Les fa­milles d’abord

Por­té par l’ex­cep­tion­nelle crois­sance éco­no­mique, le gou­ver­ne­ment de la CAQ dis­tri­bue ses sur­plus im­pré­vus

Le Devoir - - LA UNE - MYLÈNE CRÊTE MAR­CO BÉLAIR-CIRINO

Le mi­nistre des Fi­nances, Eric Gi­rard, mise sur la si­tua­tion fi­nan­cière en­viable du Qué­bec pour ac­cé­lé­rer la crois­sance des dé­penses à 7,9 % pour l’an­née en cours — du ja­mais vu en 20 ans — et de­van­cer la concré­ti­sa­tion d’une pa­no­plie de pro­messes élec­to­rales. Les fa­milles sont sans conteste les grandes ga­gnantes de la mise à jour éco­no­mique et fi­nan­cière pré­sen­tée jeu­di.

« La per­for­mance éco­no­mique est re­mar­quable et elle nous per­met de po­ser des gestes pour les Qué­bé­cois dès main­te­nant», a dé­cla­ré M. Gi­rard, sou­riant, lors d’une con­fé­rence de presse dans la salle des as­sises de l’édi­fice Gé­rard-D.-Lé­vesque, dans le Vieux-Qué­bec.

Le gi­gan­tesque dra­peau qué­bé­cois, qui lui avait ser­vi de dé­cor l’an der­nier, avait cé­dé la place à 12 dra­peaux de taille moyenne ali­gnés der­rière lui.

Quelque 140 000 fa­milles n’au­ront plus à ver­ser la contri­bu­tion ad­di­tion­nelle pour les ser­vices de garde sub­ven­tion­nés qui avait été ins­tau­rée par le gou­ver­ne­ment Couillard en 2015 et qui était mo­du­lée en fonc­tion du re­ve­nu. Ce re­tour au ta­rif uni­ver­sel de 8,25 $ par jour se­ra ré­tro­ac­tif au 1er jan­vier 2019.

Le gou­ver­ne­ment Le­gault aug­mente l’«al­lo­ca­tion fa­mille» de 750$ pour une fa­mille ayant deux en­fants et de 1500 $ pour une fa­mille ayant trois en­fants dès jan­vier pro­chain.

Le gou­ver­ne­ment ca­quiste ho­nore ses pro­messes élec­to­rales phares plus tôt que pré­vu, s’est en­or­gueilli M. Gi­rard.

Il éli­mi­ne­ra éga­le­ment un mo­tif d’ir­ri­ta­tion pour les pa­tients et leur fa­mille en pla­fon­nant les ta­rifs de sta­tion­ne­ment dans les dif­fé­rents éta­blis­se­ments de san­té au prin­temps 2020. Les deux pre­mières heures se­ront gra­tuites et le ta­rif maxi­mal se­ra pla­fon­né à 7 $ ou 10 $ par jour, se­lon les ré­gions. Vingt-cinq mil­lions de dol­lars sont pré­vus pour fi­nan­cer cette me­sure en 2019-2020. Un mon­tant qui aug­men­te­ra à 120 mil­lions de dol­lars l’an­née sui­vante.

Le gou­ver­ne­ment ré­pond aus­si à une cri­tique de la pro­tec­trice du ci­toyen en ver­sant d’ici juin 2020 le cré­dit d’im­pôt pour la so­li­da­ri­té à tous les pres­ta­taires de l’as­sis­tance so­ciale qui y ont droit, peu im­porte s’ils ont pro­duit une dé­cla­ra­tion de re­ve­nus ou non. En­vi­ron 40 000 pres­ta­taires de plus en bé­né­fi­cie­ront, es­time le mi­nis­tère des Fi­nances.

« Ce qu’on voit, c’est qu’il y a beau­coup de per­sonnes qui ne re­çoivent rien », a re­gret­té le dé­pu­té li­bé­ral et an­cien mi­nistre des Fi­nances, Car­los Leitão.

La per­for­mance éco­no­mique est re­mar­quable et elle nous per­met de po­ser des gestes pour les Qué­bé­cois dès main­te­nant »

ÉRIC GI­RARD

Il ou­blie toutes les fa­milles qui n’ont pas d’en­fants, les aî­nés

ARLOS LEITÃO (PLQ)

Le gou­ver­ne­ment de la CAQ peut au­jourd’hui s’em­pif­frer dans le buf­fet des sur­plus parce que les li­bé­raux ont mis les Qué­bé­cois au ré­gime

VINCENT MA­RIS­SAL (QS)

La CAQ a les moyens de faire beau­coup plus pour amé­lio­rer la vie des Qué­bé­cois

MAR­TIN OUEL­LET (PQ)

M. Gi­rard est tout de même ca­pable de dé­ga­ger un sur­plus de 4,8 mil­liards de dol­lars après un ver­se­ment de 3,5 mil­liards au Fonds des gé­né­ra­tions en 20182019. C’est presque le double de ce qui avait été énon­cé dans le bud­get en mars. Une marge de ma­noeuvre due à une crois­sance des dé­penses an­ti­ci­pées beau­coup plus faible que ce que les pré­vi­sions lais­saient pré­sa­ger. « Nous avons com­men­cé l’an­née en an­ti­ci­pant 75 points de hausse de taux de la Ré­serve fé­dé­rale amé­ri­caine, a si­gna­lé le mi­nistre. Or, nous avons ob­ser­vé une baisse de 75 points de base. […] Ça ré­duit les in­té­rêts sur la dette de 1,3 mil­liard de dol­lars et c’est cet ar­gent-là qu’on prend pour [le] don­ner aux Qué­bé­cois. »

Il pro­fite de la san­té de l’éco­no­mie qué­bé­coise pour ré­duire le poids de la dette. Dans cet es­prit, le gou­ver­ne­ment de­vance de six ans l’ob­jec­tif de ré­duc­tion de la dette brute à 45 % du pro­duit in­té­rieur brut (PIB), comme le sti­pule la loi, pour mieux faire face à un éven­tuel ra­len­tis­se­ment de l’éco­no­mie.

Le Qué­bec semble être à l’abri, pour l’ins­tant, du ra­len­tis­se­ment de la crois­sance éco­no­mique mon­diale. La pro­gres­sion du PIB réel s’éta­bli­ra à 2,4 % en 2019, soit 0,6 point de pour­cen­tage de plus par rap­port aux pré­vi­sions ins­crites dans le bud­get de mars der­nier. Une pro­gres­sion su­pé­rieure à celle en­re­gis­trée au Ca­na­da pour une deuxième an­née consé­cu­tive, a sou­li­gné M. Gi­rard. Le gou­ver­ne­ment s’at­tend tou­te­fois à ce que le ra­len­tis­se­ment de l’éco­no­mie mon­diale pré­vu du­rant la deuxième moi­tié de 2020, ré­duise la hausse du PIB réel à 1,8 %. Il an­ti­cipe tout de même un taux d’in­fla­tion à 2,2 % en 2019 et en 2020, soit une hausse de 0,5 % par rap­port à 2018.

Sur­plus pour le cli­mat

Maintes fois cri­ti­qué pour la mol­lesse de ses en­ga­ge­ments en ma­tière d’en­vi­ron­ne­ment, le gou­ver­ne­ment Le­gault pro­met main­te­nant des mil­lions de dol­lars pour lut­ter contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques. « Il est fort pos­sible que les re­ve­nus de la bourse du car­bone soient in­suf­fi­sants et que nous al­lions de­voir al­louer des sommes sup­plé­men­taires », a in­di­qué M. Gi­rard.

Il pré­voit donc d’uti­li­ser une por­tion du sur­plus de 1,4 mil­liard pré­vu en 2019-2020 pour fi­nan­cer des me­sures qui ser­vi­ront au Plan d’élec­tri­fi­ca­tion et de chan­ge­ments cli­ma­tiques pro­mis par le gou­ver­ne­ment pour 2020. Im­pos­sible tou­te­fois de connaître le mon­tant pré­cis qui pour­rait être al­loué à l’ef­fort cli­ma­tique. L’en­ve­loppe ser­vi­ra éga­le­ment à pré­mu­nir le Qué­bec en vue d’un éven­tuel ra­len­tis­se­ment de l’éco­no­mie ou à ré­duire la dette.

Le Par­ti qué­bé­cois a ac­cu­sé le gou­ver­ne­ment Le­gault de ca­cher l’am­pleur réelle de ses sur­plus, une tech­nique em­prun­tée au Par­ti li­bé­ral du Qué­bec. « On se fait dire gros­so mo­do, en dé­but d’an­née fi­nan­cière, que les fi­nances se­ront ser­rées et, oups ! comme par ma­gie, au cours de l’an­née, on dé­couvre des sur­plus », a cri­ti­qué le dé­pu­té pé­quiste Mar­tin Ouel­let.

Cet écart entre les sur­plus an­ti­ci­pés et les sur­plus réels illustre la né­ces­si­té de nom­mer un di­rec­teur par­le­men­taire du bud­get comme chien de garde des fi­nances, se­lon Qué­bec so­li­daire. «En­core une fois, on est dans un feu d’ar­ti­fice de chiffres, de sur­plus bud­gé­taires et de pré­vi­sions, a dé­plo­ré le dé­pu­té Vincent Ma­ris­sal. Une chatte n’y re­trou­ve­rait pas ses pe­tits, c’est presque de l’as­tro­lo­gie, tel­le­ment c’est éso­té­rique. »

Aux yeux du pre­mier mi­nistre, Fran­çois Le­gault, le point sur la si­tua­tion éco­no­mique et fi­nan­cière du Qué­bec est « la ce­rise sur le sun­dae » au terme d’une se­maine du­rant la­quelle son plan en im­mi­gra­tion a été at­ta­qué de toutes parts.

JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE

Le mi­nistre des Fi­nances, Eric Gi­rard, a vu sa tâche fa­ci­li­tée par une si­tua­tion éco­no­mique par­ti­cu­liè­re­ment fa­vo­rable.

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