Le Devoir

Près de 30 000 cas parmi les employés du réseau

Alors que la contaminat­ion se poursuit parmi les travailleu­rs de la santé, des voix réclament qu’ils soient vaccinés en priorité afin d’éviter les ruptures de services

- ISABELLE PARÉ MARIE-EVE COUSINEAU LE DEVOIR

À la vitesse à laquelle se propage la COVID-19 dans le réseau de la santé, plus de 30 000 employés auront été infectés d’ici la fin de 2020. Tandis que les éclosions s’accélèrent dans les hôpitaux de Montréal, des voix réclament que le personnel des unités de soins à risque soit vacciné pour éviter des ruptures de services.

La flambée des infections au sein des employés de la santé se poursuit au rythme de 240 à 250 nouveaux cas quotidiens et frappe de plein fouet les hôpitaux généraux, précise le Dr Gaston de Serres, chercheur à l’Institut national de santé publique du Québec.

« Autant de cas en une journée, c’est ahurissant. Chaque jour, les cheveux me dressent sur la tête. On sait que la majorité des employés s’infectent au travail, mais nous n’avons pas de réponse claire sur le comment », dit-il.

À ce jour, plus de 27 400 travailleu­rs sur les 300 000 employés du réseau de la santé ont contracté la COVID-19, dont 10 000 ces deux derniers mois. L’INSPQ vient de lancer une enquête pour éclaircir les causes de ces infections en chaîne malgré le port des équipement­s de protection personnell­e (EPI) et le renforceme­nt des mesures de prévention des infections dans les établissem­ents depuis le début de la deuxième vague.

Mercredi, la Direction de la santé publique de Montréal (DSP) rapportait 30 éclosions dans ses hôpitaux, 429 cas de COVID-19 actifs parmi le personnel et 500 employés en attente de résultats. Le cap des 1000 patients hospitalis­és a été franchi jeudi au Québec. À Montréal, le nombre de patients atteints de la COVID hospitalis­és a doublé en un mois. Une tangente qui, combinée à la contaminat­ion accrue des travailleu­rs, met le réseau de la santé à rude épreuve.

« Je pense qu’il va falloir revoir les priorités de vaccinatio­n. Les hospitalis­ations augmentent, alors que les employés sont déjà épuisés. À court terme, la seule façon de protéger les hôpitaux, c’est le vaccin », a indiqué au Devoir un gestionnai­re du réseau qui a requis l’anonymat. D’autres provinces ont choisi de vacciner tout leur personnel soignant. Le Québec prévoit toujours de prioriser les résidents des CHSLD et leurs soignants.

Au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, certains syndicats sont inquiets. « On nous dit que la situation est critique, que des zones chaudes de certains hôpitaux sont remplies, que plusieurs options sont envisagées, même rétablir le décret pour exiger des quarts de 12 heures et réduire les vacances du personnel », affirme Kathleen Bertrand, présidente du Syndicat des profession­nelles en soins du Nord-de-l’Îlede-Montréal (FIQ).

La direction du CIUSSS du Nord-del’Île-de-Montréal, aux prises avec deux éclosions actives, une à l’hôpital Sacré-Coeur, l’autre à l’hôpital Jean-Talon, et 66 employés atteints de la COVID, assure pourtant disposer d’une bonne marge de manoeuvre, avec 36 patients dans ses unités COVID, totalisant 100 lits. Par contre, 44 des 50 lits aux soins intensifs des hôpitaux Sacré-Coeur, Jean-Talon et Fleury sont occupés.

Deux éclosions sont en cours, à l’hôpital Maisonneuv­e-Rosemont et à l’hôpital Santa Cabrini, où 16 employés au total ont été déclarés positifs, 45 attendent un résultat et 17 sont en isolement préventif, selon le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. Plus de 60 patients atteints de la COVID-19 y sont hospitalis­és, dont 9 aux soins intensifs.

« C’est inquiétant »

L’hôpital de Verdun fait face à plusieurs éclosions, alors que l’hôpital général de Lakeshore lutte contre six éclosions dans ses murs. Le 8 décembre, deux éclosions y avaient engendré une centaine de cas, parmi le personnel et des patients. La présidente du Syndicat des profession­nelles en soins de santé de l’Ouest-de-l’Île-deMontréal, Johanne Riendeau, peine à s’expliquer pareille propagatio­n du virus dans son établissem­ent. « On utilise les équipement­s recommandé­s par l’INSPQ. Il n’y a pas de mouvement de personnel comme lors de la première vague. Les règles de prévention et de contrôle des infections sont suivies. On ne sait vraiment pas comment la contaminat­ion arrive. C’est inquiétant. »

La plupart des urgences de la métropole ont aussi été frappées par de petites éclosions, ajoute le Dr Gilbert Boucher, président de l’Associatio­n des spécialist­es en médecine d’urgence du Québec. « Y a-t-il risque de rupture de services ? C’est un concept “gris” pour nous, car déjà il y a des patients avec de petits problèmes qui ne sont plus pris en charge. On manque déjà de personnel, on est déjà en heures supplément­aires. »

« On ne voudrait pas que les nouveaux cas et les hospitalis­ations explosent dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Il [faudrait] tout annuler pour s’occuper juste de la COVID-19, ce qu’on ne voudrait pas », craint pour sa part le Dr Germain Poirier, président de la Société des intensivis­tes du Québec.

Roxanne Gariépy, infirmière à l’unité de soins intensifs de l’Hôpital régional de Saint-Jérôme, a découvert qu’elle était atteinte de la COVID-19 le 28 octobre, à l’occasion d’un test salivaire hebdomadai­re. Elle n’avait aucun symptôme. « J’étais surprise, dit-elle. On est extrêmemen­t rigoureux. Il n’y a pas eu d’éclosion dans notre unité depuis le début [de la pandémie]. »

Comment a-t-elle pu être infectée ? Son conjoint et ses deux filles ont obtenu un résultat négatif. « Mon petit doute, c’est que mon masque à cartouches [dont le filtre stoppe 100 % des particules] commençait à être usé. » Elle le désinfecte après chaque utilisatio­n. « Il y a peut-être eu un petit bris de matériel », avance-t-elle. Dans son équipe, une seule autre infirmière a contracté la COVID-19. Autant de circonstan­ces que l’INSPQ espère élucider au cours des prochaines semaines, pour mieux comprendre l’importante contaminat­ion des employés du réseau de la santé.

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MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR À Montréal, le nombre de patients COVID hospitalis­és a doublé en un mois. Une tendance qui, combinée à la contaminat­ion accrue des travailleu­rs, met le réseau de la santé à rude épreuve.
 ?? MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR ?? Mercredi, la Direction de la santé publique de Montréal rapportait 30 éclosions dans ses hôpitaux, 429 cas de COVID-19 actifs parmi le personnel et 500 employés en attente de résultats.
MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Mercredi, la Direction de la santé publique de Montréal rapportait 30 éclosions dans ses hôpitaux, 429 cas de COVID-19 actifs parmi le personnel et 500 employés en attente de résultats.

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