À l’ombre du ce­ri­sier en fleur

Un res­tau­rant néo­ja­po­nais et beau­coup de su­perbes sa­kés

Le Devoir - - VIVRE - JEAN-PHI­LIPPE TASTET COL­LA­BO­RA­TEUR LE DE­VOIR

Par­fois, après une vi­site, j’at­tends quelques jours avant d’écrire. Gé­né­ra­le­ment, c’est une in­di­ca­tion que ce n’était pas mau­vais, mais que rien non plus ne m’a pa­ru ren­ver­sant.

Mes notes de table sont ran­gées dans la po­chette «À faire» et je laisse re­po­ser le tout, at­ten­dant que l’ins­pi­ra­tion vienne. Si elle ne vient pas, je re­tourne gri­gno­ter quelque chose, seul. Et là, en prin­cipe, elle vient. À ce Blos­som, elle est ef­fec­ti­ve­ment ar­ri­vée.

Le Blos­som («fleur», dans la langue de Sha­kes­peare) est ce jo­li res­tau­rant ja­po­nais ins­tal­lé au coin de la rue Am­herst et du bou­le­vard De Mai­son­neuve. L’en­droit au­rait pu s’ap­pe­ler Le Cher­ry Blos­som («fleur de ce­ri­sier», dans la langue de Sha­kes­peare) puisque, en plein mi­lieu du res­tau­rant, trône un im­mense ce­ri­sier en fleur. C’est très mi­gnon, très rose, très ins­ta­gram­mable sans doute aus­si.

Une se­maine après ma vi­site, en com­pa­gnie de ma pro­mise et de Mme et M. de la Béar­naise, c’était sur­tout ce dont je me sou­ve­nais. Vous me di­rez que c’est un peu juste pour une cri­tique de res­tau­rant. Je vous di­rai que vous avez bien rai­son, d’où ma deuxième vi­site. Pour être tout à fait hon­nête, je me sou­ve­nais aus­si de la qua­li­té du ser­vice; de jeunes gens hi­la­rants et très al­lu­més, don­nant de bon­nes in­for­ma­tions et des conseils éclai­rés.

Dans les as­siettes, ces pe­tites choses que l’on nous sert en guise de ja­po­ne­ries et qui font fré­mir les Ja­po­nais en vi­site hors du pays du So­leil le­vant. Ça en prend beau­coup pour faire fré­mir un(e) ho­no­rable Nip­pon(e), mais lors­qu’on a goû­té la vraie cui­sine ja­po­naise dans toute sa sub­ti­li­té, on com­prend que ces pe­tites choses-là puissent faire fré­mir.

Le chef du Blos­som, Van Am­tel, sert donc prin­ci­pa­le­ment des ma­kis; quelques ni­gi­ris et sa­shi­mis et deux ou trois lou­fo­que­ries pour la mai­son, os­so bu­co, bour­gots à l’ail et autre fi­let mi­gnon de boeuf.

Trois pe­tites choses pour dé­bu­ter: une soupe mi­so dans sa ver­sion clas­sique, pâte de mi­so, algues, to­fu, ser­vie dans une jo­lie bo­li­nette, elle est de bon au­gure; une de­mi­dou­zaine de ta­koya­kis, bou­lettes de pâtes far­cies de pieuvre et ac­com­pa­gnées d’une mayon­naise lé­gè­re­ment épi­cée et de fins co­peaux d’algue no­ri et en­fin quelques gyo­zas, cette suc­cu­lente ver­sion ja­po­naise des ra­vio­lis, au ca­nard, oi­gnon ca­ra­mé­li­sé et shii­ta­ké.

On en­chaîne avec quatre ba­bioles di­ver­tis­santes aux in­ti­tu­lés tout aus­si ri­go­los : Bub­ba shrimp (cre­vette tem­pu­ra, pé­toncle, avo­cat, concombre, shi­so, iku­ra, ja­la­pe­no, yu­zu et sauce una­gi), La vie en rose (mangue, concombre, avo­cat, ca­rotte, sauce una­gi et crème de bet­te­rave), O.G. (sau­mon, tem­pu­ra, concombre, avo­cat, mayon­naise épi­cée et sauce una­gi) et Arc-en-ciel (sau­mon épi­cé, thon, pois­son blanc tem­pu­ra, yu­zu).

La cin­quième, Ka­mi­kaze au sau­mon (sau­mon, concombre, avo­cat, ma­sa­go rouge et tem­pu­ra), manque mal­heu­reu­se­ment de la té­mé­ri­té de ces guer­riers fa­na­tiques et heu­reu­se­ment de leur té­mé­ri­té sui­ci­daire. On n’est pas obli­gés.

Fin connais­seur, mon ami Georges fait ve­nir un pou­let ka­raage, ce pou­let frit tra­di­tion­nel ja­po­nais; de dé­li­cieuses bou­chées de pou­let préa­la­ble­ment pas­sées dans une ma­ri­nade de sauce soya, de gin­gembre et de sa­ké doux et en­ro­bées d’un mé­lange de fa­rine et de fé­cule de pomme de terre avant d’être je­tées dans un bain d’huile.

Le plat le plus in­té­res­sant est sans au­cun doute ce ma­ki in­ti­tu­lé Dans l’oeil du dra­gon. Un mé­lange de crabe (en fait, il s’agis­sait de go­berge), de sau­mon et de sau­mon fu­mé. Le tout est re­le­vé d’écha­lote, d’un peu de mousse de sau­mon fu­mé et d’une pin­cée de tout pe­tits oeufs de pois­son.

Le rou­leau, en­ro­bé d’algue no­ri elle-même re­cou­verte de cha­pe­lure (pan­ko) grillée, est dé­bi­té en belles bou­chées et dé­co­ré de pousses de ro­quette. Ra­vis­sant et dé­li­cieux.

Le soir, l’am­biance est as­sez à la fête pour que l’on sache que l’on se trouve dans un en­droit à la mode. Les mi­dis sont plus calmes, même si le tem­po de la basse est tou­jours là. Mi­di (Noé­mie) comme soir (Wal­ter et Mi­guel), le ser­vice est im­pec­cable, par­fai­te­ment do­sé et proac­tif du dé­but à la fin.

La mai­son ne pèche pas par ex­cès pour les des­serts; il n’y en a qu’un seul, un fon­dant au mat­cha, que je vous lais­se­rai dé­cou­vrir.

Ou­vert en soi­rée du mar­di au di­manche et à mi­di le jeu­di et le ven­dre­di. Pe­tit mi­di dé­li­cieux à 15 $ ; soi­rée plus alam­bi­quée dans les as­siettes et très ani­mée pour une soixan­taine de dol­lars par per­sonne, 136,25 $ très exac­te­ment, bois­sons, taxes et pour­boire in­clus. En ce qui concerne les bois­sons, se­lon notre ex­pert mon­dial, M. Jean Au­bry : « Le choix de vins ap­pa­raî­tra ici se­con­daire au re­gard de l’offre consa­crée au sa­ké. C’est de ce cô­té que se fe­rait mon choix tout en es­pé­rant que le som­me­lier sau­ra vous ra­con­ter cette belle his­toire du “riz as­ti­qué jus­qu’à plus soif !” »

PHO­TOS MA­RIE-FRANCE COAL­LIER LE DE­VOIR

Le chef du Blos­som, Van Am­tel, sert prin­ci­pa­le­ment des ma­kis, quelques ni­gi­ris et sa­shi­mis et deux ou trois lou­fo­que­ries pour l’en­droit : os­so bu­co, bour­gots à l’ail et autre fi­let mi­gnon de boeuf.

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