Les em­ployeurs qué­bé­cois veulent plus de tra­vailleurs étran­gers tem­po­raires

Le Devoir - - ÉCONOMIE - ÉRIC DES­RO­SIERS

Les en­tre­prises qué­bé­coises comptent sur l’aug­men­ta­tion du nombre de tra­vailleurs étran­gers tem­po­raires pour les ai­der à faire face à la ra­re­té de maind’oeuvre et com­pen­ser la ré­duc­tion du nombre d’im­mi­grants or­di­naires par le gou­ver­ne­ment Le­gault.

« On a be­soin d’un plan d’ur­gence », a dé­cla­ré la vice-pré­si­dente et por­te­pa­role pour le Qué­bec de la Fé­dé­ra­tion ca­na­dienne de l’en­tre­prise in­dé­pen­dante (FCEI), Mar­tine Hé­bert, à propos de la ra­re­té de main-d’oeuvre lors d’une confé­rence de­vant la sec­tion mont­réa­laise de l’As­so­cia­tion des éco­no­mistes qué­bé­cois, ven­dre­di. Pre­nant acte de la vo­lon­té du nou­veau gou­ver­ne­ment de Fran­çois Le­gault de ré­duire le nombre d’im­mi­grants re­çus le temps d’amé­lio­rer ses règles de sé­lec­tion et ses mé­ca­nismes d’in­té­gra­tion, la FCEI vou­drait qu’entre-temps Qué­bec ac­cueille sans plus at­tendre plus de tra­vailleurs étran­gers tem­po­raires (TET).

Les as­so­cia­tions pa­tro­nales ca­na­diennes font dé­jà pres­sion sur Ottawa pour qu’il as­sou­plisse les règles qui avaient été res­ser­rées en la ma­tière par le gou­ver­ne­ment conser­va­teur de Ste­phen Har­per après que des com­pa­gnies ont abu­sé du sys­tème, a ex­pli­qué Mar­tine Hé­bert. Qué­bec dis­pose ce­pen­dant dé­jà d’une cer­taine sou­plesse qui lui per­met­trait de lan­cer toutes sortes de « pro­jets pi­lotes » dans plu­sieurs ré­gions et sec­teurs in­dus­triels. En plus de com­pen­ser au moins une par­tie du manque de tra­vailleurs, une telle ap­proche au­rait l’avan­tage de faire ve­nir ra­pi­de­ment des tra­vailleurs étran­gers qui cor­res­pondent mieux aux vé­ri­tables be­soins des en­tre­prises que les im­mi­grants ac­tuels, sou­vent trop qua­li­fiés.

La FCEI n’est pas la seule à faire cette de­mande. À la suite de l’an­nonce par Qué­bec lun­di de la ré­duc­tion du nombre d’im­mi­grants de plus de 50 000 à 40 000 l’an pro­chain, le Con­seil du pa­tro­nat du Qué­bec en a ap­pe­lé à une hausse « sub­stan­tielle » du nombre de TET et a dit sou­hai­ter que ces der­niers soient ai­dés en­suite à de­ve­nir ré­si­dents per­ma­nents. Ces tra­vailleurs se­raient utiles aus­si bien dans les sec­teurs habituels, comme l’agroa­li­men­taire et l’hô­tel­le­rie, que dans ceux de la fa­bri­ca­tion et de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, avait alors as­su­ré au De­voir le p.-d.g. de la Fé­dé­ra­tion des chambres de com­merce du Qué­bec, Sté­phane For­get.

Le gou­ver­ne­ment de la CAQ et son mi­nistre de l’Im­mi­gra­tion se sont d’ailleurs mon­trés ou­verts à l’idée, Si­mon Jo­lin-Ba­rette di­sant mer­cre­di vou­loir «mi­ser sur l’ap­port des tra­vailleurs étran­gers tem­po­raires afin de ré­pondre ra­pi­de­ment aux be­soins du marché du tra­vail ». Ce der­nier a alors es­ti­mé à 40 000 le nombre de tra­vailleurs tem­po­raires au Qué­bec.

Plus nom­breux et par­fois abu­sés

Le De­voir rap­por­tait ven­dre­di que les gou­ver­ne­ments manquent de sta­tis­tiques ré­centes, mais que plu­sieurs or­ga­nismes d’aide sur le ter­rain ob­servent dé­jà une aug­men­ta­tion du nombre de tra­vailleurs tem­po­raires de­puis au moins dix-huit mois. Mais sur­tout, ces or­ga­nismes dé­plo­raient aus­si le manque de ser­vices et les nom­breux abus dont sont vic­times ces tra­vailleurs.

« Ces cas sont ex­trê­me­ment dé­plo­rables et condam­nables, mais je ne crois pas que ce­la re­flète la réa­li­té de la ma­jo­ri­té des gens, a com­men­té au De­voir ven­dre­di Mar­tine Hé­bert. Moi, ce que j’ai vu au contraire, ce sont des tra­vailleurs qui sont très ap­pré­ciés et même bi­chon­nés par les em­ployeurs parce qu’ils en ont ter­ri­ble­ment be­soin et qu’ils veulent les gar­der. »

En ré­ac­tion à des his­toires d’abus, la FCEI a dé­jà dit, dans le pas­sé, que les em­ployeurs pris en faute de­vraient se voir re­ti­rer le droit d’en­ga­ger des tra­vailleurs tem­po­raires pour au moins quelques an­nées, a-t-elle pour­sui­vi. La FCEI a aus­si pro­po­sé que l’on charge les or­ga­nismes com­mu­nau­taires en em­ploya­bi­li­té lar­ge­ment pré­sents sur le ter­rain de dé­fendre les droits de ces tra­vailleurs et d’ai­der à leur in­té­gra­tion.

JACQUES NA­DEAU LE DE­VOIR

Les tra­vailleurs étran­gers tem­po­raires se­raient utiles aus­si bien dans les sec­teurs habituels, comme l’agroa­li­men­taire et l’hô­tel­le­rie, que dans ceux de la fa­bri­ca­tion et de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle.

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