Splen­deurs et mi­sères de ce monde

Pas de quoi faire la ré­vo­lu­tion, mais un ci­né­ma sur les re­mous du pas­sé, et du pré­sent

Le Devoir - - RENTRÉE CULTURELLE / CINÉMA D’AILLEURS - AN­DRÉ LA­VOIE COL­LA­BO­RA­TEUR LE DE­VOIR

Les cinéastes ne sont ni jour­na­listes ni his­to­riens, mais plu­sieurs té­moignent des an­goisses de nos contem­po­rains ou illus­trent les tu­multes de l’his­toire. Cé­dant par­fois à la lour­deur de la thèse, ils ne rendent pas tou­jours ser­vice au sep­tième art, mais au cours des pro­chains mois, cer­tains films ins­pi­rants, prin­ci­pa­le­ment tour­nés en Eu­rope, se pro­filent à l’ho­ri­zon. Avec, ici et là, quelques plages de lé­gè­re­té.

Rien de lé­ger dans les am­bi­tions de Pierre Schoel­ler, dé­ter­mi­né à em­bras­ser les an­nées les plus dé­ter­mi­nantes de l’his­toire de France, de la prise de la Bas­tille en 1789 à l’exé­cu­tion de Louis XVI en 1793. Dans Un peuple et son roi (18 jan­vier), il convie une foule d’ac­teurs so­lides (dont De­nis La­vant) pour cette re­lec­ture his­to­rique, que l’on qua­li­fie d’am­bi­tieuse, mais aus­si de dis­per­sée.

Le XXe siècle a aus­si connu sa large part de re­mous et de mi­sères, avec sou­vent le con­tinent eu­ro­péen comme épi­centre des ca­tas­trophes. Les hor­reurs du na­zisme n’ont pas été dis­soutes une fois l’Al­le­magne sé-

pa­rée en deux après la Deuxième Guerre mon­diale. Flo­rian Hen­ckel von Don­ners­marck, fi­na­le­ment re­mis de sa mésa­ven­ture hol­ly­woo­dienne (The Tou­rist) après le suc­cès in­ter­na­tio­nal de La vie des autres, re­vient en­fin dans son pays na­tal avec Ne­ver Look Away (1er mars) pour ex­plo­rer les re­mous in­té­rieurs d’un ar­tiste sous l’em­prise du com­mu­nisme pas­sé à l’Ouest, mais han­té par d’hor­ribles se­crets de fa­mille.

Bien que Ca­phar­naüm (1er fé­vrier) em­prunte le ton de la fable, c’est le Bey­routh d’au­jourd’hui qu’ob­serve Na­dine La­ba­ki (Ca­ra­mel), ce­lui des bas-fonds et des en­fants dans la mi­sère. Un d’entre eux a même dé­ci­dé de traî­ner au tri­bu­nal ses pa­rents, les ac­cu­sant de l’avoir pa­ra­chu­té, sans son con­sen­te­ment, dans un monde pour­ri. L’en­fance ap­pa­raît d’ailleurs tout aus­si meur­trie dans Grâce à Dieu (5 avril), de Fran­çois Ozon, où les scan­dales de pé­do­phi­lie au sein de l’Église ca­tho­lique sont abor­dés avec une grande fran­chise. Le com­bat est me­né par Mel­vil Pou­paud dans la peau d’une an­cienne vic­time qui re­noue mal­gré lui avec son agres­seur, pro­té­gé de­puis des dé­cen­nies par ses su­pé­rieurs.

Grand ob­ser­va­teur des ra­vages de la cor­rup­tion, Mat­teo Gar­rone (Go­mor­ra) ra­dio­gra­phie à nou­veau l’Ita­lie d’au­jourd’hui, cette fois à tra­vers un amou­reux des ani­maux, par­ti­cu­liè­re­ment des chiens. Avec Dog­man (3 mai), il ex­pose les des­sous sor­dides d’un homme ap­pa­rem­ment sans his­toire, ir­ré­pro­chable, s’en­fon­çant peu à peu dans un cau­che­mar d’une vio­lence in­ouïe. Heu­reu­se­ment que d’autres veulent bous­cu­ler les choses, comme cette mi­li­tante éco­lo­giste dans Wo­man at War (22 mars), de l’Is­lan­dais Be­ne­dikt Er­ling­sson, mais dont les plans risquent de chan­ger à l’heure de pou­voir adop­ter — ou pas — un en­fant.

La fa­mille ap­pa­raît d’ailleurs dans ses états les plus dou­lou­reux, aus­si bien dans Mon gar­çon (26 avril), de Chris­tian Ca­rion, sur la quête déses­pé­rée d’un père (Guillaume Ca­net) pour re­trou­ver son fils, que dans Un amour im­pos­sible (8 fé­vrier), de Ca- the­rine Cor­si­ni, sur une femme aban­don­née par l’homme qu’elle l’aime après qu’elle lui a an­non­cé qu’elle est en­ceinte, sur fond de conser­va­tisme des an­nées 1950.

Pour plus de lé­gè­re­té, on pour­ra au­tant lor­gner du cô­té de Jean-Paul Rouve avec son por­trait de fa­mille dys­fonc­tion­nelle (Lo­la et ses frères, 25 jan­vier) que de ce­lui de Da­niel Au­teuil, lui aus­si de­vant et der­rière la ca­mé­ra avec Amou­reux de ma femme (1er fé­vrier), re­nouant éga­le­ment avec une star, l’im­pré­vi­sible Gé­rard De­par­dieu.

MK2 MILE END

La fa­mille ap­pa­raît dans ses états les plus dou­lou­reux dans Mon gar­çon, de Chris­tian Ca­rion, sur la quête déses­pé­rée d’un père (Guillaume Ca­net) pour re­trou­ver son fils.

MÉ­TRO­POLE FILMS

Wo­man at War de l’Is­lan­dais Be­ne­dikt Er­ling­sson

MÉ­TRO­POLE FILMS / MK2 MILE END

Pho­to du haut: Ca­phar­naüm, de Na­dine La­ba­ki. Pho­to du bas: Un peuple et son roi, de Pierre Schoel­ler.

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