Le re­tour né­ces­saire de l’ex­tra­or­di­naire

De Brach à Ri­vard, le mot d’ordre est de faire dif­fé­rem­ment, avec al­liances à la clé

Le Devoir - - RENTRÉE CULTURELLE / SPECTACLE - SYL­VAIN COR­MIER

La sai­son se­ra évé­ne­men­tielle ou ne se­ra pas. On en est là. Plus le choix, faut en faire plus. Faire au­tre­ment. Dif­fé­rem­ment. À une époque où le lan­ce­ment d’al­bum et la pre­mière de spec­tacle se sont « ma­riés obli­gés », comme di­saient mes aïeux, il y a une li­mite à ré­tré­cir une peau dé­jà cha­gri­née. Fu­sion­ner en­core, on plon­ge­rait dans un trou noir.

Alors quoi? Alors Boum Dang Sang­sue ! À sa­voir: Phi­lippe Brach à la Mai­son sym­pho­nique en mars, avec l’Or­chestre de l’Ago­ra di­ri­gé par Ni­co­las El­lis. Un spec­tacle où il y au­ra du Pou­lenc et aus­si tout le conte­nu de l’al­bum Le si­lence des trou­peaux, en jux­ta­po­si­tion et en col­li­sion. Alors quoi ? Alors la belle fo­lie, alors le pou­voir de l’ima­gi­na­tion, alors un ma­riage qui ex­plose au lieu de fu­sion­ner: l’in­ima­gi­nable à la ren­contre de l’im­pos­sible.

Alors Serge Fio­ri, seul en­semble, avec le Cirque Éloize, tout mars du­rant au Saint-De­nis et ailleurs en­suite: une ré­in­ven­tion des ar­ran­ge­ments du meilleur de Fio­ri par Fio­ri, sous la pous­sée ir­ré­sis­tible de LouisJean Cor­mier, pour don­ner des ailes aux acro­bates: oui, nous pro­met-on, Comme un sage, on mon­te­ra dans les nuages, et on ver­ra le pay­sage.

Alors Mi­chel Ri­vard à La Li­corne du 2 au 17 avril, avec un spec­tacle in­ti­tu­lé L’ori­gine de mes es­pèces, un théâtre mu­si­cal en so­li­taire. Pas une re­vi­site des im­mor­telles (avec et sans le-groupe-que-vous-sa­vez), mais bien plu­tôt un ap­pro­fon­dis­se­ment — en chan­sons, en say­nètes, en mo­no­logues, en Dieu sait quoi — des élé­ments consti­tu­tifs de l’homme et du créa­teur. Quelque chose comme le Spring­steen à Broad­way, se dit-on, mais fa­çon Fly­bin.

Alors Ro­bert Char­le­bois, qui an­non­çait à la fin de 2018 le spec­tacle Ro­bert en Char­le­boisS­cope, une sorte de Su­per­chi­pe­lar­go pour le XXIe siècle, avec le con­cours de boîtes mul­ti­mé­dias (4U2C, Cham­pagne club sand­wich): rien que l’af­fiche éblouit. Il fau­dra at­tendre les Fran­cos, en juin, pour dé­cou­vrir ça, mais c’est d’ores et dé­jà évé­ne­men­tiel.

Mais en­core ? C’est fou à quel point, grand dé­ploie­ment ou pe­tits moyens, les ar­tistes ont trou­vé les tru­che­ments par les­quels ac­com­plir leurs dé­si­rs (et sa­tis­faire les nôtres). Pre­nez la chan­teuse De­nise Bi­ron et le pia­niste Alain Le­comte : leur spec­tacle Toi, Bé­caud et moi, que j’ai vu en avant-pre­mière à Val­ley­field (et qui se­ra pré­sen­té fin mars au Lion d’Or), tri­cote tant et si bien les connues et mé­con­nues du Gil­bert que l’on a l’im­pres­sion d’en pos­sé­der le garde-robe, de s’ha­biller avec les mots, les émo­tions, l’âme. Les spec­tacles-hom­mage sont sou­vent dé­ce­vants: ce­lui-ci est émi­nem­ment ra­fraî­chis­sant.

Dans la langue du com­merce, on dé­cri­rait ain­si la sai­son: offre bo­ni­fiée. Voyez les Barr Bro­thers, qui se­ront au Co­ro­na trois soirs consé­cu­tifs. « An al­bum eve­ry night », voi­là la pro­po­si­tion. L’épo­nyme en in­té­grale le 7 mars, Slee­ping Ope­ra­tor le 8, et Queen of the Brea­kers le 9. Voyez Nick Ma­son, le bat­teur de Pink Floyd, qui a eu en­vie de re­plon­ger dans la psy­ché­dé­lie de ses dé­buts et qui s’amè­ne­ra à Wil­frid avec un groupe ad hoc, le bien nom­mé Nick Ma­son’s Sau­cer­ful of Se­crets. Voyez Ja­son Ba­ja­da, qui fê­te­ra les dix ans de l’al­bum Lo­ve­shit.

Voyez tous ces spec­tacles nés d’al­liances heu­reuses, que l’on ver­ra ou que l’on re­ver­ra dans les mois qui viennent : La Re­narde, sur les traces de Pau­line Ju­lien ; Entre vous et nous, avec

Luce Du­fault, Ma­rie-Élaine Thi­bert, Mar­tine St-Clair et Ma­rie-Mi­chèle Des­ro­siers ; We Love Be­la­fonte, la fête ca­lyp­so fo­men­tée par Flo­rence K et ses in­vi­tés; Mi­chel Fu­gain, la cau­se­rie mu­si­cale, entre spec­tacle et ren­contre; notre Pag na­tio­nal avec l’OSM.

Alors tout ça. Et des lan­ce­ment s spec­tacles, bien sûr, et quelques au­then­tiques pre­mières (Ariane Mof­fatt au MTe­lus, par exemple, avec Les Louanges en ou­ver­ture), et les 20 ans du fes­ti­val Mon­tréal en lu­mière (pro­gram­ma­tion com­plète à ve­nir), et en­core et tou­jours de la grosse vi­site (To­ni Brax­ton, Alan Par­sons Live Pro­ject, KISS, Mum­ford & Sons, Muse, le dou­blé Wee­zer-Pixies, Aria­na Grande, P!NK), ce qui n’est pas rien. Les tour­nées qué­bé­coises d’Ed­dy de Pret­to et de Jain, ça fe­ra aus­si notre prin­temps. Certes vais-je cé­lé­brer à L’As­tral le re­tour de mon groupe fé­tiche Whi­te­horse.

N’em­pêche que c’est à Rouyn qu’on au­ra vrai­ment en­vie d’être, fin mai, avec Ri­chard Des­jar­dins et l’Or­chestre sym­pho­nique ré­gio­nal de l’Abi­ti­bi-Té­mis­ca­mingue, di­ri­gé par Jacques Mar­chand, dans le cadre du Fes­ti­val des gui­tares du monde, 15e du nom: ce se­ra dif­fé­rent du spec­tacle créé en 2004, c’est cer­tain, mais à quel point? Les spec­ta­teurs seuls en té­moi­gne­ront: c’est ain­si. La­pa­lis­sade jus­ti­fiée: pour vivre ces soi­rées hors de l’or­di­naire, il fau­dra im­pé­ra­ti­ve­ment se dé­pla­cer.

PHO­TOS MA­RIE-FRANCE COAL­LIER LE DE­VOIR

Pho­to de gauche : Phi­lippe Brach se­ra à la Mai­son sym­pho­nique en mars, avec l’Or­chestre de l’Ago­ra di­ri­gé par Ni­co­las El­lis. Page de droite : on pour­ra voir ou re­voir La Re­narde, sur les traces de Pau­line Ju­lien.

ANNIK MH DE CARUFEL LE DE­VOIR

Mi­chel Ri­vard pré­sen­te­ra à La Li­corne en fé­vrier un spec­tacle in­ti­tu­lé L’ori­gine de mes es­pèces.

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