tit ca­nyon qu’elle a elle-même pa­tiem­ment sculp­té au fil du temps, jus­qu’à re­prendre son écou­le­ment tran­quille et ré­gu­lier quelques cen­taines de mètres plus loin.

Le re­tour, rêve éveillé

Après un re­pas ava­lé à Jas­per, vous dé­ci­dez de faire le tra­jet à re­bours pour re­voir tous ces pay­sages sous le dé­li­cat éclai­rage de cette fin de jour­née. Les tou­ristes ont dis­pa­ru. Les ani­maux cir­culent plus li­bre­ment. La route vous ap­par­tient. Les pics en­nei­gés prennent des teintes ro­sées. Les lacs re­flètent les rouges et les oran­gés du dé­ploie­ment du cou­chant. Le so­leil, ca­ché der­rière les mon­tagnes, illu­mine une der­nière fois leurs contours, créant des ta­bleaux nou­veaux. Vous avez l’im­pres­sion de na­vi­guer dans une peinture vi­vante. Puis vous vous dites que seule la na­ture pou­vait vous of­frir une ex­pé­rience d’une telle ri­chesse.

PHO­TOS GA­BRIEL ANCTIL

Le lac Louise, un des bi­joux des Ro­cheuses, qu’il ne faut man­quer pour rien au monde. Ar­rêt obli­gé.

Le grizz­ly, roi des Ro­cheuses

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