On se connais­sait dé­jà

Ka­cey Mus­graves a pré­sen­té un coun­try au­then­tique et sans fron­tières de l’autre Amé­rique pro­fonde, sa­me­di, au MTe­lus

Le Devoir - - CULTURE - SYL­VAIN COR­MIER

Son compte Ins­ta­gram té­moigne du sa­me­di qu’elle a pas­sé à Mont­réal. Gros émoi mé­téo pour la Texane : six de­grés Fah­ren­heit vers mi­di, af­fiche l’écran. « Not ok, li­te­ral­ly no », ré­agit Spa­ceyKa­cey (c’est son nom d’uti­li­sa­trice), en dé­ni qua­si trum­pien de­vant l’in­con­tour­nable réa­li­té. «I saw so­meone in shorts », ajoute-t-elle, ahu­rie. Près du MTe­lus, au coeur du Red Light, voi­là qui est pour­tant plus que plau­sible. Faut sa­voir. Sa­me­di soir, l’ex­cep­tion est muée en norme: elles sont nom­breuses à su­bir les moins seize de­grés Cel­sius à même leur chair. Quel monde, s’étonne Ka­cey Mus­graves, de sa fe­nêtre tein­tée d’au­to­bus de tour­née. Il faut dire que la tour­née en ques­tion s’in­ti­tule Oh What a World.

« PMS is fun… not ! » ajoute la mé­ga­ve­dette sur Ins­ta­gram. Oui, mé­ga­ve­dette. Ka­cey Mus­graves est la star de l’heure dans le monde du coun­try, voire du monde au com­plet : son plus ré­cent al­bum, Gol­den Hour, a été ac­cla­mé par­tout, et pas seule­ment au­tour de Na­sh­ville. On a l’im­pres­sion de la connaître presque… in­ti­me­ment. Lien de proxi­mi­té que ce­lui d’Ins­ta­gram : chaque jour ap­porte les com­men­taires, états d’âme, bon­heurs et ir­ri­tants de Spa­ceyKa­cey. Ce­la fait qu’en ar­ri­vant au MTe­lus, la chan­teuse et ses spec­ta­teurs sont en pays de connais­sance, et la joie gé­né­rale a quelque chose de fa­mi­lial.

Elle a beau s’en­tou­rer de tout un tas d’ef­fets d’éclai­rage in­hé­rents à son sta­tut et aux at­tentes consé­quentes, son coun­try est très sim­ple­ment coun­try

Ins­ta­gram et coun­try, ça lie dou­ble­ment. Elle a beau s’en­tou­rer de tout un tas d’ef­fets d’éclai­rage in­hé­rents à son sta­tut et aux at­tentes consé­quentes, son coun­try est très sim­ple­ment coun­try. Avec un peu de folk et par­fois des airs un brin pop, mais pas trop. Slow Burn rap­pelle Old Man de Neil Young, fa­çon Ali­son Krauss. Bonnes ré­fé­rences.

Ça bat Ins­ta­gram

Pre­mier spec­tacle à Mont­réal, pre­mière in­ter­ven­tion de Ka­cey : « I’m a lit­tle bit an­gry about how fu­cking cold it is… » Le spec­tacle en tant que pro­lon­ge­ment d’Ins­ta­gram ? En est-on là ? En­core heu­reux qu’il s’agisse de chan­sons à base de vrai de vrai coun­try : ça rend l’am­biance très pal­pable, la com­mu­nion très réelle. Tous les amis du MTe­lus chantent avec leur amie Ka­cey chaque chan­son : oui, mer­ci Spo­ti­fy, tous les titres se sont ren­dus de notre bord de la fron­tière.

Won­der Wo­man, But­ter­flies, Mo­ther, Space Cow­boy: toutes ces mé­lo­dies sont bonnes à chan­ter, et toutes ces chan­sons en disent beau­coup sur la vie de main­te­nant dans l’Amé­rique pro­fonde : ça parle d’orien­ta­tion sexuelle, de ré­bel­lion, de lé­ga­li­sa­tion de la ma­ri­jua­na, et d’ou­ver­ture en­vers les gens de toutes pro­ve­nances. C’est du Texas de Be­to O’Rourke, de Willie Nel­son, que vient Spa­ceyKa­cey. Elle ne manque d’ailleurs pas de dé­non­cer ce­lui qui tient lieu de pré­sident amé­ri­cain, et le « fu­cking world » dans le­quel il « nous » fait pa­tau­ger.

Ban­jo, gui­tares et sur­vie

Cette tren­te­naire calme et dé­ci­dée, qui a en­re­gis­tré trois al­bums à ses frais avant que son pas­sage en 2007 à Na­sh­ville Star fasse son ef­fet, est en ce­la l’hé­ri­tière na­tu­relle d’une Em­my­lou Har­ris, des Dixie Chicks et d’une Crys­tal Gayle. Bien plus qu’une émule de Tay­lor Swift en passe de vi­rer déesse pop. On est au royaume de la pe­dal steel, des gui­tares acous­tiques, des élec­triques twan­gy et du ban­jo, et le pu­blic, très ma­jo­ri­tai­re­ment du même âge que la chan­teuse, dé­couvre grâce à elle et à sa ma­gni­fique voix tout un monde.

Oh What a World. En ef­fet. Un monde où tout peut nous unir, à com­men­cer par les dif­fé­rences. Ce n’est pas un ha­sard­si le spec­tacle s’achève sur I Will Sur­vive, en duo avec la chan­teuse de la pre­mière par­tie : oui, l’hymne à la ré­si­lience de Glo­ria Gay­nor. Tout est dit. On ira lire sur Ins­ta­gram com­ment Spa­ceyKa­cey a vé­cu son bap­tême mont­réa­lais. Cha­leu­reu­se­ment, on gage ?

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