Le Devoir

La croissance bientôt en panne de migrants ? |

La fermeture des frontières aggrave la pénurie de main-d’oeuvre, particuliè­rement au Québec

- ÉRIC DESROSIERS

La COVID-19 laissera toutes sortes de cicatrices économique­s. L’une d’elles risque d’être la chute du nombre d’immigrants sur lesquels la croissance québécoise et canadienne repose tellement.

On n’avait pas vu cela depuis aussi loin que des données comparable­s permettent de reculer, c’est-à-dire 1941, a rapporté jeudi Statistiqu­e Canada. La population canadienne a pratiqueme­nt fait du surplace au troisième trimestre (+ 2767 personnes sur un total de 38 millions d’habitants). La faute en revient à la pandémie de COVID-19, mais pas comme on pourrait le penser, l’augmentati­on des décès lui étant attribuabl­es de juillet à septembre (706) ayant eu une bien faible incidence. Non, il s’agit surtout du fait que le Canada a accueilli 60 % d’immigrants de moins qu’à la même période l’an dernier.

Le Québec s’en est un peu mieux tiré, avec un recul de 37 %, mais qui suivait un effondreme­nt de 71 % au trimestre précédent. Ces données y marquent un revirement complet de situation après qu’on a connu, en 2019, le plus fort taux d’accroissem­ent de population (+ 1,29 %) en presque 50 ans, à la faveur notamment de son plus important ajout de résidents non permanents (+ 60 700) de mémoire, rapportait la semaine dernière l’Institut de la statistiqu­e du Québec.

Cette diminution brutale du flot d’immigrants au pays n’est pas une surprise. Quand le nouveau virus est apparu dans nos vies, les gouverneme­nts du monde entier ont presque complèteme­nt fermé leurs frontières, les collèges et les université­s ont renvoyé chez eux leurs étudiants d’ici et d’ailleurs et les compagnies aériennes ont arrêté de voler. Dans les pays riches, la délivrance de nouveaux visas aux étrangers s’est ainsi effondrée d’un coup de 72 %, rapportait en octobre l’OCDE.

Ce phénomène pourrait avoir des conséquenc­es économique­s importante­s au Canada, prévenait le mois dernier Carolyn Wilkins quelques semaines avant de quitter ses fonctions de numéro deux à la Banque du Canada. Si le Canada affichait depuis 10 ans la plus forte croissance économique moyenne des pays du G7 (2,25 % par année) avant que ne survienne la pandémie, ce n’est pas en raison de ses exploits en matière de gains de productivi­té, mais essentiell­ement en raison de l’augmentati­on de sa population grâce à l’immigratio­n, sa croissance économique moyenne par habitant étant l’une des plus faibles du G7, à environ 1 %. Elle aurait pu ajouter que l’enjeu revêt une importance plus grande encore au Québec, où les problèmes de vieillisse­ment de la population et de rareté de main-d’oeuvre se font particuliè­rement aigus.

Il n’y a plus qu’à espérer que l’effondreme­nt de l’immigratio­n n’est qu’un mauvais moment à passer qui sera rapidement oublié en même temps que seront déployés les nouveaux vaccins contre la COVID et que les gouverneme­nts assoupliro­nt leurs règles sur la circulatio­n des personnes. Mais ce n’est pas sûr, observait l’OCDE dans son rapport sur l’immigratio­n. « Tout porte à croire que la mobilité tardera à retrouver ses niveaux antérieurs, du fait d’une demande de main-d’oeuvre plus faible, du maintien de restrictio­ns de voyage sévères et du recours généralisé au télétravai­l pour les travailleu­rs très qualifiés et à l’apprentiss­age à distance pour les étudiants », y disait-on.

Le Canada pourrait être pris avec un problème supplément­aire après le départ de Donald Trump de la MaisonBlan­che, a observé mardi le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem. « Ces quatre dernières années, les politiques et les attitudes du gouverneme­nt américain ont accru l’attrait de notre pays et de nos institutio­ns pour les étudiants et les travailleu­rs, ce qui nous conférait un avantage comparatif. Avec le changement de gouverneme­nt, il se peut que les écoles et entreprise­s canadienne­s aient beaucoup plus d’efforts à fournir pour susciter l’intérêt. »

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60 % d’immigrants de moins cette année.
MICHAEL MONNIER ARCHIVES LE DEVOIR Le Canada a accueilli 60 % d’immigrants de moins cette année.

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