Tant qu’il y a de la vie

Un an après le Pacte pour la tran­si­tion, Do­mi­nic Cham­pagne ne déses­père pas

Le Devoir - - LA UNE - ALEXANDRE SHIELDS

Un an après le lan­ce­ment du Pacte pour la tran­si­tion, Do­mi­nic Cham­pagne es­time que le pro­jet de mo­bi­li­sa­tion a contri­bué à am­pli­fier le dé­bat sur le cli­mat au Qué­bec, même si l’ob­jec­tif de si­gna­taires fixé au dé­part n’a pas été at­teint. Il cri­tique tou­te­fois sans dé­tour la classe po­li­tique, qui conti­nue se­lon lui d’igno­rer com­plè­te­ment la science et l’ur­gence d’agir pour évi­ter le nau­frage cli­ma­tique.

«Il y a un peu plus de 284 000 ci­toyens qui se sont en­ga­gés à po­ser des gestes pour ré­duire leurs émis­sions de gaz à ef­fet de serre. Mais le gou­ver­ne­ment Le­gault n’a pas si­gné le Pacte, pas plus que le gou­ver­ne­ment Tru­deau. Et au­jourd’hui, nous at­ten­dons tou­jours les en­ga­ge­ments pour des ac­tions concrètes, sé­rieuses et convain­cantes qui nous re­don­ne­raient confiance », af­firme au De­voir le met­teur en scène, qui a mis sa car­rière en veilleuse pen­dant deux ans pour se consa­crer à la cause cli­ma­tique.

M. Cham­pagne ré­pète pour­tant qu’il sou­hai­tait « po­ser un geste de bonne vo­lon­té » en lan­çant le Pacte, quelques se­maines après l’élec­tion de la Coa­li­tion ave­nir Qué­bec, « un par­ti consi­dé­ré comme un der­nier de classe en en­vi­ron­ne­ment ».

Les si­gna­taires pro­met­taient d’abord de s’en­ga­ger à agir pour ré­duire leurs émis­sions de gaz à ef­fet de serre en po­sant des gestes concrets. En contre­par­tie, ils exi­geaient que les élus mettent en oeuvre un plan cli­ma­tique qui im­plique tout l’ap­pa­reil gou­ver­ne­men­tal et qui soit suf­fi­sam­ment am­bi­tieux pour ré­pondre aux exi­gences de la science cli­ma­tique, soit at­teindre la « car­bo­neu­tra­li­té » d’ici 30 ans.

« Il y a des gens qui posent dé­jà des gestes et il faut sa­luer leurs ac­tions. Mais c’est loin d’être suf­fi­sant. Il nous faut un grand pro­jet po­li­tique; or, nos po­li­ti­ciens sont loin d’être à la hau­teur. »

Do­mi­nic Cham­pagne juge pour­tant avoir ob­te­nu au dé­part une cer­taine « écoute » de la part du gou­ver­ne­ment de Fran­çois Le­gault, avant de dé­chan­ter dans les mois qui ont sui­vi le lan­ce­ment du Pacte. « Oui, le gou­ver­ne­ment a re­con­nu l’ur­gence cli­ma­tique. Mais il faut pas­ser de la pa­role aux actes. Et je vois bien, dans leurs gestes, qu’ils sont plus en­clins à ap­puyer un pro­jet de ga­zo­duc qu’à me­ner une vé­ri­table lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques. »

Se­lon lui, cer­taines prises de po­si­tion « sont en to­tale contra­dic­tion avec les constats de la science cli­ma­tique » : l’ap­pui in­dé­fec­tible au troi­sième lien, les pro­pos fa­vo­rables au pro­jet ga­zier Éner­gie Sa­gue­nay, l’abo­li­tion de l’or­ga­nisme Tran­si­tion éner­gé­tique Qué­bec ou en­core la vo­lon­té d’aug­men­ter les coupes fo­res­tières pour lut­ter contre la crise cli­ma­tique.

Une an­née per­due

« En sep­tembre 2018, le se­cré­taire gé­né­ral des Na­tions unies, An­to­nio Gu­terres nous di­sait que nous avions deux ans pour agir. Force est de consta­ter au­jourd’hui que nous avons per­du un an. Un an plus tard, le cli­mat se dé­règle, la vie se meurt et nous n’ar­ri­vons pas à amé­lio­rer les choses de fa­çon si­gni­fi­ca­tive. Et les pre­miers res­pon­sables de ça, ce sont les di­ri­geants po­li­tiques. »

Les cri­tiques de Do­mi­nic Cham­pagne à l’en­droit des élus sont sou­vent sé­vères. Il le re­con­naît lui-même, après avoir trai­té le gou­ver­ne­ment Le­gault de « cli­ma­tos­cep­tique » et après avoir condam­né « l’igno­rance » du mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment Be­noit Cha­rette, qui avait lui-même dé­non­cé les gestes de déso­béis­sance ci­vile des mi­li­tants d’Ex­tinc­tion Re­bel­lion.

Il en ra­joute néan­moins, en sou­li­gnant en en­tre­vue que le gou­ver­ne­ment de Jus­tin Tru­deau sombre dans la « dé­ma­go­gie » et « l’hy­po­cri­sie » en af­fir­mant que l’ex­pan­sion du pi­pe­line Trans Moun­tain per­met­tra de fi­nan­cer des me­sures de ré­duc­tion des émis­sions de gaz à ef­fet de serre.

Le Pacte a contri­bué à don­ner un élan à l’éveil des es­prits, mais sur­tout à don­ner le goût de l’en­ga­ge­ment. On le voit bien au Qué­bec, où la mo­bi­li­sa­tion est la plus forte au Ca­na­da »

LAURE WARIDEL

Mo­bi­li­sa­tion ac­crue

Au-de­là de la confron­ta­tion avec les gou­ver­ne­ments en place, M. Cham­pagne

es­time que le Pacte, si­gné jus­qu’à pré­sent par 284 066 per­sonnes (alors que l’ob­jec­tif de dé­part était d’at­teindre un mil­lion de si­gna­taires), a per­mis de mo­bi­li­ser des ci­toyens se­lon lui de plus en plus « écoan­xieux » face à l’am­pleur de la crise cli­ma­tique.

Un point de vue que par­tage une autre ins­ti­ga­trice de ce contrat so­cial en­vi­ron­ne­men­tal, Laure Waridel.

« Le Pacte a contri­bué à don­ner un élan à l’éveil des es­prits, mais sur­tout à don­ner le goût de l’en­ga­ge­ment. On le voit bien au Qué­bec, où la mo­bi­li­sa­tion est la plus forte au Ca­na­da. Et on l’a vu avec les 500 000 per­sonnes qui ont mar­ché le 27 sep­tembre. C’est un pro­grès im­por­tant, sur­tout si on se com­pare avec la si­tua­tion il y a de ce­la un an, alors qu’il y avait beau­coup de dé­cou­ra­ge­ment. »

Le dé­fi consiste dé­sor­mais à trans­po­ser cette mo­bi­li­sa­tion dans des ac­tions concrètes, se­lon Mme Waridel, qui vient de lan­cer l’ou­vrage La tran­si­tion, c’est main­te­nant, qui met en lu­mière le fait que les so­lu­tions à mettre en oeuvre pour orien­ter le Qué­bec sur la voie de la tran­si­tion « existent dé­jà ».

Do­mi­nic Cham­pagne, qui mul­ti­plie les prises de pa­role de­puis un an, es­père main­te­nir la mo­bi­li­sa­tion au cours des pro­chains mois.

« L’ob­jec­tif, pour la deuxième an­née du Pacte, ce se­ra de main­te­nir la pres­sion sur les dé­ci­deurs. Gre­ta Thun­berg af­firme que si le dé­fi est de ces­ser les émis­sions de car­bone, alors il faut ces­ser les émis­sions de car­bone. Est-ce que le plan pro­mis par le gou­ver­ne­ment Le­gault se­ra à la hau­teur de ce dé­fi ? Je ne sais pas, mais je re­fuse d’être dé­fai­tiste. Cer­tains disent qu’il est trop tard. Mais il se­rait trop tard pour quoi ? Tant que nous sommes en vie, il faut pous­ser pour que quelque chose se passe. On ne peut pas sim­ple­ment lais­ser la si­tua­tion se dé­gra­der. »

VALÉRIAN MAZATAUD LE DE­VOIR

Do­mi­nic Cham­pagne

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