Des co­mi­tés de pa­rents s’op­posent à Ro­berge

Le Devoir - - LA UNE - MAR­CO FOR­TIER

Une fronde s’or­ga­nise au sein des co­mi­tés de pa­rents contre le pro­jet de loi vi­sant à ré­for­mer la gou­ver­nance sco­laire. Pi­qués au vif par les pro­pos du mi­nistre Jean-Fran­çois Ro­berge, qui af­firme avoir l’ap­pui des pa­rents dans l’abo­li­tion des postes de com­mis­saires élus, des groupes de pa­rents font cir­cu­ler une lettre de­man­dant au gou­ver­ne­ment de mettre un frein à sa vaste ré­forme.

Se­lon ce que Le De­voir a ap­pris, une ving­taine de co­mi­tés de pa­rents fran­co­phones de plu­sieurs ré­gions — y com­pris ceux des plus grandes com­mis­sions sco­laires, no­tam­ment à Mon­tréal — s’op­posent dé­jà au pro­jet de loi 40. Une di­zaine d’autres en­vi­sa­ge­raient d’adop­ter des ré­so­lu­tions sou­li­gnant de sé­rieuses ré­serves au su­jet de cette ré­forme phare du gou­ver­ne­ment Le­gault.

Cer­tains de­mandent la sus­pen­sion de la ré­forme, tan­dis que d’autres ré­clament qu’on pro­tège et qu’on mo­der­nise la dé­mo­cra­tie sco­laire

Haus­ser le ton

La grogne est telle que la Fé­dé­ra­tion des co­mi­tés de pa­rents du Qué­bec (FCPQ), qui re­groupe les pa­rents des 62 com­mis­sions sco­laires fran­co­phones, fait face à une pres­sion de ses membres pour haus­ser le ton face au gou­ver­ne­ment Le­gault. Des pa­rents re­prochent au mi­nistre de l’Édu­ca­tion, Jean-Fran­çois Ro­berge, « d’ins­tru­men­ta­li­ser» à des fins par­ti­sanes l’ap­pui sup­po­sé de la FCPQ au pro­jet de loi 40.

Les co­mi­tés de pa­rents ré­cal­ci­trants sou­tiennent qu’un temps d’ar­rêt s’im­pose pour ré­flé­chir aux consé­quences du pro­jet de loi 40, qui va bien au-de­là de l’abo­li­tion des com­mis­sions sco­laires. Cette vaste ré­forme de plus de 300 ar­ticles, qui re­dé­fi­nit l’équi­libre des pou­voirs dans le monde de l’édu­ca­tion, fa­ci­li­te­rait le « ma­ga­si­nage » d’écoles par les pa­rents et don­ne­rait plus d’obli­ga­tions aux en­sei­gnants, no­tam­ment en ma­tière de for­ma­tion.

L’étude dé­taillée du pro­jet de loi en com­mis­sion par­le­men­taire doit re­prendre mar­di, en cette der­nière se­maine avant la pause de l’As­sem­blée na­tio­nale pour le temps des Fêtes.

Les pa­rents mar­gi­na­li­sés

De toute évi­dence, les pa­rents ne sont pas tous convain­cus que l’am­bi­tieuse ré­forme de la gou­ver­nance sco­laire re­met­trait vrai­ment le pou­voir entre les mains de «ceux qui connaissen­t les élèves par leur nom », comme le dit le mi­nistre Ro­berge. Les au­diences en com­mis­sion par­le­men­taire, au cours des der­nières se­maines, ont mis en lu­mière des failles im­por­tantes du pro­jet de loi, confient au De­voir des sources in­fluentes dans les co­mi­tés de pa­rents.

L’ana­lyse de l’Ins­ti­tut sur la gou­ver­nance, me­née par Yvan Al­laire et Mi­chel Nadeau, a aler­té des pa­rents: l’Ins­ti­tut a sou­li­gné que le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion des fu­turs centres de ser­vices sco­laires (où les pa­rents dé­tien­draient la moi­tié des sièges) n’au­rait que le pou­voir d’ap­prou­ver les dé­ci­sions pro­po­sées par des bu­reau­crates. Des co­mi­tés for­més « d’ex­perts » (di­rec­tions d’école ou ges­tion­naires sco­laires) dic­te­raient la ré­par­ti­tion des res­sources entre les éta­blis­se­ments, les plans de réus­site des élèves et la prio­ri­sa­tion des bud­gets.

Dans ces cir­cons­tances, un pro­jet de ré­so­lu­tion qui cir­cule par­mi les co­mi­tés de pa­rents ré­clame la « mo­der­ni­sa­tion de la dé­mo­cra­tie sco­laire» — et le main­tien des com­mis­saires élus — plu­tôt que la mise en place de conseils d’ad­mi­nis­tra­tion où les pa­rents ne joue­raient qu’un rôle de fi­gu­ra­tion, in­diquent nos sources.

«Les grands per­dants de cette ré­forme-là sont les pa­rents. Ça ne m’éton­ne­rait pas que plu­sieurs co­mi­tés de pa­rents changent leur fu­sil d’épaule et s’op­posent au pro­jet de loi 40 », dit Marc St-Pierre, char­gé de cours en sciences de l’édu­ca­tion à l’Uni­ver­si­té du Qué­bec en Ou­taouais.

« Le mi­nistre risque d’avoir des dif­fi­cul­tés à faire at­ter­rir sa ré­forme s’il n’écoute pas le mi­lieu de l’édu­ca­tion », ajoute cet an­cien di­rec­teur ad­joint de com­mis­sion sco­laire, qui a aus­si sié­gé au Con­seil su­pé­rieur de l’édu­ca­tion.

Autre signe du « ma­laise » en­tou­rant le pro­jet de loi 40, l’As­so­cia­tion des co­mi­tés de pa­rents an­glo­phones (ACPA) a fait une mise au point la se­maine der­nière après une sor­tie du mi­nistre Ro­berge ju­gée in­ap­pro­priée : « Le mi­nistre de l’Édu­ca­tion a uti­li­sé mon nom hors contexte dans le but de pro­mou­voir son pro­jet de loi à l’As­sem­blée na­tio­nale », a dé­cla­ré Ka­the­rine Ko­ra­ka­kis, vice-pré­si­dente du re­grou­pe­ment de pa­rents an­glo­phones.

« L’ACPA n’ap­puie pas le pro­jet de loi 40. S’il [le mi­nistre] avait écou­té l’en­semble de la séance, il au­rait com­pris notre po­si­tion aus­si clai­re­ment que les autres membres de la Com­mis­sion de la culture et de l’édu­ca­tion de l’As­sem­blée na­tio­nale », a-t-elle pré­ci­sé.

Ni pour ni contre

La Fé­dé­ra­tion des co­mi­tés de pa­rents fran­co­phones ne va pas jus­qu’à se dire mal ci­tée par le mi­nistre Ro­berge, comme l’af­firment les co­mi­tés de pa­rents an­glo­phones. « Si le mi­nistre dit qu’on ap­puie le pro­jet de loi, il doit ajou­ter qu’on for­mule deux exi­gences et 28 re­com­man­da­tions pour l’amé­lio­rer »,

Le mi­nistre risque d’avoir des dif­fi­cul­tés à faire at­ter­rir sa ré­forme s’il n’écoute pas le » mi­lieu de l’édu­ca­tion MARC ST-PIERRE

dit Ké­vin Roy, pré­sident de la FCPQ.

« On ne peut pas dire qu’on est pour [le pro­jet de loi], mais on ne peut pas dire qu’on est contre non plus. On tra­vaille à l’amé­lio­rer », ajoute le re­pré­sen­tant des 62 co­mi­tés de pa­rents fran­co­phones. Il es­time nor­mal que des voix dis­si­dentes se fassent en­tendre au sein des co­mi­tés de pa­rents, mais rap­pelle que les po­si­tions de la FCPQ ont été adop­tées par consen­sus au con­seil gé­né­ral — qui ras­semble deux dé­lé­gués de cha­cun des 62 co­mi­tés membres de la Fé­dé­ra­tion.

Les deux exi­gences de la Fé­dé­ra­tion : que des re­pré­sen­tants de co­mi­tés de pa­rents dé­tiennent au moins quatre des huit sièges ré­ser­vés aux pa­rents dans le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion des fu­turs centres de ser­vices sco­laires, et qu’un de ces quatre sièges soit at­tri­bué à un pa­rent d’élève han­di­ca­pé ou ayant des dif­fi­cul­tés d’adap­ta­tion ou d’ap­pren­tis­sage.

Des co­mi­tés de pa­rents (no­tam­ment des com­mis­sions sco­laires de Mon­tréal, de La­val, du Che­min-du-Roy, des Chênes, des Dé­cou­vreurs, des Mont­set-Ma­rées, de l’Es­tuaire, de Char­le­voix, de Rouyn-Noranda) se montrent plus cri­tiques que leur Fé­dé­ra­tion en­vers le pro­jet de loi 40. Ils s’op­posent à l’éli­mi­na­tion pré­vue d’un ordre de gou­ver­nance — les com­mis­saires élus — et à l’ab­sence de réels pou­voirs ac­cor­dés aux pa­rents.

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