Vin

Le Devoir - - Sommaire - JEAN AU­BRY COL­LA­BO­RA­TEUR LE DE­VOIR

Le tur­bu­lent vi­gne­ron gailla­cois Pa­trice Les­ca­ret m’a dit un jour qu’après des études en oe­no­lo­gie, l’im­por­tant était d’en sor­tir. De désap­prendre, en quelque sorte, pour ne pas s’en­fer­mer dans un moule trop conven­tion­nel. Le même pro­pos pour­rait aus­si être te­nu par le Basque Tel­mo Ro­dri­guez, qui avait lui-même ap­pris, de la bouche de ses pro­fes­seurs bor­de­lais (j’ai vé­cu exac­te­ment la même si­tua­tion…), qu’il ne se fai­sait rien de va­lable au sud des li­mites du dé­par­te­ment de la Gi­ronde. C’est bien connu, tout le monde sait ça: Bor­deaux est le centre du monde!

Mais voi­là, Tel­mo, à l’image de Les­ca­ret et de l’Es­pa­gnol Al­va­ro Pa­la­cio, est de cette race d’oe­no­logues qui n’en sont pas. Il se­rait plu­tôt du type ex­plo­ra­teur de contrées, de ces agré­ga­teurs de cultures qui re­font re­vivre des pa­tri­moines an­ciens, de ces vi­sion­naires qui voient l’ave­nir en gla­nant le meilleur du pas­sé pour mieux se dé­cou­vrir dé­cou­vreurs ; dé­cou­vreurs, oui, mais cette fois des ta­lents que re­cèlent les vi­gnobles.

De­puis 1994, Ro­dri­guez a es­sai­mé en An­da­lou­sie, en Rio­ja, en Cas­tille Leon comme du cô­té de Va­lence, mais c’est dans la Ga­lice in­té­rieure qu’il se concentre au­jourd’hui en four­nis­sant au go­del­lo, au men­cia, mais aus­si et sur­tout à une bat­te­rie de cé­pages an­ciens sou­vent com­plan­tés dans le vi­gnoble, une jo­lie paire d’ailes pour s’éle­ver au-des­sus de la mê­lée.

Sur 80 hec­tares dé­cou­pés à même un patch­work de 360 par­celles, l’homme y taille des vins sty­lés très purs sous le cou­vert d’une agri­cul­ture bio­lo­gique res­pon­sable mais aus­si érein­tante, comme en té­moigne ce mil­lé­sime 2018 où l’oï­dium l’a confi­né presque jour et nuit au vi­gnoble. Au fi­nal, le prix du rai­sin au ki­lo s’af­fiche quatre ou cinq fois plus cher qu’à Bor­deaux!

Pour une mise en bouche, évi­dem­ment que le blanc Ga­ba do Xil 2017 (21,60$ – 11896113) à base de go­del­lo est in­con­tour­nable en rai­son de sa bouche nette, franche, sai­sis­sante et di­geste (5) ★★★ tout comme, en rouge, la ver­sion Men­cia 2016 Ga­ba do Xil (19,80$ – 11861771) au frui­té fram­boi­sé et épicé, tendre et vi­vace à la fois (5) ★★★.

Tou­jours en Ga­lice in­té­rieure, plus spé­ci­fi­que­ment du cô­té de Val­deor­ras, trois autres cu­vées dans le mil­lé­sime 2015, mais confi­den­tielles cette fois, se­ront mises sur le mar­ché, à sa­voir Fal­coei­ra «A Ca­pilla», As Ca­bor­cas, et O Di­vi­so. Le prix? 77,25$, soit exac­te­ment 47$ de moins que Le Pauillac de Châ­teau La­tour 2012. Avec une telle tri­lo­gie de vi­gnobles pour des vins qui af­fichent une race in­dé­niable, pour­quoi s’at­tar­de­rait-on à un vin «ré­gio­nal» de la Rive Gauche dont le réel

pe­di­gree s’af­fiche plus sur l’éti­quette que dans la bou­teille en ques­tion? Je vous laisse ré­flé­chir à ce­la !

À grap­piller pen­dant qu’il en reste

Mon­ta­gny «Buis­son­nier» 2015, Vi­gne­rons de Buxy, Bour­gogne, France (18,65 $ – 12866291). Cette cave livre ici dans ce mil­lé­sime so­laire et gé­né­reux l’ex­pres­sion d’un char­don­nay qui non seu­le­ment offre beau­coup, mais qui sug­gère aus­si un lieu, une ori­gine pré­cise. Bien sec mais pour­vu de ron­deur, il dé­cline une sa­li­ni­té per­cep­tible qui lui donne des ailes et un équi­libre ma­ni­feste. À ce prix, du bon bour­gogne à se mettre sous la dent. Ce qui est rare! (5) ★★★

Châ­teau Du­casse 2016, Bor­deaux Blanc, France (20,95 $ – 13477959). Que voi­là un bon verre de bor­deaux blanc! Net, dé­li­cat, pré­cis, bien éle­vé sous le cor­set de bar­riques non contrai­gnantes, ce blanc sec donne le ton, avec élé­gance et ci­vi­li­té. Et di­geste avec ça. (5) © ★★★ Vou­vray 2016, Sé­bas­tien Bru­net, Loire, France (26,95 $ – 13672308). Sé­bas­tien Bru­net laisse le che­nin blanc libre de vo­ler de ses propres ailes à l’in­té­rieur d’un cor­ri­dor aé­rien qui le main­tient tout de même à l’in­té­rieur de son in­té­gri­té mi­né­rale d’ori­gine, sans le moindre ar­ti­fice ni conces­sion. La pu­re­té est ma­ni­feste der­rière une ten­sion qui nour­rit, ac­tive et pro­longe la fi­nale. Très li­gé­rien tout ça, à mille lieues d’un che­nin éta­su­nien ou sud-afri­cain. (5+) © ★★★ 1er fé­vrier Châ­teau Ma­ris «Les Pla­nels» 2014, Cru La Li­vi­nière, Lan­gue­doc, France (27,55$ – 13075474). Des sy­rahs comme celle-là, mises en ex­pres­sion par la lu­ci­di­té d’une agri­cul­ture bio­lo­gique d’ap­point et ven­dues à ce prix d’ami, moi, je dis qu’il faut en faire pro­vi­sion. Car ja­mais, comme avant, cette idée de «cru» rat­ta­chée au mot d’ori­gine «Li­vi­nière» ne trouve au­tant son sens que dans cette en­ti­té par­cel­laire. La pu­re­té et la fi­nesse du pro­pos étonnent, au nez comme en bouche, avec ce soyeux de tex­ture qui fait en­core une fois tout bas­cu­ler pour mieux faire rê­ver. Bref, ce cru a du sens, une ori­gine et sur­tout une di­rec­tion. Sans ou­blier un charme in­dé­niable. (5+) © ★★★★

C’est dans la Ga­lice in­té­rieure que Tel­mo Ro­dri­guez se concentre au­jourd’hui, en four­nis­sant au go­del­lo, au men­cia, mais aus­si et sur­tout à une bat­te­rie de cé­pages an­ciens sou­vent com­plan­tés dans le vi­gnoble, une jo­lie paire d’ailes pour s’éle­ver au-des­sus de la mê­lée

JEAN AU­BRY

Tel­mo Ro­dri­guez est un dé­cou­vreur, oui, mais cette fois des ta­lents que re­cèlent les vi­gnobles.

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