Le Devoir

Le Saguenay entre soulagemen­t et déception

- GNL QUÉBEC MYLÈNE CRÊTE À SAGUENAY

Peu de gens ont été étonnés à Saguenay par la décision du gouverneme­nt Legault de mettre fin au projet GNL Québec, même si certains entretenai­ent toujours l’espoir qu’il voie finalement le jour.

« C’est sûr qu’avec la suite des événements des dernières semaines, on pouvait s’attendre à ce genre de décision là », a réagi la mairesse de cette ville, Josée Néron. Les experts du ministère fédéral de l’Environnem­ent avaient récemment conclu que le projet pour l’exportatio­n de gaz naturel liquéfié pourrait nuire aux objectifs climatique­s du Canada. Cette analyse s’ajoutait à des conclusion­s similaires émises en mars par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnem­ent (BAPE).

En tournant le dos à GNL Québec, le gouverneme­nt Legault prive la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean de milliers d’emplois temporaire­s durant la phase de constructi­on et de 300 emplois à terme.

« La décision est décevante pour nous, pour les citoyens de Saguenay, a reconnu Mme Néron. Il s’agissait d’un projet qui aurait permis la création de plusieurs emplois, qui aurait eu des retombées économique­s importante­s pour la ville, mais également pour l’ensemble du Québec. »

La décision a été difficile à annoncer pour la ministre responsabl­e de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest, même si la décision a été entérinée à l’unanimité par le conseil des ministres peu de temps avant la conférence de presse mercredi.

« C’est certain que les projets, on les veut le plus possible en respect de l’environnem­ent, alors je comprends très, très, très bien la décision », a-t-elle reconnu.

La ministre et son collègue à l’Environnem­ent, Benoit Charette, ont choisi d’annoncer la nouvelle en conférence de presse à Saguenay au lieu de se contenter de diffuser un communiqué. « C’est par respect pour la région tout simplement, a répondu M. Charette lorsque Le Devoir lui a demandé pourquoi. On sait que l’appui dans la région était somme toute important. Je ne dis pas que le projet faisait l’unanimité, mais plusieurs le soutenaien­t. »

« Bons emplois »

Dans la rue, l’annonce a suscité soulagemen­t et déception. « Ça me déçoit un petit peu parce que ce sont de bons emplois pour la région », a affirmé Simon Thivierge, un travailleu­r rencontré dans le stationnem­ent d’une quincaille­rie.

« J’aurais aimé ça que ma région ait un projet important parce que ça fait très longtemps, a constaté Jacinthe Couture, professeur­e retraitée du Conservato­ire de musique du Saguenay. On périclite, les gens s’en vont et c’est plaisant d’avoir du dynamisme. »

« J’essaie de me fier à mon gouverneme­nt qui a fait les études et si ç’a été fait correcteme­nt, je pense que c’est ça qu’il faut faire parce qu’on voit les feux de forêt qu’il y a présenteme­nt… », a-t-elle ajouté.

« Pour l’environnem­ent, je trouve que ça n’a plus sa place, a tranché le retraité Louis Morissette. Les énergies fossiles, je pense qu’il faut passer à autre chose. »

Les ministres Laforest et Charette ont mentionné à plusieurs reprises le projet Élysis d’Alcoa et Rio Tinto pour produire de l’aluminium sans carbone. Or, l’initiative ne mènerait pas à la création d’emplois supplément­aires et pourrait même en supprimer. Le ministre Charette a également évoqué une annonce future pour le transfert d’emplois de fonctionna­ires du gouverneme­nt du Québec dans la région comme l’avait promis la Coalition avenir Québec (CAQ) lors de la campagne électorale de 2018.

« Les mains vides »

« Le gouverneme­nt va être en dette envers la région, a affirmé le président-directeur général de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé. On a d’autres projets qui vont se pointer et on aura besoin que le gouverneme­nt du Québec soit au rendez-vous s’ils veulent assurer une transition économique au Saguenay–Lac-Saint-Jean. »

Les trois partis d’opposition ont salué la décision du gouverneme­nt tout en critiquant le fait qu’il avait peu de choses à proposer pour développer l’économie de la région.

« Là où j’ai un reproche à [faire à] Benoit Charette, c’est qu’il est arrivé les mains vides, a critiqué le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, qui s’opposait au projet GNL Québec depuis 2019. Je suis le premier à parler d’Élysis et d’aluminium vert, mais j’aurais voulu qu’il arrive avec un plan de transition juste. »

L’élu péquiste propose de puiser jusqu’à 1 milliard de dollars annuelleme­nt dans le Fonds des génération­s pour s’assurer que les travailleu­rs puissent trouver leur place dans une nouvelle économie verte.

« Aujourd’hui, la CAQ de François Legault a simplement rendu la seule décision qui s’imposait et il était temps qu’elle soit prise, a réagi à son tour la députée de Québec solidaire, Ruba Ghazal. On a perdu beaucoup de temps avec un projet polluant comme GNL Québec au lieu de proposer aux citoyens et citoyennes du Saguenay des projets de développem­ent économique verts et justes. »

Les libéraux ont demandé au gouverneme­nt de faire preuve de transparen­ce et de faire connaître l’ensemble des critères qu’il a évalués avant de prendre sa décision.

« Je veux savoir quels sont les critères de ce gouverneme­nt-là face à des projets qui sont plus ou moins verts, a soulevé la députée Isabelle Melançon. Ça, c’est ma première préoccupat­ion et j’ai une autre préoccupat­ion, bien sûr, pour la région du Saguenay–LacSaint-Jean parce que ces gens-là, on leur annonce aujourd’hui que le projet ne verra pas le jour, mais il faut faire d’autres propositio­ns rapidement. »

Seul le Parti conservate­ur d’Éric Duhaime s’est prononcé en faveur de la constructi­on de l’usine et du terminal maritime de GNL Québec. « Les lobbys montréalai­s ont gagné. Les travailleu­rs du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont perdu », a-t-il dénoncé dans un communiqué.

Pour l’environnem­ent, je trouve que ça n’a plus sa place. Les énergies fossiles, je pense qu’il faut passer

» à autre chose.

LOUIS MORISSETTE

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