Les bois­sons ga­zeuses sont moins po­pu­laires

Mais la consom­ma­tion de thés et de ca­fés su­crés ex­plose

Le Devoir - - LA UNE - AN­NA­BELLE CAILLOU

Même si les Qué­bé­cois ont ré­duit de 20 % leur consom­ma­tion de bois­sons su­crées en dix ans, se­lon une étude de l’INSPQ, bois­sons ga­zeuses, jus de fruits, ca­fés et thés su­crés ont tou­te­fois tou­jours la cote. Qué­bec a d’ailleurs créé un co­mi­té in­ter­mi­nis­té­riel qui étu­die­ra les meilleures pra­tiques pour en dé­cou­ra­ger la consom­ma­tion, a ap­pris Le De­voir.

« La consom­ma­tion de bois­sons ga­zeuses a di­mi­nué de moi­tié et les bois­sons aux fruits de deux tiers entre 2004 et 2015. C’est une bonne nou­velle, mais les bois­sons su­crées de­meurent la prin­ci­pale source de sucre dans l’ali­men­ta­tion », ex­plique Cé­line Plante, au­teure prin­ci­pale de l’étude « La consom­ma­tion des autres ali­ments et des bois­sons chez les Qué­bé­cois » pu­bliée par l’Ins­ti­tut na­tio­nal de san­té pu­blique du Qué­bec (INSPQ) lun­di. L’étude s’ap­puie sur des don­nées de l’En­quête sur la san­té dans les col­lec­ti­vi­tés ca­na­diennes me­née en 2015 par Sta­tis­tique Ca­na­da.

Si l’eau reste le prin­ci­pal désal­té­rant — et de loin — des Qué­bé­cois, 65 % d’entre eux ont dé­cla­ré avoir pris une bois­son su­crée dans la jour­née de ré­fé­rence, celles conte­nant du sucre ajou­té et les jus de fruit purs à 100 % confon­dus.

Bues en moins grande quan­ti­té, les bois­sons ga­zeuses de­meurent en tête des pré­fé­rences, re­pré­sen­tant 39 % de la consom­ma­tion to­tale de bois­sons su­crées dans une jour­née. Les thés et ca­fés su­crés se hissent en deuxième place (20 %). Les quan­ti­tés de bois­sons aux fruits, de bois­sons lac­tées (lait au cho­co­lat, bois­sons de soya aro­ma­ti­sées) et de bois­sons su­crées autres (bois­sons éner­gi­santes ou vi­ta­mi­nées), re­pré­sentent en­semble le tiers res­tant.

Et ce qui frappe les ex­perts consul­tés par Le De­voir, c’est que, par rap­port à 2004, la ca­té­go­rie des thés et ca­fés su­crés a connu la plus grande aug­men­ta­tion, soit de 165 %.

Un ca­fé gla­cé, c’est une slush » pour adulte en fait BERANRD LAVALLÉE

Il faut dire que l’offre a ex­plo­sé dans les der­nières an­nées. Les grandes chaînes de ca­fé et de res­tau­ra­tion ra­pide ri­va­lisent d’ima­gi­na­tion pour pro­po­ser des bois­sons plus ori­gi­nales, mais très su­crées. Les ca­fés sont main­te­nant ser­vis chauds, gla­cés ou frap­pés. Ils sont aro­ma­ti­sés de ca­ra­mel ou de si­rop de va­nille, gar­nis d’une mon­tagne de crème fouet­tée ou d’un cou­lis de cho­co­lat. Par­fois tout en même temps.

Les thés sont souvent aro­ma­ti­sés aux fruits ou agré­men­tés de li­mo­nade su­crée. Et on les re­trouve par­tout : ca­fés, res­tau­rants, dé­pan­neurs, épi­ce­ries, ma­chines dis­tri­bu­trices.

« Un ca­fé gla­cé, c’est une slush pour adulte en fait », lance Ber­nard Lavallée, nu­tri­tion­niste, au­teur et chro­ni­queur connu sous le nom de Nu­tri­tion­niste ur­bain. Il voit dans cette offre ali­men­taire une mode qui at­tire sur­tout les ado­les­cents et les jeunes adultes. Une ten­dance qu’il fau­dra d’ailleurs sur­veiller à l’ave­nir.

« Le pro­blème, c’est que ces bois­sons ont bon goût, on aime le sucre, on en re­de­mande. Après, les gens disent que c’est plate, boire de l’eau. C’est pour­tant un be­soin de base ! », s’of­fusque-t-il.

Pour Co­rinne Voyer, di­rec­trice de la Coa­li­tion poids, les constats de l’étude re­flètent le tra­vail de sen­si­bi­li­sa­tion sur le ter­rain, axé sur­tout sur les bois­sons ga­zeuses et aux fruits.

Elle es­time main­te­nant né­ces­saire de mieux dé­fi­nir ce qui entre dans la ca­té­go­rie des « bois­sons su­crées » au­près de la po­pu­la­tion. «On ne pense pas qu’un lait au cho­co­lat peut être mau­vais. On ne se mé­fie pas du ca­fé ren­du sim­ple­ment moins amer avec du sucre. C’est sour­nois ! »

Et les com­pa­gnies pro­fitent de la si­tua­tion en dé­ve­lop­pant toute une stra­té­gie mar­ke­ting pour créer de la de­mande avec de nou­veaux pro­duits.

« La po­pu­la­tion veut être en forme, alors on va pro­po­ser de l’eau vi­ta­mi­née et des bois­sons pour spor­tifs pour soi­di­sant mieux s’hy­dra­ter après un exer­cice. Mais c’est bour­ré de sucre », dé­nonce Mme Voyer.

Les études scien­ti­fiques se sont pour­tant mul­ti­pliées dans la der­nière dé­cen­nie

La po­pu­la­tion veut être en forme, alors on va pro­po­ser de l’eau vi­ta­mi­née et des bois­sons pour spor­tifs pour soi-di­sant mieux s’hy­dra­ter » après un exer­cice. Mais c’est bour­ré de sucre.

CO­RINNE VOYER

et dé­montrent un lien entre la sur­con­som­ma­tion de bois­sons su­crées et le gain de poids ou l’obé­si­té.

Les per­sonnes qui ont un pen­chant trop pous­sé pour ces bois­sons sont aus­si plus à risque de dé­ve­lop­per des pro­blèmes de san­té et des ma­la­dies chro­niques.

« On pense en pre­mier au dia­bète de type 2. Mais il y a aus­si un lien avec des risques car­dio­vas­cu­laires comme le cho­les­té­rol san­guin et l’hy­per­ten­sion ar­té­rielle. Et il y a les risques de dé­ve­lop­per des ma­la­dies car­dio­vas­cu­laires à long terme comme des in­farc­tus, des ac­ci­dents vas­cu­laires cé­ré­braux », énu­mère Be­noît Ar­se­nault, pro­fes­seur agré­gé à la Fa­cul­té de mé­de­cine de l’Uni­ver­si­té La­val, qui presse le gou­ver­ne­ment d’agir.

Ac­tion po­li­tique

Qué­bec a jus­te­ment mis sur pied un co­mi­té in­ter­mi­nis­té­riel cet au­tomne pour ana­ly­ser les consé­quences des so­lu­tions dé­jà em­ployées à tra­vers le monde pour res­treindre l’at­trait et l’ac­cès aux bois­sons su­crées et éner­gi­santes, a ap­pris Le De­voir de sources gou­ver­ne­men­tales. Le co­mi­té doit se réunir in­ces­sam­ment et au­ra un an pour for­mu­ler des re­com­man­da­tions à la mi­nistre de la San­té.

« Un an, c’est long, alors qu’on sait dé­jà ce qui fonc­tionne. Ils ne font qu’ache­ter du temps », dé­plore de son cô­té Co­rinne Voyer de la Coa­li­tion poids qui presse le gou­ver­ne­ment d’ins­tau­rer une taxe sur les bois­sons su­crées de­puis une di­zaine d’an­nées.

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