Ci­né­ma

Pa­nos Cos­ma­tos filme un Ni­co­las Cage sur­vol­té dans une oeuvre su­bli­me­ment bi­zarre

Le Devoir - - Sommaire - FRAN­ÇOIS LÉ­VESQUE LE DE­VOIR

Man­dy, le se­cond film de Pa­nos Cos­ma­tos, est à l’image du per­son­nage fé­mi­nin ain­si pré­nom­mé. La femme, au­tant que l’oeuvre, s’avère en ef­fet, et ce­la d’em­blée, énig­ma­tique et belle dans sa sin­gu­lière étran­ge­té. C’est une his­toire de ven­geance hal­lu­ci­née alors qu’un homme or­di­naire se mue en hé­ros my­thique, plon­geant, tel Alice, dans un cau­che­mar ba­roque où le chaos char­rie sa propre lo­gique. Il s’ap­pelle Red, et Man­dy est — était — son ai­mée. Par­tie, kid­nap­pée par un gou­rou pa­ten­té et ses sbires… Bien­tôt, mon­tagnes et fo­rêts alen­tour se­ront mises à feu et à sang.

Car d’ani­mal bles­sé, Red passe à bête san­gui­naire. Une tran­si­tion dont la vrai­sem­blance re­pose sur la ca­pa­ci­té de Ni­co­las Cage, co­mé­dien «gon­zo» s’il en fut, à rendre celle-ci na­tu­relle. Écrire que ce der­nier s’avère convain­cant tient de l’eu­phé­misme: la per­for­mance qu’il livre dans Man­dy doit être vue pour être crue.

Cos­ma­tos au­rait bâ­ti son film en fonc­tion de l’éner­gie par­ti­cu­lière de l’ac­teur qu’on ne se­rait pas sur­pris. La­quelle éner­gie, force est de le re­con­naître, a été di­la­pi­dée par la ve­dette dans des pro­duc­tions quel­conques de­puis plus long­temps que l’on sou­haite se le rap­pe­ler. Un phé­nix, tiens.

Pré­sente au dé­but puis lors de re­tours en ar­rière, An­drea Ri­se­bo­rough (la fille instable du dic­ta­teur dans La mort de Sta­line) in­carne quant à elle avec une as­su­rance en­voû­tante la mys­té­rieuse Man­dy.

Es­thé­tique ré­tro

En dé­pit des éloges cri­tiques re­çus en fes­ti­vals, Man­dy n’est pas pour tout le monde. L’at­mo­sphère est hyp­no­tique, im­mer­sive — on plonge avec Red au creux du pro­ver­bial ter­rier, psy­ché­dé­lisme in­clus. Or, l’ac­tion cam­pée en 1983 est ré­gie par un mou­ve­ment d’en­semble in­ha­bi­tuel.

Des mo­ments de lan­gueur qua­si contem­pla­tive se res­serrent jus­qu’à en­gen­drer une ten­sion in­te­nable, voire se soldent par des érup­tions de vio­lence dé­bri­dée. Jaillit l’hé­mo­glo­bine alors que Red abat son cour­roux sur les membres de la secte, mais aus­si sur les êtres pos­si­ble­ment dé­mo­niaques in­vo­qués par leur lea­der.

On le pré­cise, l’an­née choi­sie par le scé­na­riste et réa­li­sa­teur ne sert pas de pré­texte à une dé­bauche de ré­fé­rences au ci­né­ma d’hor­reur (et à la culture po­pu­laire) des an­nées 1980 comme c’est sou­vent le cas au sein du genre de­puis quelques an­nées dé­jà. En l’oc­cur­rence, le pre­mier film de Pa­nos Cos­ma­tos, le tout aus­si dé­rou­tant Beyond the Black Rain­bow, se dé­roule éga­le­ment en 1983.

À cette pé­riode spé­ci­fique le ci­néaste em­prunte sur­tout, en la ma­gni­fiant, une es­thé­tique ré­tro; une cer­taine naï­ve­té dra­ma­tique, aus­si. Man­dy, comme son pré­dé­ces­seur, est à cet égard d’abord un gros « trip for­mel». Et de fait, l’ar­gu­ment ap­pa­raît un brin mince, tout bien con­si­dé­ré, pour jus­ti­fier les deux heures du film, r ythme in­usi­té ou pas. On a beau être tour à tour in­tri­gué et cap­ti­vé par ce que l’on voit, ja­mais n’est-on in­vi­té à ré­flé­chir au-de­là de l’image, ou si peu.

À sa dé­charge, l’au­teur ne semble pas nour­rir de telles vel­léi­tés: ce qui se trouve sur l’écran est ce qu’il a à of­frir, et il s’agit pour le compte d’une vi­sion ma­cabre suf­fi­sam­ment ori­gi­nale pour se suf­fire à elle-même.

À terme, pour peu que l’on soit ré­cep­tif à ce type d’as­saut des sens, Man­dy vaut lar­ge­ment le coup d’oeil. En at­ten­dant da­van­tage de sub­stance, on ne peut que le sou­hai­ter, de la part d’un ci­néaste très doué.

Man­dy (V. O.)

★★★ 1/2

Hor­reur de Pa­nos Cos­ma­tos. Avec Ni­co­las Cage, An­drea Ri­se­bo­rough, Li­nus Roache. États-Unis, 2018, 121 mi­nutes.

ELEVATION PIC­TURES

D’ani­mal bles­sé, Red passe à bête san­gui­naire. Une tran­si­tion dont la vrai­sem­blance re­pose sur la ca­pa­ci­té de Ni­co­las Cage à rendre celle-ci na­tu­relle.

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